01/30/2026 | Press release | Archived content
Q - Vous êtes bien sur Sud Radio, il est 8h18 et mon invité politique ce matin est Pascal Confavreux. Bonjour.
R - Bonjour.
Q - Porte-Parole du ministère français des affaires étrangères. Une tension permanente, sans doute plus vive que jamais, en tout cas du côté de l'Iran. D'un côté, le président américain, qui assure au régime que le temps lui est compté en envoyant ce qu'il appelle une autre armada. De l'autre, l'Iran qui assure être prêt, je cite, « à une riposte écrasante » avec cette expression, « le doigt sur la gâchette ». Est-ce que la France se prépare à un affrontement entre les États-Unis et l'Iran dans les prochaines heures ?
R - Le travail de la diplomatie, c'est justement d'éviter d'aller vers ces affrontements. On pense que ce n'est pas de l'extérieur qu'on peut faire des changements de régime, que c'est aux Iraniens et aux Iraniennes de décider quel est l'avenir qu'ils souhaitent pour eux. Et enfin, sur les sujets qui sont majeurs et que nous prenons très au sérieux, la menace du nucléaire iranien, les proxys, les [vecteurs] balistiques, c'est par la diplomatie, plus que par les frappes, que l'on réglera durablement les choses.
Q - Donc c'est ce que dit la France ce matin, c'est-à-dire que, par votre voix, Pascal Confavreux, vous dites qu'il faut à tout prix éviter une intervention militaire ? C'est avant tout la diplomatie qui compte ? Il est hors de question que la France aide, d'une quelconque manière, à faire tomber un régime, parce qu'il ne se change pas par les armes ?
R - Nous avions été les premiers, je vous le rappelle, au moment de la guerre des 12 jours, au printemps dernier, à condamner ces frappes internationales. Parce qu'encore une fois, elles ont probablement retardé le programme nucléaire iranien ; elles ne l'ont pas arrêté. Parce qu'il y a de l'expérience acquise, il y a encore… Par exemple, nous sommes dans le flou complet, avec l'AIEA, sur où se trouve l'uranium hautement enrichi.
Q - L'AIEA, pour expliquer pour tous ceux qui écoutent ?
R - L'agence internationale de l'énergie atomique, qui est une organisation internationale qui vient, avec des missions d'inspection, vérifier ce qui se passe en Iran, en théorie, pour voir où se trouve cet uranium et vérifier si l'Iran respecte bien ses obligations. Il est apparu depuis assez longtemps, maintenant - 2019 - que l'Iran ne respectait plus l'accord JCPOA, l'accord de 2015, qui permettait de contrôler ce programme et d'empêcher que l'Iran puisse accéder à l'arme nucléaire. Et en conséquence de ça, à l'été dernier, le ministre Jean-Noël Barrot a activé ce qu'on appelle le snapback, c'est-à-dire le retour de l'ensemble des sanctions qui existaient avant cet accord en 2015. C'est-à-dire que là, on se retrouve sur des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies, qui ont été adoptées entre 2006 et 2010, qui sont très lourdes, contre l'Iran.
Q - Justement, vous parliez de sanctions. Hier, les ministres des affaires étrangères de l'Union européenne ont convenu d'ajouter le fameux corps des gardiens de la révolution islamique à la liste des organisations terroristes. Quelles sont les attentes d'une telle décision ?
R - Elles sont, encore une fois, majeures. Parce que, qu'est-ce qu'il y a, là-dedans ? Qu'est-ce qu'on a adopté hier ? Le Ministre était à ce qu'on appelle le Conseil des Affaires étrangères de l'Union européenne à Bruxelles. Nous avons adopté 21 sanctions contre des individus et des entités qui sont liées à la répression terrible qui s'est produite en Iran, il y a maintenant quelques jours. Le bilan ne cesse de monter.
Q - Ce n'était pas la première répression. Moi, je pense à tous ceux qui nous écoutent actuellement. Je veux dire, ça fait quoi ? Depuis les grandes révolutions, on a assisté à des dizaines de manifestations comme ça, réprimées dans le sang. Pourquoi est-ce qu'on a attendu aussi longtemps ? Parce que la France était parmi les derniers, quand même, à vouloir cette inscription dans cette liste.
R - Alors, nous n'avons pas attendu. Il y a tout un tas de sanctions. On est à 600 entités…
Q - Mais la qualification en organisation terroriste ?
R - On est à 600 entités sanctionnées depuis, 2022. Le dernier grand mouvement, avec la grande répression, c'était notamment le mouvement « Femme, Vie, Liberté », qui était en 2022, où il y avait déjà d'importantes sanctions. Donc nous avons adopté hier 21 sanctions supplémentaires.
Q - Mais pourquoi cette inscription sur la liste des organisations terroristes, ça a pris autant de temps ?
R - Ça n'a pas pris plus de temps, parce qu'en fait, il fallait de toute façon avoir une décision, une discussion au Conseil Affaires étrangères. Ce Conseil Affaires étrangères a été fixé jeudi. Elle s'est passée, cette discussion. Nous avons rendu public, mercredi soir, quelle serait notre position. Et c'est la position que nous avons tenue. Et vous avez vu, derrière, ensuite, Kaja Kallas, c'est-à-dire la haute représentante de l'Union européenne, chef de la diplomatie européenne, indiquer que l'Europe était d'accord pour une inscription sur la liste des organisations terroristes.
Q - Pascal Confavreux, je rappelle que vous êtes le porte-parole du ministère français des affaires étrangères. Autre sujet également concernant l'Iran. Beaucoup, en tout cas, qualifient parfois la France de prudente, notamment parce que là-bas, nous avons encore deux compatriotes que sont Cécile Kohler et Jacques Paris. Ils sont pour l'instant à l'ambassade. Est-ce qu'on a des chances de les revoir sur le sol français avant la fin de l'année ?
R - Notre mobilisation, elle est totale pour pouvoir les ramener de manière définitive et immédiate en France. Il y a eu une très bonne nouvelle, qui était qu'ils pouvaient sortir des conditions terribles dans lesquelles ils étaient, puisqu'ils sont restés très longtemps dans cette prison. C'est ce que nous avons obtenu, c'est ce que Jean-Noël Barrot a obtenu avec, évidemment, le soutien de l'ensemble du ministère, ce qu'on appelle le centre de crise, qui gère ça, et notre ambassade, bien sûr, à Téhéran. Et puis, désormais, maintenant, notre but, c'est effectivement de pouvoir faire en sorte qu'ils reviennent ensemble en France. Et c'est la nature des échanges que nous avons avec les autorités iraniennes.
Q - Et l'espoir, d'ici la fin de l'année, est-ce que c'est crédible ?
R - Notre espoir, c'est qu'il puisse rentrer le plus vite possible.
Q - Justement, on parlait de l'Iran, sous pression, à cause de Donald Trump. Le président américain qui, depuis une semaine ou il y a quelques semaines, vous a, j'imagine, fait passer quelques nuits blanches, à force de lorgner sur le Groenland et la volonté de s'en accaparer. Il est plus calme, en tout cas, depuis Davos. Il a semblé, on va dire, prendre un peu de distance vis-à-vis de ce projet. Est-ce que pour vous, ça reste un motif d'inquiétude ? Ou vous vous dites « Là, ça y est, il semble avoir pris de la distance, on n'en parle plus » ?
R - L'enseignement qu'on tire de ça, c'est deux choses. C'est qu'on a montré, d'une part, qu'il y avait une réaction européenne qui était forte, quand on montrait qu'il y a des éléments importants, qui est l'attaque de la souveraineté d'un État de l'Union européenne, membre de l'OTAN. Et là, l'Union européenne a montré qu'elle avait des instruments à disposition, qu'elle avait une capacité de réaction et d'unité. Et en rappelant des principes très simples, c'est la souveraineté des peuples, c'est la solidarité au sein de l'Union européenne.
Q - Mais après tout ça, est-ce que ça reste un motif d'inquiétude encore, qu'à nouveau le président américain puisse avoir des tentations sur le Groenland ?
R - On prend tout ça très au sérieux. C'est-à-dire que ce qui s'est passé là…
Q - Il n'y a pas de répit ?
R - Il n'y a pas de répit. Il y a une volonté de toujours être droit dans nos bottes et d'être très ferme sur ces principes. Donc ça, c'était le premier élément. Le deuxième élément, c'est qu'on a aussi pris très au sérieux la sécurité de l'Arctique. Vous avez vu qu'à la demande des autorités danoises, nous avons participé à des exercices militaires dans la région et nous avons proposé que ces exercices militaires soient aussi passés au niveau OTAN. Pourquoi ? Parce que derrière le Groenland, c'est plus largement la sécurité de l'Arctique, et la sécurité de l'Arctique, on voit qu'il y a des rivalités de puissance dans lesquelles il faut qu'on puisse défendre, aux confins de l'Europe, les intérêts des Français et des Européens.
Q - Et malgré tout ce que vous venez d'énoncer de la part des États-Unis, est-ce qu'on peut toujours considérer ce pays comme un allié ? Et ne me répondez pas « for sure », please.
R - Nous avons des quantités de discussions avec les États-Unis. Des discussions qui sont très intenses, par exemple sur l'Ukraine, dans lesquelles nous avançons avec eux dans le cadre de la Coalition des volontaires sur les garanties de sécurité. Nous avançons avec eux notamment aussi en Syrie, où en ce moment, sont en train d'avoir lieu des négociations pour l'intégration des Kurdes dans la nouvelle Syrie et pour que le respect de leurs droits politiques, culturels, historiques soient inclus. Donc il y a des éléments importants et très considérables de discussion avec eux. Et puis, quand il y a des éléments sur lesquels on estime qu'ils vont trop loin, c'est dit. Et donc, si vous voulez, nous sommes des alliés, mais nous ne sommes pas alignés.
Q - Encore deux préoccupations en lien avec les États-Unis. Beaucoup d'experts, et on le voit dans nos journaux ce matin, expliquent qu'en réalité, si les États-Unis se sont désengagés militairement, ils se réengagent d'un point de vue politique sur le territoire européen, avec une véritable inquiétude sur les processus électoraux européens, notamment la France. Est-ce que vous, au Quai d'Orsay, c'est une véritable crainte que les prochaines élections, de la part des États-Unis, soient bousculées ?
R - De manière générale, on ne souhaite pas qu'il y ait d'ingérence informationnelle étrangère dans nos élections.
Q - De manière générale, personne. Mais est-ce que c'est une crainte que les États-Unis participent, on va dire, à…
R - Si c'était le cas, nous le prendrions très au sérieux.
Q - C'est une crainte, actuellement, ou pas ?
R - C'est une crainte que nos processus électoraux soient absolument parfaits parce que c'est le cœur de la démocratie. La démocratie, c'est quelque chose qui est extrêmement attractif pour des régimes qui ne nous veulent pas forcément du bien, mais c'est aussi quelque chose qui est très ouvert, dans lequel on peut laisser prise à des ingérences numériques étrangères, qui peuvent éventuellement vouloir nous influencer. Et c'est ce que nous avons lancé au Quai d'Orsay, j'en profite pour vous en parler, c'est ce compte qu'on a lancé qui s'appelle « French Response », qui permet d'avoir une forme de réaction rapide, un arc supplémentaire dans notre diplomatie, pour répondre à ceux qui nous attaquent à l'étranger, pour faire connaître aussi nos positions, et parfois mettre à jour le ridicule de ces grosses ficelles ou de ces mensonges. Et donc c'est un peu le haut de l'iceberg de toute une stratégie, qui est de mener cette guerre informationnelle.
Q - Si le président américain Donald Trump est peut-être un peu moins actif, et je mets ça naturellement entre guillemets, sur la scène internationale, c'est parce qu'il est préoccupé par ce qui se passe sur son territoire à lui, le territoire américain avec la fameuse police de l'immigration ICE. On a découvert il y a quelques jours qu'une entreprise française notamment, Capgemini, avait des contrats avec cette police anti-immigration. Et ce matin, le journal Libération nous explique qu'il y a deux nouvelles entreprises connues des Français que sont Parrot et Thalès, l'une pour les drones qu'utilise cette police anti-immigration, l'autre pour une base de données biométrique. Est-ce que les entreprises françaises doivent désormais être excessivement vigilantes, dans le contexte, à sélectionner leurs contrats ?
R - C'est le rôle de toute entreprise que de gérer sa conformité, de gérer son image. Je ne vais pas m'exprimer là-dessus.
Q - Le ministre de l'économie l'a fait. Il a dit qu'il appelle notamment les entreprises à se questionner sur la nature de ces activités, notamment dans le contexte qu'on connaît. Est-ce que nos entreprises françaises ne doivent pas être vigilantes vis-à-vis des contrats qu'elles passent ?
R - De manière générale, les entreprises françaises, elles sont vigilantes. Ce degré de vigilance, il augmente, à la fois pour leur risque d'image éventuel, vous le mentionnez, mais ça peut être aussi quand elles sont attaquées par de l'espionnage industriel. Là, c'est plus une guerre économique.
Q - Mais là, il n'y a pas de gêne ? Là, quand on voit les images avec ces deux personnes tuées sur les deux dernières semaines, est-ce qu'il n'y a pas une gêne de la part du Quai d'Orsay ? Est-ce que des entreprises françaises sont en contrat avec eux ? Et pas pour rien, des drones et des bases de données biométriques.
R - C'est extrêmement important pour les entreprises de gérer leur propre image, leur conformité et leurs propres guidelines. Nous, nous avons eu par exemple des cas de Français qui ont été détenus pendant quelques temps par l'ICE. Ce qui a été extrêmement important pour nous, c'était d'assurer leur protection. Un des rôles importants du Quai d'Orsay à l'étranger, c'est la protection de nos ressortissants, qu'ils soient résidents ou de passage. Donc par exemple, on va faire de la protection consulaire, on va faire en sorte qu'ils puissent voir leurs avocats, on va faire en sorte qu'ils puissent par exemple…
Q - Donc pas de gêne particulière ?
R - C'est extrêmement important, mais encore une fois, les entreprises, c'est à elles de gérer leurs guidelines.
Q - Autre sujet également à l'international et des crispations entre deux pays, la France et l'Algérie. Hier, et on s'en réjouit, Boualem Sansal a été élu à l'Académie française, pendant que de l'autre côté, Christophe Gleizes, journaliste également, est toujours retenu, toujours otage en Algérie. Il est toujours l'otage du régime algérien ? La France poursuit ses efforts ?
R - Notre mobilisation est totale pour qu'il puisse rentrer de manière la plus rapide possible. Cette détention est injuste, nous l'avons déjà dit. Nous rappelons par exemple le souhait d'une visite consulaire, je vous en parlais juste avant. Nous avons demandé à cinq reprises. Nous n'avons pas encore eu de réponse pour ça.
Q - Mais alors comment expliquez-vous que l'État n'ait pas de réponse, alors que Ségolène Royal, visiblement, va voir Christophe Gleizes, dans quelques heures, à dix heures ?
R - Je ne m'exprime pas sur une initiative individuelle de Mme Royal.
Q - Je vous demande ça parce qu'elle a dit « Moi, je ne critique pas la France depuis l'Algérie, au contraire, agir pour la réconciliation et le respect, mission qui m'a été confiée. J'agis pour les valeurs et la place de la France. »
R - Toute visite est une marque de soutien. Nous espérons que cette visite consulaire, que nous appelons de nos vœux, puisse se faire. Et nous espérons aussi que la famille, si elle le souhaitait, puisse avoir accès à son fils, si elle se rendait sur place.
Q - Ce n'est pas curieux ? Pardonnez-moi, Ségolène Royal, qui explique quand même que le président algérien Tebboune est un homme de dialogue ?
R - Encore une fois, je ne vais pas m'exprimer, je ne commente pas.
Q - Mais elle n'a aucun mandat par le Quai d'Orsay, Ségolène Royal ?
R - Une initiative individuelle sur laquelle, encore une fois, je ne m'exprime pas. Nous avons un Ministre, nous avons une ambassade, ce sont les canaux par lesquels on passe. Il y a un dialogue qui est extrêmement exigeant, qui est difficile, mais qui reprend petit à petit. Et nous souhaitons que, notamment les sujets de coopération migratoire, de coopération économique, de coopération sécuritaire, qui sont majeurs pour notre sécurité, puissent redevenir opérationnels.
Q - Dans les propos diplomatiques, même s'il y a les fameux canaux officiels que vous évoquiez, il y en a un autre, c'est Jean-Luc Mélenchon, puisqu'il y a un dossier international qui nous préoccupe tous, c'est la Russie et l'Ukraine. Il a expliqué, Jean-Luc Mélenchon, qu'il fallait absolument ramener « dans le concert européen » la nation russe, avec cette idée qu'à un moment ou à un autre, il faut remettre en route les gazoducs russes Nord Stream. Il est lucide, là, Jean-Luc Mélenchon ? Qu'est-ce qui se passe ?
R - Qu'est-ce qu'il se passe, sur l'Ukraine ? Depuis le début, vous avez une nation qui est agressée par un État voisin, en violation complète du droit international. Depuis presque quatre ans, nous sommes en soutien absolu, économique, mais y compris en termes d'équipement militaire, auprès de l'Ukraine. Vous voyez que ce soutien, il n'y a pas de fatigue, il se maintient depuis quatre ans. Vous voyez que nous préparons la paix, ces fameuses garanties de sécurité, que nous préparons aussi avec nos partenaires américains, et nous mettons la pression sur la Russie pour qu'elle vienne aux négociations de paix. Mais qu'est-ce qu'on voit ? On voit que la Russie, elle continue à frapper Kiev et ses installations énergétiques, et notamment en plein hiver, qui est absolument terrible. Et qu'elle a frappé, il y a 48 heures, un train de passagers vers Kharkiv. Donc, en fait, ce qu'on voit surtout là-dessus, c'est qu'il y a des négociations de paix dans lesquelles le président Zelensky dit, depuis le début, qu'il est prêt à un cessez-le-feu immédiat, et que ceux qui ne viennent pas à la table des négociations et qui ne sont pas sérieux là-dessus, ce sont les Russes.
Q - Donc, pour l'instant, ce n'est pas l'ordre du jour.
R - Pour l'instant, je vous dis, encore une fois, que ceux qui ne sont pas encore prêts, manifestement, pour la paix, ce sont les Russes.
Q - Pascal Confavreux, merci beaucoup d'avoir été à mon micro ce matin, porte-parole du ministère français des affaires étrangères, pour essayer de comprendre tout ce qui se passe sur la scène internationale. Les conflits sont nombreux et les tensions encore plus. Merci beaucoup d'avoir été à mon micro ce matin sur Sud Radio.
Source : Sud Radio