UNOG - United Nations Office at Geneva

06/22/2026 | News release | Distributed by Public on 06/23/2026 00:47

En Ukraine, les drones abolissent la frontière entre le front et l'arrière

Les secouristes ukrainiens pensaient venir en aide aux victimes d'une frappe russe. En réalité, ils étaient la prochaine cible.

Le 15 juin, à Kharkiv, cinq sauveteurs ont été tués lorsqu'un projectile s'est abattu sur le lieu où ils portaient secours aux victimes d'une première explosion. Quelques heures plus tôt, dans la capitale ukrainienne, des missiles et des drones avaient endommagé la laure des Grottes de Kiev, l'un des hauts lieux spirituels de la chrétienté orthodoxe, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Plus au sud, des navires civils étaient ensuite bombardés dans le port d'Odessa.

Ces attaques n'ont rien d'exceptionnel par leur intensité. Ce qui inquiète désormais les Nations Unies est la manière dont les drones modifient la géographie du danger. La ligne de front, dans l'est ukrainien, n'a pas disparu. Mais elle ne marque plus la frontière entre le champ de bataille et les civils.

© OCHA La laure des Grottes de Kiev est un site inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO et l'un des monuments religieux et culturels les plus importants d'Ukraine.

« Si l'actuel cycle dangereux d'escalade se poursuit, nous assisterons sans aucun doute à de nouvelles dévastations en Ukraine, ainsi que, de plus en plus, en Fédération de Russie », a averti lundi devant le Conseil de sécurité Khaled Khiari, du département onusien des affaires politiques et de la consolidation de la paix. « Les efforts diplomatiques concertés en faveur d'un cessez-le-feu total, immédiat et inconditionnel doivent reprendre dès maintenant ».

Courant mai, au moins 274 civils ont été tués et 1 763 blessés en Ukraine, soit le bilan mensuel le plus lourd depuis avril 2022. Mais derrière cette tendance se dessine surtout une évolution technologique qui modifie profondément le visage du conflit. Les drones guidés en mode FPV (« first person view » ou pilotage en immersion) permettent désormais à leur opérateur de suivre une cible grâce à une caméra embarquée jusqu'au moment de l'impact. Peu coûteux, difficiles à détecter et massivement déployés, ils étendent la menace bien au-delà de la portée des tanks et des échanges de tirs dans les tranchées.

Une guerre qui choisit ses victimes

Selon la Mission de surveillance des droits de l'homme des Nations Unies en Ukraine, jamais depuis le début de l'invasion russe à grande échelle autant de civils n'ont été tués ou blessés par des drones FPV. Les victimes ne se trouvent plus seulement dans les immeubles bombardés. Elles sont aussi au volant de leur voiture, dans un autobus, devant leur maison ou dans leur jardin.

Les secouristes sont eux aussi devenus des cibles. À l'image des cinq sauveteurs morts à Kharkiv, les frappes dites « double tap » - une première explosion, puis une seconde destinée à atteindre ceux qui viennent porter secours - s'enchaînent. Les équipes d'évacuation racontent désormais être suivies par des drones lorsqu'elles tentent d'atteindre les villages proches du front.

Pour Edem Wosornu, qui s'exprimait devant le Conseil de sécurité au nom du chef des opérations humanitaires de l'ONU, Tom Fletcher, cette évolution menace directement la capacité de secourir les populations. « Chaque attaque contre une ambulance ou un convoi humanitaire prive d'aide toutes les personnes qu'il aurait autrement pu secourir », a-t-elle déploré. En d'autres termes, ce ne sont plus seulement les civils qui sont visés, mais ceux qui permettent aux civils de survivre.

OCHA Des civils s'emploient à reconstruire un bâtiment endommagé par une frappe à Sloviansk, dans l'est de l'Ukraine.

La guerre déborde désormais dans les deux sens

Cette évolution ne concerne pas seulement l'Ukraine.

Les responsables onusiens relèvent également une multiplication des frappes de drones ukrainiennes sur le territoire russe. Moscou et sa région ont récemment subi leur plus importante attaque depuis le début de la guerre. Des installations pétrolières, des immeubles d'habitation et un centre commercial ont été endommagés. D'autres victimes ont été signalées dans les régions de Toula, Briansk et Voronej.

Pour les Nations Unies, cette innovation technologique ne modifie en rien les obligations des belligérants. « Les attaques contre les civils et les infrastructures civiles, y compris les sites culturels, sont strictement interdites. Elles doivent cesser immédiatement, où qu'elles aient lieu », a rappelé Khaled Khiari.

L'image classique d'une guerre séparant un front d'un arrière continue pourtant d'imprégner les représentations du conflit. Mais les technologies employées sur le terrain racontent désormais une autre histoire. Elles permettent de poursuivre un véhicule, suivre une équipe de secours, attendre qu'une ambulance arrive ou qu'une famille tente de s'enfuir.

L'arrière n'a pas disparu. Mais il a cessé d'être un refuge.

POUR EN SAVOIR PLUS, lire, ci-dessous, la couverture en direct assurée par nos collègues de la Section de la couverture des réunions des Nations Unies :

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UNOG - United Nations Office at Geneva published this content on June 22, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on June 23, 2026 at 06:47 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]