04/21/2026 | Press release | Distributed by Public on 04/21/2026 17:20
À l'occasion de la réunion d'information trimestrielle du Conseil de sécurité sur la Colombie, ce matin, le Représentant spécial et Chef de la Mission de vérification des Nations Unies dans ce pays a salué le bon déroulement des élections législatives du 8 mars, y voyant une illustration de l'évolution positive depuis la signature, il y a 10 ans, de l'Accord final pour la fin du conflit et la construction d'une paix stable et durable. À l'instar des membres du Conseil, M. Miroslav Jenča s'est aussi joint à l'appel des autorités colombiennes en faveur d'un environnement exempt de violence et de stigmatisation lors de l'élection présidentielle du 31 mai prochain.
Assurer la sécurité des candidats et des électeurs doit demeurer « la priorité absolue », a souligné M. Jenča, précisant que la Mission de l'ONU se tient prête à y contribuer à nouveau lors du scrutin présidentiel. Cette préoccupation sécuritaire a été partagée par l'ensemble des délégations, dont plusieurs ont rappelé l'assassinat du candidat à la présidence et sénateur Miguel Uribe Turbay en juin dernier.
Le Représentant spécial s'est cependant réjoui qu'en dépit des préoccupations suscitées durant la campagne par des incidents violents et la présence de groupes armés illégaux dans les régions touchées par le conflit, les élections législatives de mars n'aient pas été compromises par des problèmes de sécurité, ce qui témoigne, selon lui, de la solidité des institutions colombiennes.
« Quiconque accèdera à la présidence sera confronté à un défi redoutable: consolider la paix et la sécurité dans les régions encore touchées par le conflit », a souligné M. Jenča. À ses yeux, cela passe par la mise en œuvre de l'Accord final, lequel offre une feuille de route complète pour s'attaquer tant aux causes qu'aux conséquences du conflit, pour apporter un développement inclusif aux régions où la violence demeure présente et pour garantir justice et réparation aux victimes.
Il a également insisté sur l'importance d'une réforme rurale intégrale, saluant au passage la promulgation, en mars dernier, d'une loi statutaire régissant le fonctionnement de la juridiction agraire.
Si des progrès ont été accomplis ces dernières années pour faciliter l'accès à la terre, des efforts seront nécessaires pour concrétiser les objectifs, notamment en termes de productivité, de sécurité et de statut juridique de la propriété des parcelles, a-t-il convenu. Il a néanmoins estimé que cette réforme peut offrir des alternatives durables aux économies illicites, contribuant ainsi à briser le cycle de la violence.
Sur le plan sécuritaire, le haut fonctionnaire a relevé que certaines zones rurales restent fortement touchées par la présence de groupes armés illégaux. Ainsi, a-t-il dit, la population de la région du Catatumbo, dans le nord-est du pays, se retrouve prise en étau au cœur des rivalités entre groupes armés, dans l'une des zones présentant la plus forte concentration de cultures de coca.
Coordonnatrice de l'association des paysans de cette région, Mme Olga Lucia Quintero Sierra a confirmé que l'insécurité y reste forte, après la flambée de violence survenue en janvier 2025. Malgré ce contexte difficile, elle a vu des signes d'espoir dans les progrès réalisés depuis, en particulier la signature du pacte du Catatumbo, les investissements sociaux destinés à combler des inégalités historiques, la distribution de terres aux femmes rurales et la reconnaissance des titres fonciers des communautés autochtones.
« Seule la pleine mise en œuvre de l'Accord final permettra de remédier aux causes structurelles du conflit et d'empêcher que la violence ne se perpétue sur nos territoires », a clamé cette militante de la paix, appuyée dans ce diagnostic par la plupart des membres du Conseil.
La France a ainsi appelé à tout mettre en œuvre pour accélérer la réalisation dudit accord, notamment via une présence renforcée de l'État sur l'ensemble du territoire, tandis que la Fédération de Russie insistait pour que le prochain Président colombien fasse de cette mise en œuvre l'une de ses priorités. Au nom des A3 (Libéria, République démocratique du Congo et Somalie), le Libéria a souhaité qu'il soit répondu au coût humain de la violence, notamment contre les ex-combattants, les leaders sociaux, les femmes et les communautés afrocolombiennes.
La Ministre des affaires étrangères de la Colombie, Mme Rosa Yolanda Villavicencio Mapy, a insisté pour sa part sur la nécessité de consolider l'architecture institutionnelle de l'Accord final pour que sa mise en œuvre repose non pas sur des efforts à court terme mais sur des capacités étatiques solides et permanentes. Il s'agit là d'un défi « majeur » pour l'avenir du processus de paix, a-t-elle affirmé.
Autre pilier essentiel de l'Accord final, la réintégration dans la société des anciens combattants des Forces armées révolutionnaires de Colombie-Armée populaire (FARC-EP) est compliquée par la fragilité des conditions socioéconomiques et sécuritaires dans les zones rurales où nombre de ces individus se sont établis, a relevé le Représentant spécial.
L'attribution de terres et de logements à ces personnes progresse, mais beaucoup reste à faire pour renforcer les garanties de sécurité, a-t-il expliqué, formant l'espoir que les entités étatiques redoubleront d'efforts à cette fin.
« La protection des signataires de l'Accord final, des défenseurs des droits humains et des populations historiquement touchées par le conflit, ainsi que de la population en général, est essentielle », a fait valoir le Panama.
Particulièrement préoccupés par le sort des quelque 12 anciens combattants des FARC-EP ayant déposé les armes, plusieurs délégations, dont la Chine, la Fédération de Russie et le Royaume-Uni, ont dit voir dans leur exposition à la violence une lacune de l'accord de paix.
Selon le rapport du Secrétaire général sur la situation en Colombie (S/2026/229), l'assassinat de quatre anciens rebelles a été confirmé ces trois derniers mois, ce qui porte à 491 le nombre des ex-FARC tués depuis la signature de l'Accord final.
Pour M. Jenča, la réintégration politique de l'ancienne guérilla constitue un autre volet essentiel du processus de paix. À cet égard, il a salué l'attitude du parti Comunes (ex-FARC), qui, après avoir bénéficié de sièges au Congrès de manière provisoire, a maintenu son appui à l'Accord final après l'expiration de cette disposition. Un geste également applaudi par la Ministre colombienne.
Dans son exposé au Conseil, M. Jenča a par ailleurs indiqué que, conformément à l'Initiative ONU80, la Mission de vérification a dû procéder à de nouvelles « rationalisations », tout en restant centrée sur les trois piliers établis par la résolution 2798 (2025), à savoir la réintégration des anciens combattants, les garanties de sécurité et la réforme rurale intégrale.
Cela ne l'a toutefois pas empêché de plaider pour l'obtention, « dès à présent », des ressources approuvées dans le budget afin de permettre à la Mission de s'acquitter de son mandat sur l'ensemble du territoire colombien.
Un appel repris à son compte par la Cheffe de la diplomatie colombienne, qui a exhorté le Secrétaire général de l'ONU à « ne pas envisager de nouvelles réductions budgétaires pour la Mission cette année », soulignant son rôle fondamental pour assurer un suivi indépendant et un appui technique et opérationnel indispensable « là où la pérennité de la paix se concrétise ».