RSF - Reporters sans frontières

11/02/2026 | News release | Distributed by Public on 11/03/2026 09:23

Maroc : RSF adresse huit recommandations au nouveau gouvernement dirigé par Fatima Ezzahra El-Mansouri

Alors que le nouveau gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri a obtenu la confiance par la Chambre des représentants le 22 octobre, Reporters sans frontières (RSF), constatant l'absence d'engagement explicite sur la liberté de la presse et d'expression dans son programme, lui adresse une feuille de route avec huit recommandations. L'organisation appelle notamment le nouvel exécutif à mettre fin aux poursuites judiciaires abusives visant les journalistes, à la surveillance des professionnels de l'information et aux pressions économiques contre les médias, ainsi qu'à réformer le cadre juridique qui entrave le droit à l'information.

"Le nouveau gouvernement dirigé par Fatima Ezzahra El-Mansouri hérite du bilan négatif de la dernière mandature en matière de liberté de la presse. RSF lui présente aujourd'hui des propositions pour améliorer concrètement la situation du journalisme marocain et se tient à sa disposition pour échanger sur cette feuille de route. Mettre fin aux poursuites abusives, à la surveillance et aux campagnes de harcèlement visant les professionnels des médias est une condition essentielle pour un journalisme libre et indépendant au Maroc."

Oussama Bouagila
Directeur du bureau Afrique du Nord de RSF

Les huit recommandations de RSF

1. Mettre fin à l'instrumentalisation du Code pénal et abroger les peines de prison pour délits d'expression.

Le Code de la presse de 2016 ne prévoit plus de peines de prison, mais le Code pénal en prévoit toujours pour des délits d'expression non violents (atteinte à l'islam, à la monarchie, à l'intégrité territoriale). Combinées au manque d'indépendance de la justice, ces dispositions floues permettent de condamner des journalistes alors qu'ils ne font que leur travail. RSF demande également de supprimer ou de définir strictement les infractions prévues par l'article 71 du Code de la presse afin de le mettre en conformité avec l'article 19 relatif à la liberté d'opinion et d'expression du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP).

2. Mettre fin aux procédures-bâillons visant des journalistes.

RSF appelle les autorités à mettre fin aux poursuites manifestement abusives qui visent à intimider et décourager les journalistes de poursuivre leur travail, notamment dans les trois affaires suivantes. Le journaliste indépendant Hamid El Mahdaoui, condamné à 18 mois de prison ferme en novembre 2024, a fait l'objet en 2025 de cinq procédures distinctes engagées par le même plaignant, le ministre de la Justice. Le directeur de publication du site d'information Lakome 2, Ali Anouzla, est lui poursuivi depuis 2013 pour "apologie du terrorisme", et son procès est reporté d'audience en audience depuis lors. Plus récemment, en juillet 2026, le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet a été interpellé à son arrivée au Maroc, et a été placé en garde à vue dans le cadre d'une enquête pour "diffusion présumée de fausses informations". Il a été libéré trois jours plus tard mais l'enquête reste ouverte.

3. Légiférer contre la surveillance indue des journalistes.

Les révélations du Projet Pegasus en juillet 2021, établies avec l'appui technique de l'organisation Amnesty International, ont démontré que de nombreux journalistes marocains avaient été ciblés par le logiciel de surveillance, parmi lesquels Omar Radi, Taoufik Bouachrine, Soulaimane Raissouni, Omar Brouksy ou encore Maria Moukrim. L'espionnage de journalistes est une violation de leur droit à la vie privée, mais aussi et surtout de la confidentialité des sources journalistiques. RSF, qui a porté plainte en France contre la société NSO Group dès 2021 aux côtés de 24 journalistes de neuf nationalités, demande au Maroc de mettre fin à ces pratiques et de se doter d'un cadre légal protecteur.

4. Garantir la sécurité des journalistes.

RSF demande au gouvernement de garantir la sécurité professionnelle des journalistes et de mettre en place des mécanismes efficaces contre les harcèlements, menaces et agressions liés à leur travail. Cela passe aussi par la lutte contre le cyberharcèlement et le libre accès au terrain, parfois entravé comme lors des expulsions de journalistes étrangers (Casablanca en 2023, Fnideq en août 2026) et au cours du mouvement de la jeunesse GenZ 212.

5. Garantir l'indépendance du Conseil national de la presse pour renforcer son rôle de vigie de la déontologie journalistique.

Après plusieurs années sous une commission provisoire de gestion, les nouveaux membres du Conseil national de la presse (CNP) ont été élus en septembre 2026. L'enjeu est désormais de garantir l'indépendance effective du CNP : alors que sept des 21 membres sont désignés par et représentent des autorités publiques, telles que le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et le Conseil national des droits de l'homme, il est nécessaire que des gardes-fous soient établis pour empêcher toute décision arbitraire ou discriminatoire. Une fois cette condition d'indépendance remplie, le CNP sera en mesure de pleinement jouer son rôle. Il pourra notamment sanctionner les médias qui mènent des campagnes de diffamation contre des journalistes et la société civile en violation des règles déontologiques, à l'instar de la campagne de haine en ligne qui vise depuis fin juillet plusieurs journalistes, dont Omar Radi, Soulaimane Raissouni, Taoufik Bouachrine, Hamid El Mahdaoui et Ali Anouzla.

6. Mettre fin aux pressions économiques sur les médias.

RSF recommande que l'octroi et le retrait des aides publiques aux médias, en particulier à la presse en ligne indépendante, soient réalisés en toute transparence et que des moyens de recours existent afin de contester le gel arbitraire des subventions. Ces aides doivent notamment contribuer au renforcement de la déontologie des médias indépendants, dont beaucoup sont fragilisés économiquement par l'absence de soutien de l'État ou par les entraves à leurs ressources telles que le boycott publicitaire et les pressions exercées sur les annonceurs. L'organisation appelle aussi à ce que ni l'aide publique ni la publicité institutionnelle ne servent à influencer l'indépendance éditoriale.

7. Garantir le droit d'accès à l'information publique.

RSF demande aux autorités et institutions de faciliter l'accès des journalistes aux sources officielles et aux informations d'intérêt public.

8. Soutenir la pérennité des médias indépendants et améliorer les conditions de travail des journalistes.

L'organisation appelle le nouveau gouvernement à soutenir les médias indépendants, notamment les petites structures et les rédactions régionales, et à améliorer les conditions de travail et la protection sociale des journalistes.

Le Maroc se classe au 105e rang sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2026.

Publié le 02.11.2026
RSF - Reporters sans frontières published this content on November 02, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on November 03, 2026 at 15:23 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]