03/27/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/26/2026 08:45
Douala - Le Cameroun met en œuvre depuis juin 2023 le projet "Marché santé" dans deux marchés pilotes à Douala : Ndogpassi et New Deido. Qualifié d'initiative transformationnelle et sociale, le projet repose sur des évidences scientifiques pour encourager un changement de comportement au sein de la communauté des commerçants.
« Avant, nous ne faisions pas trop attention aux conditions d'hygiène. Nous utilisions des produits comme du formol pour conserver la viande et la propreté de nos étales laissait à désirer. Ce qui peut causer des maladies », reconnaît Zakariaou Mbaimoun, boucher au marché Ndogpassi depuis une vingtaine d'années.
Selon les données de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), le poids des maladies d'origine alimentaire est significatif. La consommation d'aliments contaminés par des bactéries, des virus, des parasites ou des substances chimiques comme les métaux lourds peut causer plus de 200 maladies. L'impact de la consommation d'aliments insalubres sur la santé publique reste important dans la Région africaine avec plus de 91 millions de personnes touchées et 137 000 décès par an.
Au Cameroun, plus de 200 cas d'intoxication alimentaire ont été enregistrés en 2024 impliquant 35 enfants. Selon les résultats de la mission de prélèvement des échantillons pour le monitoring des résidus de pesticides sur les échantillons agricoles réalisée en 2021 dans sept régions et de l'enquête sur l'hygiène réalisée en 2022 dans cinq marchés au Cameroun, on note que des pesticides non conformes étaient présents dans 70 % des échantillons. Aussi, de nombreuses mauvaises pratiques alimentaires, d'hygiène et de fabrication dans la chaîne de production et de vente de vivres ont été relevées. Ces pratiques sont susceptibles d'engendrer des contaminations tout le long de la chaîne alimentaire par des bactéries, virus, parasites et moisissures, soulignent-ils.
A la suite de cette enquête, le projet "Marché santé" a été introduit en phase pilote dans les deux marchés avec pour but d'inciter au respect des règles élémentaires d'hygiène afin de prévenir les maladies d'origine alimentaire. « L'objectif est de garantir une amélioration progressive et durable de la sécurité sanitaire des aliments dans les marchés, avec l'implication de plusieurs secteurs, suivant l'approche Une seule Santé, pour une gestion holistique des risques interconnectés », explique la Dre Lusubilo Mwamakamba, point focal sur la sécurité sanitaire des aliments au Bureau régional de l'OMS pour l'Afrique.
Grâce à l'appui financier de la Suède, l'OMS soutient le projet à travers l'élaboration des documents normatifs en matière de sécurité sanitaire des aliments (SSA), le développement de politiques et directives sur la SSA, le renforcement des capacités des acteurs sur la surveillance et la réponse aux épidémies de maladies d'origine alimentaire, ainsi que le plaidoyer pour l'intégration de la SSA dans les politiques de santé.
« Le concept n'apparait pas dans les documents de politique publique, mais un travail important est en train d'être mené pour faire émerger l'urgence de transformer les marchés alimentaires et les aligner aux exigences du projet "Marché santé" », souligne Edouard Nya, Chef du Laboratoire national d'analyse diagnostique des produits et intrants agricoles, au ministère de l'Agriculture et du Développement rural.
L'OMS appuie aussi la mobilisation des partenaires nationaux autour du projet dans le cadre d'un partenariat public privé (PPP). Ainsi, le Port Autonome de Douala a offert en janvier 2025 du matériel de salubrité qui a permis de mener des activités d'hygiène et salubrité et d'assainir l'environnement interne et externe de 26 marchés dans la ville de Douala. L'Organisation a appuyé la formation de 150 leaders communautaires en gestion des déchets, 25 acteurs sur la sécurité sanitaire des aliments et plus de 3000 personnes sensibilisées dans les deux marchés pilotes.
« Beaucoup de choses ont changé grâce au projet "Marché santé". Les agents sont passés plusieurs fois et à chaque fois ils nous ont sensibilisés sur les conséquences de nos mauvaises pratiques. Nous avons pris conscience et commencé par changer les choses », témoigne le boucher Zakariaou.
Au démarrage, le projet s'est fixé trois objectifs spécifiques visant à améliorer la gouvernance et la coordination entre les parties prenantes, à renforcer la communication, l'éducation et la formation sur les bonnes pratiques alimentaires, d'hygiène et de fabrication afin de favoriser un changement durable des comportements, et enfin à améliorer les infrastructures techniques et sanitaires des marchés. Les deux premiers objectifs étant avancés, la prochaine étape va se concentrer sur le troisième. « Les fonds obtenus grâce au PPP nous permettront d'attaquer dès l'année 2026 le troisième objectif qui est d'améliorer les installations techniques et sanitaires des marchés pour les rendre conformes aux normes d'un marché-santé. Nous allons aussi renforcer le volet communication », avance la Dre Danièle Simnoue Nem, Chargée de nutrition et de la SSA au bureau de l'OMS au Cameroun. « La sécurité sanitaire des aliments est une priorité pour l'OMS, au même titre que la vaccination ou la lutte contre les épidémies. Elle favorise la production et la consommation d'aliments sains et nutritifs, et protège des maladies d'origine alimentaire. »
La plupart des commerçants n'exposent plus les aliments à même le sol et la fréquence de nettoyage de ces marchés a augmenté notamment par l'instauration du principe de nettoyage de l'espace vente avant la fermeture chaque soir par chaque commerçant. Les ordures sont désormais entreposées dans des zones dédiées et évacuées tous les deux jours. Certaines zones des marchés ont été remblayées pour limiter les inondations et la boue, améliorant ainsi les conditions de vente de denrées alimentaires, surtout dans une partie du marché Ndogpassi.
Des améliorations que saluent les usagers. « Ces derniers temps, notre marché est bien plus propre. Les poissons fumés, légumes et autres produits ne sont plus étalés par terre. Cela nous protège des maladies et nous rassure », confie Marie Ekemla, rencontrée au marché Ndogpassi. Les commerçants sensibilisés transmettent les connaissances acquises à leurs clients. « Mon boucher me conseille souvent : « une viande décongelée puis laissée à température ambiante avant d'être recongelée peut provoquer des maladies ». Ces conseils m'aident à mieux choisir ce que j'achète », témoigne pour sa part Mado Enganign.
Avec le projet "Marché santé", les commerçants des deux marchés pilotes prennent en main la gestion de leur lieu de travail tout en le rendant plus sûr. « Grâce au projet "Marché santé", nous avons été formés et nous sommes mieux organisés. Nous veillons désormais à l'hygiène et à la sécurité pour offrir un marché plus sûr à tous », indique Raoul Youpa Kanmani, Président des commerçants du marché New Deido.
D'autres aménagements tels que la fourniture d'eau potable dans les marchés, l'assainissement ou le drainage des eaux usées sont des actions prévues pour renforcer l'impact du projet. « Le projet "Marché santé" va contribuer directement dans un avenir proche à la création d'un environnement de vente plus sécurisé à travers notamment des infrastructures propres, l'accès à l'eau potable, la gestion des déchets et la réduction des maladies diarrhéiques », relève Fidéline Ndewege Djeme, Directrice adjointe de l'Hygiène et de l'Assainissement à la Direction de la promotion de la santé. « Nous pourrons ainsi protéger les personnes vulnérables - enfants, femmes enceintes, et personnes âgées - qui sont plus à risque d'être touchées par les maladies d'origine alimentaire. »
Chargée de communication
Bureau régional pour l'Afrique
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Chargée de communication
OMS Cameroun
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