UNOG - United Nations Office at Geneva

03/17/2026 | News release | Distributed by Public on 03/17/2026 12:32

Deepfakes, voix clonées, IA militarisée : alerte rouge face à la fraude organisée

La famille Sawyer, originaire d'Australie, ne s'était jamais vraiment intéressée aux investissements risqués. À l'approche de l'âge de la retraite, l'idée d'un placement à faible risque pour leur pension leur semblait séduisante. Mais un jour, après avoir cliqué sur une publicité en ligne apparemment légitime proposant un plan raisonnable et sans risque, ils ont enclenché un processus qui allait leur faire perdre plus de 2,5 millions de dollars.

« L'escroc était extraordinairement crédible », a déclaré Kim Sawyer, ancienne professeure d'université à Melbourne. « Il avait un accent britannique, employait tous les termes appropriés du marché financier et savait comment nous convaincre en se montrant crédible à chaque instant ».

La famille Sawyer ne constitue pas un cas isolé.

À l'aide d'outils cybernétiques sophistiqués, d'intelligence artificielle et de techniques d'usurpation d'identité, des escrocs opérant depuis des centres basés en Asie du Sud-Est ont délesté leurs victimes de milliards de dollars d'économies. En 2024, les États-Unis ont signalé à eux seuls des pertes s'élevant à 10 milliards de dollars, imputables à des opérations d'arnaque basées dans cette région.

Les victimes ciblées par ces escrocs sont réparties dans le monde entier et, dans de nombreux cas, sont très instruites : les époux Sawyer sont tous deux titulaires d'un master et sont des investisseurs boursiers expérimentés.

Partenariats contre la fraude organisée

Bien que les escroqueries prennent une dimension de plus en plus mondiale, la réponse apportée à ces crimes devient, elle aussi, transnationale.

Des représentants de gouvernements, de forces de l'ordre, d'entreprises privées et des représentants de la société civile ont été réunis par l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et INTERPOL lors du Sommet mondial sur la fraude, organisé à Vienne (Autriche). Ils ont reçu pour mandat de collaborer plus étroitement, notamment par le biais de partage de renseignements ; d'enquêtes conjointes ; et de procédures judiciaires transfrontalières simplifiées.

Par ailleurs, en décembre dernier à Bangkok (Thaïlande), des représentants de près de 60 pays se sont rassemblés aux côtés des géants de la technologie Meta et TikTok pour lancer le Partenariat mondial contre les arnaques en ligne.

La conférence de Bangkok - organisée par le gouvernement thaïlandais et l'ONUDC - suivie du Sommet mondial sur la fraude, marquent un tournant diplomatique pour la coopération internationale dans la lutte contre les centres d'arnaque.

Toutefois, l'infrastructure criminelle profondément enracinée en Asie du Sud-Est, qui alimente cette fraude, conserve une portée mondiale.

© UNODC Les États-Unis
Des employés de l'ONUDC visitent un centre d'anarque ayant fait l'objet d'une descente dans la capitale cambodgienne, Phnom Penh.

Tout un écosystème criminel à l'œuvre

Ces opérations menées à travers la région vont bien au-delà de la simple fraude. Ces réseaux facilitent le blanchiment d'argent, développent et déploient des logiciels malveillants, détournent l'intelligence artificielle (IA) pour créer des « deepfakes » et cloner des voix, et vendent des capacités de cybercriminalité sous forme de services.

De récentes descentes de police aux Philippines et au Cambodge dressent le même constat : un centre d'arnaque ne constitue, en réalité, qu'une infime partie d'une infrastructure criminelle interconnectée générant des milliards de dollars de flux financiers illicites.

Il s'agit d'une criminalité organisée à grande échelle, où les opérations de fraude ne représentent que la couche superficielle d'un écosystème plus profond impliquant la corruption, la traite des êtres humains et le blanchiment d'argent transnational.

« Nous devons nous attacher à poursuivre les criminels de haut niveau, à remonter la piste de l'argent grâce à des enquêtes financières et à identifier les vastes réseaux qui opèrent en coulisses de ces opérations », a déclaré Delphine Schantz, représentante régionale de l'ONUDC pour l'Asie du Sud-Est et le Pacifique.

« La complexité de ces crimes exige une approche tout aussi complexe, mobilisant l'ensemble des pouvoirs publics, ainsi qu'une coordination renforcée entre les gouvernements, les cellules de renseignement financier et les banques numériques ».

© UNODC/Laura Gil
Une salle de karaoké utilisée par les responsables d'un centre d'anarque aux Philippines.

Interventions sur le terrain

Philippines : Lors d'une récente visite dans un ancien centre d'arnaque à Manille (Philippines), des représentants et des enquêteurs de l'ONUDC ont parcouru des pièces où des criminels organisaient autrefois des opérations frauduleuses, à quelques centaines de mètres seulement de bureaux gouvernementaux et d'ambassades étrangères.

Au sein de ce complexe, désormais converti en bureaux pour la Commission présidentielle philippine de lutte contre la criminalité organisée (PAOCC), certaines pièces ont été laissées dans leur état d'origine : des lieux où les chefs du crime organisé se divertissaient - tels qu'une salle de karaoké et une salle de jeux - côtoyant une chambre de torture utilisée pour punir les travailleurs victimes de la traite qui ne respectaient pas leurs quotas.

Un registre tenu dans l'espace de divertissement mentionnait, parmi les invités reçus, des responsables politiques, des fonctionnaires municipaux et des officiers de police, témoignant ainsi de la corruption qui a permis à ces opérations de prospérer.

« Comment prouver un cybercrime en 36 heures ? C'est impossible », a déclaré le directeur des opérations de la PAOCC, évoquant la course contre la montre qui a suivi la première descente de police sur le site. Les forces de l'ordre disposaient d'un peu plus d'une journée pour déposer des charges avant l'expiration des délais légaux.

L'ONUDC aide les pays de la région à combler ces lacunes :

  • en renforçant les capacités de collecte, d'analyse et de partage des preuves électroniques ;
  • en réduisant les marges de manœuvre des groupes criminels organisés pour déplacer et investir leurs ressources, notamment via les systèmes bancaires clandestins et l'industrie des casinos de la région ;
  • en améliorant la coopération afin d'enrayer les flux de personnes victimes de la traite et acheminées vers les centres d'arnaque de la région.

Aux Philippines, l'ONUDC apporte son soutien à la PAOCC et aux autres organismes compétents impliqués dans la lutte contre les opérations d'escroquerie, en vue d'élaborer des procédures opérationnelles normalisées axées sur la prise en charge des victimes :

  • identification et rapatriement des victimes ;
  • collecte des preuves ;
  • placement en garde à vue des auteurs présumés.

L'ONUDC collabore également avec les autorités dans le cadre de leur initiative visant à élaborer une stratégie nationale de lutte contre la criminalité organisée transnationale.

UNODC/Laura Gil
Les escrocs qui ne respectent pas leurs quotas sont souvent torturés.

Cambodge : Une délégation de procureurs, d'enquêteurs et de représentants des autorités centrales de divers pays s'est rendue en décembre dernier à Phnom Penh pour visiter un centre d'arnaque perquisitionné, en compagnie de représentants de l'ONUDC.

Les participants ont discuté de l'entraide judiciaire, de l'extradition, du recouvrement d'avoirs et du traitement approprié des preuves numériques transfrontalières - des aspects essentiels de la lutte contre l'escroquerie en ligne.

Cette visite avait été organisée à un moment précis : le Cambodge venait de créer la Commission de lutte contre les arnaques en ligne (CCOS), un organe de coordination de haut niveau présidé par le Premier ministre et composé de représentants de 25 ministères. Cette commission est habilitée à collaborer avec les forces armées et les forces de l'ordre du pays.

UN News/Daniel Dickinson
Les travailleurs qui enfreignent les règles sont condamnés à une amende ou, le plus souvent, battus.

Vers la mise en œuvre d'une réponse mondiale face à la fraude

Malgré une attention accrue et les efforts des forces de l'ordre locales, les centres d'arnaque continuent d'opérer, se contentant souvent de se déplacer lorsqu'un site fait l'objet d'une descente de police. Tandis que les gouvernements s'efforcent de traquer ces crimes, les victimes continuent de perdre des milliards. Le Sommet mondial sur la fraude, qui s"est déroulé cette semaine, s'est concentré précisément sur ce défi : traduire la volonté politique en un impact concret et durable.

Les dirigeants mondiaux ont discuté des priorités, harmonisé leurs réponses et fait progresser les solutions. Toutefois, les responsables soulignent que la phase suivante exige un suivi opérationnel rigoureux : opérations transfrontalières conjointes ; poursuites judiciaires coordonnées ; et partage de renseignements en temps réel.

Ils prennent votre argent et votre âme

M. Sawyer a déclaré que lui-même et son épouse, tout comme des centaines d'autres victimes, se sentent abandonnés face à la réponse qu'ils ont reçue de la part des banques et des gouvernements.

« L'escroc frappe deux fois : il vous prend votre argent, et il vous prend votre âme. C'est vraiment le cas. Il vous prive de votre estime de vous-même. Et ensuite, vous avez l'impression d'être à nouveau victime d'une arnaque, cette fois par le manque de réaction des autorités », a-t-il affirmé.

Il espère qu'à mesure que les pays partageront leurs solutions, ils s'engageront dans une coopération internationale et attireront davantage l'attention du monde sur cette question, les victimes comme lui pourront bénéficier de réponses ayant déjà fait leurs preuves dans d'autres pays.

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