UNOG - United Nations Office at Geneva

06/17/2026 | News release | Distributed by Public on 06/17/2026 12:23

Treize pays face à une crise alimentaire croissante

Les crises alimentaires risquent de s'aggraver dans plusieurs régions du monde au cours des prochains mois, prévient l'ONU dans un nouveau rapport publié mercredi.

L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM) mettent en garde contre une détérioration de l'insécurité alimentaire aiguë dans 13 pays considérés comme des « foyers de la faim » entre juin et novembre 2026.

Selon ce rapport semestriel du Réseau mondial contre les crises alimentaires, le Soudan, le Soudan du Sud, le Yémen et la Palestine demeurent les situations les plus critiques au monde en raison de l'ampleur et de la gravité de la faim. Le nord-est du Nigéria rejoint également cette catégorie de préoccupation maximale, tandis qu'un risque de famine est désormais identifié dans certaines zones de la Somalie.

« Nous savons déjà où se produiront les prochaines urgences alimentaires », a déclaré la Directrice générale adjointe de la FAO, Beth Bechdol. « Le défi consiste à agir suffisamment tôt et à l'échelle nécessaire ».

© WFP/Samantha Reinders À Aweil, au Soudan du Sud, un enfant est examiné pour détecter s'il est atteint de malnutrition.

Conflits, chocs économiques et manque de financements

Les conflits et la violence restent le principal moteur de la faim dans 12 des 13 pays recensés. À ces facteurs s'ajoutent les chocs économiques, la réduction drastique des financements humanitaires et les effets attendus d'un épisode El Niño, susceptible de provoquer sécheresses, inondations et précipitations irrégulières dans des pays déjà fragilisés.

Le rapport intervient dans un contexte de recul sans précédent des ressources consacrées à l'aide alimentaire, à l'assistance agricole d'urgence et à la nutrition. Entre 2022 et 2025, ces financements ont chuté de 59 %, retrouvant des niveaux comparables à ceux observés il y a près de dix ans.

Dans le même temps, le nombre de personnes confrontées à des niveaux élevés d'insécurité alimentaire aiguë dans ces pays a atteint environ 266 millions.

Les agences onusiennes soulignent également l'impact de nouvelles crises, notamment les répercussions du conflit au Moyen-Orient et la résurgence d'Ebola dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), qui perturbent les marchés, les moyens de subsistance et l'accès humanitaire.

Le Soudan au bord du gouffre

Le Soudan reste l'épicentre de la crise alimentaire mondiale. Un risque de famine a été identifié dans 14 zones du Darfour du Nord, du Darfour du Sud et du Kordofan du Sud jusqu'en septembre 2026.

Près de 19,5 millions de personnes, soit 41 % de la population, ont été confrontées à une insécurité alimentaire aiguë sévère jusqu'en mai. Parmi elles, cinq millions se trouvaient déjà en situation d'urgence alimentaire.

La situation devrait encore se détériorer. Le nombre de personnes confrontées à des conditions catastrophiques de faim pourrait atteindre 200.000 entre juin et septembre, contre 135.000 au début de l'année.

Au Soudan du Sud, 7,8 millions de personnes - soit plus de la moitié de la population - devraient faire face à une situation de crise ou pire. Quelque 73.000 personnes pourraient atteindre le niveau le plus extrême de faim, tandis que quatre comtés présentent un risque de famine.

Gaza, Yémen et Somalie sous pression

À Gaza, les conditions se sont légèrement améliorées depuis le cessez-le-feu conclu en octobre 2025, mais restent extrêmement précaires. Lors de la période précédant avril 2026, l'ensemble du territoire était considéré comme exposé à un risque de famine. Plus de 1,6 million de personnes avaient besoin d'une assistance alimentaire urgente.

Au Yémen, plus de la moitié de la population continue de souffrir d'insécurité alimentaire aiguë. Les estimations précédentes indiquaient que 18,3 millions de personnes pourraient être confrontées à une situation de crise ou pire au cours de l'année.

En Somalie, environ six millions de personnes devraient faire face à des niveaux élevés de faim aiguë. Le district de Burhakaba, dans la région de Bay, est désormais considéré comme exposé à un risque de famine.

Au nord-est du Nigéria, particulièrement dans l'État de Borno, 15.000 personnes pourraient connaître des conditions catastrophiques de faim durant l'été, alors que 2,3 millions de personnes restent déplacées.

© FAO/Nour Azzalini En Haïti, des personnes trient des céréales fournies par la FAO.

Appel à une mobilisation urgente

L'Afghanistan, la RDC et Haïti figurent parmi les pays classés comme zones de « très forte préoccupation ».

En RDC, l'insécurité alimentaire aiguë demeure sévère, alimentée par les conflits dans les provinces de l'est et les déplacements de population à grande échelle. La résurgence de l'épidémie d'Ebola ajoute un nouveau facteur de risque préoccupant, menaçant d'aggraver la faim aiguë.

Haïti, qui figurait auparavant parmi les zones de préoccupation majeure, est passée dans la catégorie de préoccupation très élevée. Cette évolution reflète des améliorations limitées et localisées - notamment un ralentissement de l'inflation et un meilleur accès le long de certains axes routiers - bien que la situation demeure très fragile.

Le Myanmar, le Mali, le Liban et Madagascar font également partie des foyers de la faim où la situation devrait se détériorer.

Face à ces perspectives alarmantes, le PAM et la FAO appellent à une action rapide et coordonnée pour accroître l'aide humanitaire, soutenir les moyens de subsistance des populations et renforcer leur résilience.

« Les avertissements contenus dans ce rapport ne peuvent être ignorés », a insisté le Directeur exécutif par intérim du PAM, Carl Skau. « Sans action immédiate, des millions de personnes supplémentaires risquent de sombrer dans la faim au cours des prochains mois, rapprochant certaines populations de la famine ».

Les deux agences rappellent qu'une intervention précoce demeure le moyen le plus efficace et le moins coûteux de sauver des vies et d'éviter que les crises alimentaires ne dégénèrent en catastrophes humanitaires de grande ampleur.

Le PAM salue un soutien américain de 800 millions de dollars

Dans ce contexte, le PAM a salué mercredi une contribution de 800 millions de dollars accordée par les États-Unis pour soutenir ses opérations humanitaires.

Selon l'agence onusienne, ce financement permettra d'apporter une assistance vitale à plus de 38 millions de personnes vulnérables dans au moins 37 pays. Il contribuera à renforcer les interventions d'urgence et à répondre plus rapidement aux nouvelles crises humanitaires.

« A l'heure où les besoins dépassent les ressources disponibles, ce soutien généreux des États-Unis arrive à un moment crucial », a déclaré Carl Skau. « C'est une bouée de sauvetage qui nous permettra d'atteindre les personnes au bord de la famine, d'apporter un soutien nutritionnel aux mères et aux enfants, et de distribuer de la nourriture pour empêcher des millions de personnes de sombrer davantage dans la faim extrême ».

Les nouveaux fonds permettront notamment de pré-positionner des stocks alimentaires, d'étendre les programmes d'assistance en espèces et de maintenir les chaînes d'approvisionnement dans des zones de crise comme le Liban, Haïti ou la RDC.

Cette contribution vise également à renforcer la préparation aux catastrophes et les capacités de réponse rapide dans plusieurs régions d'Amérique latine, des Caraïbes, d'Asie et de l'Indo-Pacifique.

Par ailleurs, l'UNICEF a annoncé avoir reçu plus de 218 millions de dollars de Washington pour soutenir ses programmes destinés aux enfants et aux familles touchés par les conflits, les déplacements forcés et les catastrophes. Selon l'agence, ces fonds serviront notamment à financer des actions dans les domaines de la nutrition, de la santé, de la protection de l'enfance, ainsi que de l'eau et de l'assainissement.

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