RSF - Reporters sans frontières

03/03/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/04/2026 10:19

Guerre en Iran : accès restreint à l’information, reporters sous les bombes, le journalisme face à la catastrophe

Depuis le début de l'offensive américano-israélienne sur leur pays, les journalistes en Iran travaillent sous les frappes tout en faisant face à la répression continue du régime en place. Internet reste peu accessible et les informations sortent au compte-goutte. Alors que la guerre se propage dans la région, Reporters sans frontières (RSF) exprime sa solidarité avec les journalistes de la zone et appelle toutes les parties au conflit à les protéger et à garantir le droit à l'information.

"Alors que la région s'embrase, l'accès à une information fiable sur la guerre, après l'attaque menée par les États-Unis et Israël, est plus que jamais essentiel, tant au niveau régional qu'international. Tous les acteurs impliqués dans cette guerre en Iran et plus largement au Moyen-Orient sont tenus, en vertu du droit international, de garantir la sécurité des reporters et leur liberté d'exercer leur métier. Si la situation est volatile et marquée par la violence, le respect du droit à l'information demeure une obligation. La sécurité des journalistes n'est pas négociable. La guerre ne doit en aucun cas entraver le travail de la presse, les frappes américaines et israéliennes contre l'Iran ne doivent pas mettre en danger ceux qui couvrent les événements. Quant au régime iranien, il doit libérer immédiatement les journalistes qu'il détient et cesser toute menace ou pression contre celles et ceux qui rendent compte de la guerre."

Jonathan Dagher
Responsable du bureau Moyen-Orient de RSF

À la répression continue du régime iranien contre les professionnels de l'information s'ajoute désormais le fait de vivre et travailler sous les bombes, depuis l'offensive américano-israélienne lancée samedi 28 février dernier sur l'Iran - des frappes qui ont tué 787 personnes, selon le Croissant-Rouge iranien, dont plusieurs commandants iraniens et le dictateur Ali Khamenei. "Les journalistes travaillent sous les bombes étrangères, et reçoivent aussi des appels téléphoniques menaçants des autorités," témoigne à RSF un journaliste indépendant. Craignant des représailles, il a demandé l'anonymat. "Ces pressions politiques ne se sont pas arrêtées avec la guerre. Au contraire, elles se sont intensifiées depuis l'annonce du décès de Khamenei."

Ce journaliste est l'un des nombreux reporters qui ont dû évacuer Téhéran. Mais la ville dans laquelle il s'est réfugié a également subi de violentes frappes."Les attaques ont été très intenses, témoigne le journaliste. Les bruits terrifiants des explosions et des avions de chasse ont continué jusqu'à environ 2 heures du matin, puis à nouveau vers 8 heures où nous avons été réveillés par le bruit d'une autre explosion."

En plus des frappes et des appels intimidants, les journalistes doivent également faire face à la menace d'arrestations.À plusieurs reprises, la télévision d'État iranienne a annoncé que toute activité jugée "au profit de l'ennemi"serait sévèrement punie. "Aucun journaliste indépendant n'est autorisé à travailler", témoigne une deuxième journaliste basée à Téhéran. Même certains qui se sont rendus dans les zones touchées par les frappes avec l'autorisation du gouvernement ont été brièvement détenus, ont eu leurs photos de reportage supprimées."

Une pénurie de l'information

Ces menaces s'ajoutent à un black-outmédiatiquequasi total, en vigueur depuis les manifestations de décembre. Si certains journalistes bénéficient de connexions sporadiques, en fonction de leur localisation dans le pays et de leur opérateur, l'accès à Internet reste largement restreint. La censure est ciblée : "Les journalistes et les médias qui relaient le discours du gouvernement ont généralement accès à Internet sans filtrage et à des cartes SIM. Cependant, les journalistes indépendants sont soumis à des restrictions sévères", a déclaré le reporter à RSF. Résultat ? Une pénurie de l'information, des reportages "vagues et imprécis", selon la journaliste de Téhéran. Son confrère à Karaj confirme : "Il suffit de lire les journaux pour se rendre compte de la répression. Par exemple, bien que les journalistes d'un quotidien en Iran n'aient aucune affection pour Khamenei, le média n'a publié que des éloges à son sujet. Aucune mention que les rues sont remplies de gens qui célébraient sa mort. Nous sommes dévastés par les missiles et la mort de civils, précise le journaliste, mais sincèrement soulagés d'apprendre la mort du dictateur."

De l'Iran au Liban, les journalistes sous pression

Depuis le début de l'offensive, le régime iranien a riposté en frappant les pays voisins du Golfe : l'Arabie saoudite,le Qatar, Bahreïn, Oman, les Émirats arabes unis, l'Irak et le Koweït. Selon les informations de RSF, les journalistes de la zone ont eu du mal à rendre compte des attaques depuis certains de ces pays dont les autorités sont connues pour exercer un contrôle strict sur la circulation de l'information. Des sirènes d'alertes ont également retenti en Jordanie et des missiles ont été tirés sur Israël depuis l'Iran et depuis le Liban. Ces missiles provenant du sud du pays, lancés par le Hezbollah le 2 mars, ont provoqué une intensification des bombardements israéliens violents sur la zone. Plusieurs journalistes du sud du pays et de la banlieue de la capitale ont été déplacés, contraints d'évacuer leurs maisons, une fois de plus sous les frappes israéliennes.

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Publié le03.03.2026
RSF - Reporters sans frontières published this content on March 03, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on March 04, 2026 at 16:19 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]