03/09/2026 | News release | Distributed by Public on 03/09/2026 03:04
Élections municipales en mars 2026, présidentielles en 2027 : dans une période électorale intense en France, le chercheur InsermDezső Németh analyse les mécanismes cérébraux derrière le succès des discours politiques simplistes et avance une théorie à tester.
Un article à retrouver dans le prochain numéro du magazine de l'Inserm
Comment notre cerveau guide nos choix politiques ? C'est la question posée par Dezső Németh. L'histoire montre que crises économiques et menaces sociopolitiques favorisent polarisation et radicalisation, rendant les individus plus réceptifs aux messages intolérants. « Si les sciences humaines ont déjà étudié ces dynamiques, le traitement cérébral de ces informations reste peu exploré », souligne le neuroscientifique de l'Inserm au Centre de recherche en neurosciences de Lyon.
Les recherches internationales ainsi que les propres travaux empiriques de Dezső Németh montrent que l'exposition à un stress fait basculer le cerveau d'un système d'apprentissage à un autre. « Le premier processus, dirigé par le but, repose sur le cortex préfrontal situé à l'avant du cerveau. Il est sollicité lorsque l'on doit comparer des options, résoudre des problèmes complexes… », expose le chercheur. Dans cette configuration, le cerveau privilégie un fonctionnement exploratoire, propre à accepter la complexité et à collecter des informations complémentaires sur un sujet pour le nuancer ou comparer les options.
De l'autre côté, un processus fondé sur les habitudes est lié aux ganglions de la baseet à certaines structures limbiques, situées au cœur du cerveau et impliquées dans le comportement et les émotions. Il s'active lors de situations répétitives ou lorsque l'on doit extraire des régularités dans un flux d'informations. Lorsque ce mode de fonctionnement est activé, le cerveau marche à l'économie : la priorité devient la prise de décision rapide, et non la précision. « Ce n'est pas un défaut de raisonnement, mais une adaptation fonctionnelle », souligne le scientifique.
Mais soumis à un stress, à une menace, le cerveau bascule du premier au second processus de traitement de l'information, en mode « automatique, sans nuance ». Appliqué à la politique, ce modèle considère que si une personne se sent menacée par sa situation financière, la survenue possible d'une guerre, les conditions économiques de son pays…, elle pourrait privilégier les messages et solutions simplifiés à l'extrême qui vont lui être proposés afin de répondre plus rapidement à la complexité d'une situation. La phrase « les migrants prennent votre travail » pourra être intégrée comme vraie, non parce qu'elle est rigoureusement examinée, mais parce qu'elle permet de clore rapidement l'incertitude. Pour mettre à l'épreuve cette théorie, le spécialiste envisage des travaux qui examineront l'effet d'un stress induit en laboratoire chez des volontaires, sur leurs préférences pour différents types de messages politiques. Des travaux opportuns au regard des prochaines échéances électorales. À suivre en toute sérénité ?
Dezső Németh est responsable de l'équipe Memo, au Centre de recherche en neurosciences de Lyon (CRNL, unité 1028 Inserm/CNRS/Université Claude Bernard - Lyon 1), à Bron.
D. Németh et coll. The interplay between subcortical and prefrontal brain structures in shaping ideological belief formation and updating. Curr Opin Behav Sci. Juin 2024 ; Doi : 10.1016/j.cobeha.2024.101385
Autrice : J. C.
Actualité, Science