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UNOG - United Nations Office at Geneva

06/24/2026 | News release | Distributed by Public on 06/25/2026 00:30

À l’ONU, la lutte contre le sida ne fait plus consensus

Le texte devait relancer la lutte mondiale contre le VIH/sida. Il a surtout exposé les fractures géopolitiques qui traversent aujourd'hui l'ONU. Mardi, les États-Unis, la Russie, Israël et cinq autres pays ont voté contre une nouvelle déclaration politique sur le virus pour des raisons davantage liées au genre, aux droits humains et à la propriété intellectuelle qu'à la santé publique.

Pendant un quart de siècle, le VIH/sida a constitué l'un des rares sujets capables de transcender les lignes de fracture diplomatiques. Face à un virus qui a fait des dizaines de millions de morts dans le monde, la coopération internationale semblait relever de l'évidence.

Mardi, cette exception s'est fissurée.

Réunie à New York, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté, par 149 voix, une nouvelle déclaration politique destinée à replacer l'élimination du sida au cœur des politiques de santé publique d'ici à 2030. Mais huit pays ont voté contre - les États-Unis, la Russie, Israël, le Burkina Faso, le Burundi, la Corée du Nord, le Niger et le Sénégal - tandis que 14 autres se sont abstenus, parmi lesquels neuf États du Moyen-Orient.

De toute évidence, les grandes batailles idéologiques qui marquent depuis plusieurs années les débats au sein des Nations Unies gagnent désormais le terrain des politiques de santé mondiale.

Le virus au second plan

Fait révélateur, presque aucun État n'a contesté les objectifs sanitaires de la déclaration. Tous s'accordent sur la nécessité d'améliorer la prévention, les traitements ou le dépistage. Les désaccords se sont exprimés ailleurs, au niveau des droits humains, du genre, de la propriété intellectuelle, des sanctions économiques ou encore des populations les plus exposées au VIH.

Premier bailleur mondial de la lutte contre le sida, à laquelle le pays affirme avoir consacré plus de 100 milliards de dollars dans plus de 50 pays, les États-Unis ont commencé par rappeler leur rôle historique.

« Nos efforts ont permis de sauver environ 26 millions de vies, d'offrir un traitement antirétroviral à plus de 20 millions de personnes et d'empêcher que plus de cinq millions d'enfants naissent avec le VIH », a souligné la représentante américaine, Tammy Bruce.

Puis le ton a changé.

« Nous regrettons qu'un consensus n'ait pas été atteint aujourd'hui en raison des insuffisances du texte lui-même, qui aurait dû rester résolument concentré sur l'objectif urgent de mettre fin au VIH/sida comme menace pour la santé publique d'ici à 2030 ».

Selon Washington, la déclaration « s'écarte de cette mission essentielle en incluant des sujets clivants, en réaffirmant des documents qui ne font pas consensus ou qui n'ont aucun lien avec la lutte contre le sida ».

L'administration américaine vise notamment les dispositions relatives aux droits sexuels et reproductifs, au genre, mais aussi plusieurs passages consacrés au commerce international.

Le texte appelle en effet à renforcer le transfert de technologies afin de permettre aux pays en développement de produire davantage de médicaments contre le VIH et encourage un accès plus équitable aux innovations thérapeutiques. Au cours des dernières heures de négociation, un amendement présenté par le Malawi au nom du Groupe africain a supprimé la mention selon laquelle ces transferts devaient intervenir « selon des modalités mutuellement convenues », une formule défendue par les pays occidentaux.

« Nous avons clairement rappelé notre position de longue date sur la protection de la propriété intellectuelle et sur la nécessité que les transferts de technologie reposent sur une base volontaire et sur des conditions mutuellement convenues », a justifié Tammy Bruce. « Nous ne pouvons accepter des références dépourvues de ces garanties ».

Washington s'est également opposé aux passages critiquant les sanctions économiques unilatérales, que les États-Unis considèrent comme des instruments légitimes de politique étrangère.

Moscou dénonce des « notions scientifiquement douteuses »

La Russie est arrivée à la même conclusion, mais par un chemin différent.

Son représentant a assuré que Moscou avait participé « de manière constructive » aux négociations avant d'affirmer que le texte conservait « une multitude de dispositions qui constituent des lignes rouges ».

Parmi elles figureraient « une vingtaine de dispositions inacceptables liées à une intervention dans les affaires intérieures des États membres dans la lutte contre le VIH, imposant aux pays des notions scientifiquement douteuses, ainsi que la promotion d'un langage non consensuel sur le genre ».

Et le représentant russe de conclure : « Ce document ne nous unit pas. Il nous divise. Il ne nous pousse pas à avancer ; il nous contraint à nous arrêter pour nous enliser dans des discussions qui nuisent à la lutte globale contre le VIH/sida ».

Derrière cette formule se retrouve la ligne que Moscou défend désormais dans la plupart des négociations onusiennes portant sur les droits humains, dont le rejet des références au genre, l'opposition aux politiques destinées aux personnes LGBT+ et le refus des approches de réduction des risques pour les consommateurs de drogues injectables.

Pourtant, ces populations figurent parmi les plus exposées au virus du sida. La déclaration rappelle qu'elles représentent près de la moitié des nouvelles infections chez les adultes dans le monde et jusqu'à 85 % au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Une déclaration qui dit autant sur le monde que sur le VIH

Les votes contre ne recouvrent cependant pas tous les mêmes motivations.

Israël s'est opposé au texte en dénonçant notamment les références à la Déclaration de Durban ainsi que les dispositions relatives au transfert de technologies. Plusieurs pays conservateurs ont, eux, contesté les références au genre ou aux « populations clés ». À l'inverse, l'Union européenne s'est battue jusqu'au bout pour maintenir ces expressions, estimant qu'il était impossible de construire une politique efficace de lutte contre le VIH sans reconnaître les groupes les plus exposés à l'épidémie.

Cette bataille diplomatique intervient au moment où les experts s'inquiètent d'un ralentissement inédit de la réponse mondiale. La déclaration reconnaît que les objectifs fixés pour 2025 n'ont pas été atteints et que le monde n'est plus sur la trajectoire permettant de mettre fin au sida d'ici à 2030. Elle souligne également que le financement mondial accuse déjà un déficit de 3,2 milliards de dollars et pourrait encore se contracter sous l'effet des récentes réductions de l'aide internationale.

Le paradoxe est saisissant. Au moment même où l'ONUSIDA appelle à accélérer les efforts face à une épidémie qui continue de provoquer 1,2 million de nouvelles infections et 570 000 décès chaque année, la discussion internationale s'est déplacée vers un tout autre terrain. Les débats ont moins porté sur les traitements, les vaccins ou les stratégies de prévention que sur les droits, les identités, la souveraineté et les rapports de force économiques.

Le texte a finalement été adopté sans difficulté. Mais le vote laisse une impression durable. Même face à un virus mondial, le consensus n'est plus le point de départ du multilatéralisme.

UNOG - United Nations Office at Geneva published this content on June 24, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on June 25, 2026 at 06:30 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]