UNOG - United Nations Office at Geneva

01/20/2026 | News release | Distributed by Public on 01/20/2026 23:26

La planète vit désormais « au-delà de ses moyens » en eau, alerte un rapport de l’ONU

Prendre une douche, boire au robinet, arroser un champ. Dans une large partie du monde, ces gestes quotidiens reposent désormais sur une ressource qui ne se renouvelle plus : l'eau. Un nouveau rapport de l'ONU décrit ce basculement et affirme que la planète est entrée dans une « ère de faillite hydrique mondiale ».

Le diagnostic est brutal et revendiqué comme tel. « Ce n'est pas pour tuer l'espoir, mais pour encourager l'action », a expliqué mardi Kaveh Madani, le directeur de l'Institut universitaire des Nations Unies pour l'eau, l'environnement et la santé, l'agence à l'origine de l'étude. « Nous devons reconnaître honnêtement l'échec d'aujourd'hui pour rendre possible le demain ».

Sortir du vocabulaire de la crise

Depuis des décennies, scientifiques et responsables politiques alertent sur une « crise mondiale de l'eau ». Un terme devenu, selon le rapport, trompeur. « Le mot "crise" suggère quelque chose de temporaire : un choc, une urgence, puis un retour à la normale. Or, dans de nombreux bassins, l'ancien normal a déjà disparu », a insisté M. Madani, qui était l'invité du point de presse quotidien de l'ONU, à New York.

Le rapport forge donc un concept nouveau : la faillite hydrique. Elle désigne un état post-crise durable, où l'usage et la pollution de l'eau ont dépassé les apports renouvelables, et où le capital naturel - nappes, zones humides, sols, rivières, glaciers - est endommagé de manière irréversible ou à un coût prohibitif.

Une planète qui a liquidé ses « économies »

À l'image d'un bilan comptable, l'humanité a non seulement consommé son « revenu hydrologique », mais aussi entamé ses « économies ». Plus de la moitié des grands lacs mondiaux ont décliné depuis les années 1990, 70 % des grands aquifères affichent une baisse de long terme, et 410 millions d'hectares de zones humides ont disparu depuis 1970, pour une perte annuelle estimée à 5 100 milliards de dollars de services écosystémiques.

« Dans de nombreux endroits, ces "économies" ne se reconstituent pas à l'échelle d'une vie humaine », a prévenu M. Madani. « Ce rapport n'est pas un avertissement sur un futur que nous pourrions encore éviter partout. C'est le diagnostic d'un monde où, dans beaucoup de bassins, le retour en arrière n'est plus possible ».

© UNCCD/Mwangi Kirubi
Des ossements d'éléphants gisent près d'un point d'eau asséché, dans le comté de Turkana, dans le nord du Kenya.

Une faillite qui circule

La faillite hydrique n'est ni uniforme ni universelle. Elle se mesure bassin par bassin. Mais suffisamment de systèmes critiques ont basculé pour transformer le paysage du risque mondial, via les marchés alimentaires, les chaînes d'approvisionnement, les migrations ou les dépendances géopolitiques.

Près de trois quarts de l'humanité vivent dans des pays qualifié de « précaire » d'un point de vue hydrique, plus de 4 milliards de personnes subissent une pénurie sévère au moins un mois par an, et la moitié de la production alimentaire mondiale provient de régions où le stockage total de l'eau décline ou devient instable.

De la gestion de crise à la gestion de faillite

Face à cette réalité, le rapport appelle à abandonner la gestion de crise - faite de réponses d'urgence et de promesses intenables - au profit d'une gestion de faillite.

« En finance, la faillite n'est pas la fin de l'action. C'est le début d'un plan structuré : on arrête l'hémorragie, on protège les services essentiels, on restructure des droits devenus intenables », a résumé M. Madani. « En matière d'eau, la logique est la même ».

Cela implique, notamment, de dire la vérité sur les pertes irréversibles, de protéger ce qui reste du capital naturel, et de décorréler la croissance économique de l'augmentation continue des prélèvements d'eau.

Une question de justice et de sécurité

Loin d'un débat technique, la faillite hydrique est aussi une question de justice sociale et de sécurité. Les coûts de la surexploitation pèsent d'abord sur les petits agriculteurs, les peuples autochtones et les populations urbaines pauvres, tandis que les bénéfices ont souvent été captés par les acteurs les plus puissants.

« Si nous continuons à traiter ces échecs comme des crises temporaires, nous approfondirons les dégâts écologiques et alimenterons les conflits sociaux », a averti le directeur de l'institut onusien.

Une fenêtre politique étroite

Les prochaines conférences de l'ONU sur l'eau, en 2026 et 2028, la fin de la Décennie de l'eau et l'échéance 2030 des objectifs de développement durable constituent, selon le rapport, une fenêtre critique pour « réinitialiser l'agenda mondial de l'eau ».

« Notre message n'est pas le désespoir, mais la clarté », a conclu Kaveh Madani. « Plus tôt nous regarderons le vrai bilan en face, plus nous aurons d'options. Plus nous attendrons, plus le déficit deviendra irréversible ».

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