03/11/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/12/2026 01:37
Q - Pascal Confavreux est avec nous, porte-parole du ministère des affaires étrangères. Merci beaucoup d'être là. Beaucoup de questions à vous poser évidemment. Déjà, sur le rôle de la France dans ce conflit. On va commencer par le commencement et le rapatriement de nos ressortissants. Où en est-on, de ce rapatriement ? Est-ce que les opérations sont terminées ?
R - Pour vous redonner le contexte, on a à peu près 400.000 Français qui sont présents dans la quinzaine de pays. Dans ces 400.000, il y en a environ 40.000 qui étaient de passage, soit pour du tourisme, pour du business, pour des études, etc. Nous avançons sur deux jambes. Une jambe, c'est la réouverture des vols commerciaux, en particulier depuis les Émirats arabes unis, où il y a un fort contingent de personnes qui veulent rentrer. Et puis, de l'autre côté, pour les personnes vulnérables, des vols affrétés ou facilités. Sur les vols commerciaux, on estime qu'il y a à peu près 15.000 personnes qui ont pu revenir, notamment depuis les vols des Émirats arabes unis. Et il y a environ 30.000 places supplémentaires sur cette semaine, pour tous ceux qui souhaitent aussi rentrer. Nous sommes intervenus en tant que diplomatie dans deux éléments : à la fois quand il y a des créneaux, quand les espaces aériens ne sont pas forcément ouverts ou partiellement ouverts, notamment aux Émirats, pour que ces créneaux soient affectés à la France ; et vis-à-vis des compagnies aériennes, notamment locales, pour qu'elles donnent et qu'elles utilisent ces créneaux et fassent des rapatriements. Ça, ce sont nos actions. Et aussi avec les prix, pour qu'ils fassent attention sur le fait que les prix soient abordables.
Q- Que ça ne flambe pas trop.
R - Exactement. Et deuxième partie, c'est sur la partie des vols facilités ou affrétés. Là, nous avons 12 vols qui ont été effectués, 1.100 personnes qui sont rentrées par ces vols. Il y en a encore quelques-uns qui sont jusqu'à la fin de la semaine. Cela fera à peu près 2.000 personnes qui seront rentrées par ces vols affrétés, facilités. Soit ce sont des vols militaires, soit ce sont des vols civils, soit ce sont des places bloquées sur des vols commerciaux.
Q - Pour résumer, vous diriez qu'il y a combien de Français encore, à ce jour, bloqués dans la zone ? C'est-à-dire qui veulent rentrer et qui ne peuvent pas ?
R - Il y a 7.500 Français qui sont venus vers nous à travers ce qui s'appelle le Fil d'Ariane. Tous ceux qui nous écoutent et qui sont sur place, inscrivez-vous si ce n'est pas déjà fait - mais maintenant, ils le connaissent bien. 7.500 Français qui nous ont demandé de l'aide pour le retour. Et donc cette jauge a tendance, évidemment, à diminuer.
Q- Information tombée ces dernières heures : la France va envoyer de l'aide humanitaire au Liban. Le Liban, on connaît la situation, est frappé par Israël et plus précisément le Hezbollah, qui est frappé par Israël. Mais du coup, la population du sud monte au nord et il faut aider les déplacés. Qu'est-ce que vous pouvez nous en dire ?
R - Il y a du très court terme, qui est de l'aide à la fois aux forces armées libanaises et de l'aide humanitaire. La force armée libanaise, avec l'envoi notamment d'aide à travers des blindés de transport. Et puis avec l'aide humanitaire, c'est ce que le ministre Jean-Noël Barrot vient d'annoncer il y a quelques minutes, c'est-à-dire de passer d'une vingtaine de tonnes à une soixantaine de tonnes pour, malheureusement, venir en aide avec des tapis de sol, avec de l'aide alimentaire, avec de l'aide de médicaments. Donc il y a cinq tonnes de médicaments qui ont été acheminés. Ça, c'est vraiment la chose à très court terme. Vous le dites très bien, la responsabilité première, c'est le Hezbollah, qui a choisi l'escalade, qui a commis une faute majeure en impliquant le Liban dans une guerre qui n'est pas la sienne, et en faisant courir ce risque de déstabilisation majeure du pays. Donc ce que nous voulons, c'est bien sûr évidemment que le Hezbollah cesse cela. Nous reconnaissons une décision qui n'a pas été très visible, mais qui est quand même très importante, qui est la décision du 2 mars du gouvernement libanais de déclarer illégale la branche armée du Hezbollah. Les autorités libanaises avec lesquelles nous sommes très en contact, à la fois le président ou le ministre des affaires étrangères, qui se sont engagés vis-à-vis de nous pour reprendre les positions du Hezbollah. Et bien sûr, des échanges aussi avec les autorités israéliennes pour leur dire de ne pas faire d'engagement durable et terrestre au Liban.
Q- Comment être sûr que l'aide que la France envoie ne tombe pas directement dans les mains du Hezbollah ? Parce qu'on parle d'armée libanaise, on connaît l'état de l'armée libanaise, on parle d'État libanais, mais on connaît l'état et le pouvoir très limité de l'État libanais. Donc comment être certain que l'aide française qu'on envoie au Liban ne termine pas directement ou indirectement dans les mains du Hezbollah ?
R - Nous sommes très vigilants, comme d'habitude. Nos échanges sont avec le gouvernement libanais, avec les forces armées libanaises. Et nous irons au plus près des personnes qui ont besoin de cette aide.
Q - Le Charles de Gaulle, il est dans la zone. Où est-ce qu'il se trouve précisément ? Où est-ce qu'il va aller ? Et à quoi va-t-il servir ? Et quel va être le rôle de la France ? On va rester dans du défensif. Mais qu'est-ce que ça veut dire concrètement, du défensif, dans un contexte de guerre ?
R - Le Charles de Gaulle était en mer Baltique, il y a encore quelques jours. Il est revenu en très peu de jours. Il est en Méditerranée orientale. Il n'est pas tout seul. Il y a le Charles de Gaulle, bien sûr. Il y a son armada autour de lui. Le Président était sur le Charles de Gaulle il y a encore 48 heures désormais. Il y a huit frégates qui sont désormais aussi dans la zone, deux porte-hélicoptères amphibies. On a quand même un alignement, et je crois qu'on est la seule puissance hors États-Unis à avoir fait cette mise en place en Méditerranée orientale et dans la région. Cette projection de moyens. Il y a des images d'ailleurs que vous avez plusieurs fois montrées à l'écran qui sont là. Cette présence, elle a plusieurs rôles. D'être évidemment en protection de nos ressortissants si besoin. Deuxièmement, d'être en protection de nos alliés dans la région. Nous avons des accords de défense avec les Émirats, le Qatar, le Koweït, des accords de coopération de défense aussi avec, par exemple, Bahreïn. Et donc, quand nous avons ces accords, nous sommes auprès d'eux quand les temps sont faciles, mais nous sommes aussi auprès d'eux quand les temps sont plus difficiles. Et troisièmement, c'est de préparer une coalition pour la liberté de navigation. Parce que ça, ça a un un rôle très concret, disons après, pour nous, pour nos concitoyens, etc.
Q - Donc liberté de navigation, c'est-à-dire qu'on va participer à la réouverture du détroit d'Ormuz ?
R- Exactement, c'est qu'on veut préparer ça. Il faut un peu de temps parce qu'il faut mettre en place une coalition, une planification, etc. avec des partenaires, des partenaires européens, des partenaires de la région. Le Président a voulu lancer ça dès mardi dernier, dès que cela s'est lancé. Et pourquoi ? Parce que 20% du gaz et du pétrole passent par le détroit d'Ormuz. Quand vous avez une contrainte comme ça sur les exportations de pétrole, vous avez une forme de fluidité au niveau des prix.
Q - L'enjeu, on le connaît. Mais comment la France va intervenir concrètement ? On va escorter des bateaux ?
R- Vous voyez ce qu'est l'opération ASPIDES ? C'est une opération européenne en mer Rouge, et qui luttait contre les Houthis. Et donc c'est effectivement de mettre des bateaux militaires aux côtés de tankers, etc. qui sont en capacité éventuellement d'intercepter des drones s'ils venaient à être attaqués. Ce qu'on voudrait, c'est que cette future coalition fasse une chose similaire au niveau du détroit d'Ormuz. Donc vous voyez, nous avons une présence qui est sur la Méditerranée orientale, qui est forte, qui est un signalement stratégique. Et cette préparation pour la suite.
Q- Et qui n'est pas anecdotique, il faut le rappeler, parce qu'on est le seul pays européen à envoyer autant de moyens, et qui est le seul pays européen qui est en capacité d'envoyer autant de moyens. Pour l'instant, on a encore les moyens de s'offrir ça, un porte-avions et une armada, signalons-le. Pascal Confavreux, dernière question : si nos installations militaires, donc des installations militaires françaises, sont attaquées dans la région, comment est-ce qu'on réagira ? Est-ce qu'on sera toujours dans le défensif ?
R- En droit international, il y a un principe qui s'appelle la légitime défense. Vous avez une légitime défense. Après, c'est au Président de la République de déterminer sa nature. Mais c'est ce qui vous permet de pouvoir répondre. Déjà, de pouvoir protéger nos emprises, de pouvoir protéger nos soldats, de pouvoir protéger nos agents.
Q - Et si Djibouti est attaqué, la base française ?
R- Après, je ne vais pas faire de politique fiction. On verra au cas par cas. Mais vous avez ce principe de base qui est la légitime défense.
Q- Merci beaucoup, Patrick Confavreux. Merci d'être venu ce matin sur le plateau de la matinale de CNews. Merci à vous.