03/25/2026 | News release | Archived content
25 mars, 2026Lorsque les travailleuses et travailleurs de l'usine Volkswagen de Chattanooga ont voté à 97 % en faveur de la ratification de leur première convention collective, ils ont atteint bien plus qu'un simple record historique. Ils ont revendiqué leur dignité.
Pour Steve Cochran, Coprésident de la délégation du syndicat nord-américain de l'automobile UAW dans le Tennessee, organisation affiliée à IndustriALL, cette victoire a été le fruit de longues années d'efforts.
« Ce score de 97 % prouve que les travailleuses et travailleurs de notre section font preuve du plus grand respect et de la plus grande confiance envers leur équipe de négociation. Le message transmis est clair : les personnes de cette usine soutiennent cet accord. Elles soutiennent leur syndicat »
aaffirmé Steve Cochran.
Le chemin vers la victoire a été long. Les salariés ont tenté de se syndiquer pour la première fois il y a plus de dix ans, en 2014. Ils ont perdu ce vote de justesse après une campagne antisyndicale farouche : les dirigeants de l'entreprise et des personnalités politiques extérieures avaient insinué que la syndicalisation constituerait une menace pour les emplois et les investissements futurs.
Une autre tentative acharnée a échoué en 2019. Les travailleuses et travailleurs ont alors pris du recul pour réfléchir aux changements obtenus ou non. En dépit des garanties réitérées de la direction, selon lesquelles les préoccupations concernant les salaires, les coûts des soins de santé, les horaires et les perspectives d'évolution seraient prises en compte sans représentation syndicale, peu de choses se sont améliorées. Les promesses faites aux travailleuses et travailleurs n'ont pas été tenues.
Les frustrations se sont accentuées. Les échelles salariales sont restées inégales et les coûts des soins de santé ont continué à grimper. L'inflation a rétréci les budgets des ménages, en particulier celui des jeunes travailleurs et des familles qui tentent d'acheter une maison ou d'élever des enfants. Les échanges sur le lieu de travail, dans les salles de repos et sur les réseaux sociaux sont devenus plus pressants à mesure que les ouvrières et ouvriers comparaient leurs conditions à celles obtenues ailleurs dans l'industrie automobile.
« Les gens ne travaillent pas juste pour travailler »
a ponctué Steve Cochran.
« Ils travaillent pour subvenir aux besoins de leur famille, pour passer du temps avec elle, pour vivre dans la dignité. »
La victoire syndicale de 2024 a fait de Chattanooga la première usine d'assemblage automobile du Sud à se syndiquer, hors « Big Three », et l'une des rares usines automobiles syndiquées du sud des États-Unis.
Ce qui a changé entre les défaites précédentes et le vote de ratification à 97 %, ce n'est pas seulement la stratégie, mais le degré de confiance dans les rangs. Les travailleuses et travailleurs, qui avaient autrefois hésité, ont commencé à s'exprimer ouvertement. Les salariés ont écouté les aînés qui ont vécu les deux campagnes infructueuses. Le sentiment d'isolement sur lequel la direction misait autrefois a commencé à s'estomper. De nombreux travailleurs ne se sont plus demandé s'ils avaient besoin d'un syndicat, mais comment en mettre un en place.
Puis la campagne antisyndicale de l'entreprise a frappé. Steve Cochran a décrit des séances obligatoires, des mises en garde concernant les futures productions et des insinuations selon lesquelles des forces extérieures prendraient le contrôle de l'usine. Chuck Browning, Négociateur en chef de l'UAW, a souligné que l'approche de l'entreprise lors de la dernière campagne de syndicalisation semblait moins agressive que lors des précédentes, en partie parce que la dynamique parmi les équipes avait déjà basculé en faveur de la syndicalisation.
Ce revirement est également le fruit d'un travail en coulisses : IG Metall et le Comité d'entreprise mondial de VW ont travaillé d'arrache-pied pour convaincre la direction du site de rester neutre. Cela signifie qu'aucun tiers ne serait autorisé à entrer dans l'usine à l'approche du scrutin. Il est en effet courant, lors des campagnes syndicales, que les entreprises engagent des briseurs de syndicats, payés au prix fort, pour effrayer les travailleuses et travailleurs et les pousser, sous le coup de fausses informations et de menaces, à voter contre leurs intérêts. L'exclusion de tiers signifie qu'aucun briseur de syndicat, aucun politicien ni aucun chef religieux persuasif n'a pu interférer dans l'élection syndicale, une tactique couramment utilisée par les entreprises pour manipuler les votes. Cela a changé la donne pour ces salariés.
« Ce scrutin était différent, car les travailleuses et travailleurs se sont montrés déterminés. Par ailleurs, un accord négocié par le Comité d'entreprise de VW et IG Metall avec les responsables de Chatanooga a empêché toute pression extérieure de gagner l'usine. Quand ils m'ont dit qu'ils avaient conclu cet accord, je n'arrivais pas à le croire mais ils s'y sont tenus, même lorsque des politiciens locaux ont appelé en Allemagne pour obtenir un passe-droit. Sans politiciens, sans briseurs de syndicats ni autres intervenants susceptibles de les influencer, les travailleuses et travailleurs ont pu voter par choix, et non par crainte. Et cela a fait toute la différence. Qui sommes-nous ? L'UAW ! »
a déclaré Tim Smith, Directeur de la région 8 de l'UAW, qui supervise les activités du syndicat au Tennessee et dans d'autres États du sud des États-Unis.
Bien que l'entreprise ait continué à faire connaître sa position et à exprimer ses inquiétudes concernant le syndicat, Chuck Browning a affirmé que l'atmosphère était différente de celle des campagnes précédentes, marquées par une opposition plus forte.
La peur et l'incertitude faisaient partie de la stratégie. Mais déjà les salariés parlaient entre eux et étaient prêts à y opposer des faits.
Le syndicat a répondu par la sensibilisation et l'unité.
« Nous avons répondu par des faits. Nous avons répondu par la loi », a précisé Steve Cochran. «Menacer les emplois ou les avantages sociaux est illégal. Dès que les travailleuses et travailleurs ont compris que l'entreprise ne disait pas la vérité, la propagande a cessé de fonctionner. »
Au lieu de battre en retraite, les salariés ont utilisé chaque réunion comme source de motivation. Ils ont fait le point après coup, comparé leurs notes et rectifié les fausses informations via les groupes de discussion créés sur WhatsApp et Facebook ainsi que lors d'échanges en présentiel.
Chuck Browning a expliqué que le syndicat avait anticipé le fait que l'entreprise communiquerait directement avec les travailleuses et travailleurs dans le but d'influencer leur perception des négociations. En réponse, le syndicat a adopté une approche transparente.
« Nous avons constamment communiqué avec les membres ainsi qu'avec le grand public »
a-t-il mentionné.
« Si l'entreprise proposait quelque chose de positif, nous le développions. Si elle déformait la réalité, nous le signalions et lui opposions les clauses de la convention. »
Même une augmentation salariale de 11 % proposée par l'entreprise, annoncée alors que le soutien au syndicat s'amplifiait, n'a pas réussi à faire dérailler la campagne de syndicalisation. Les travailleuses et travailleurs y ont vu une tentative de freiner leur élan et de leur démontrer que des améliorations étaient possibles sans syndicat.
Le virage s'est amorcé lorsque la direction a présenté ce qu'elle appelait sa « dernière et meilleure offre finale », une offre qui ne protégeait pas les emplois ni ne garantissait les normes souhaitées par les travailleuses et travailleurs. L'équipe de négociation n'a pas immédiatement soumis cette proposition au vote. Elle a plutôt demandé aux adhérents de se prononcer pour qu'une grève soit autorisée.
Les travailleurs ont répondu présents.
« Dès que nous avons obtenu ce vote en faveur de la grève, l'entreprise est revenue à la table des négociations », a indiqué Steve Cochran. « C'est ça le pouvoir de la solidarité. »
Chuck Browning a quant à lui précisé que le vote de grève a été utilisé de manière délibérée, à un moment où il pouvait créer un véritable levier. Plutôt que de l'organiser prématurément pour la forme, le syndicat a attendu que les travailleuses et travailleurs puissent montrer sans ambigüité que l'offre de l'entreprise ne bénéficiait pas de leur soutien. Cette initiative a renversé la pression et ramené Volkswagen à des négociations sérieuses.
La percée à Chattanooga ne s'est pas produite de manière isolée. Elle a été alimentée par une dynamique nationale.
En 2023, l'UAW a mis fin aux grèves chez Ford, Stellantis et General Motors (les « Big Three ») après avoir conclu des accords provisoires sur des conventions collectives historiques dans le cadre d'un conflit national sans précédent, débuté le 15 septembre de la même année. Les acquis obtenus au sein des trois grands constructeurs automobiles ont eu des répercussions bien au-delà de ces usines.
« Les négociations avec les Big Three en 2023 nous ont beaucoup aidés », a expliqué Steve Cochran. « Les travailleuses et travailleurs ont constaté ce que l'action collective et la solidarité pouvaient accomplir. Ils ont vu des gens se serrer les coudes et remporter la victoire. »
« Nous avons simplement appliqué cela à notre situation », dit-il. « Nous pouvons obtenir les mêmes résultats si nous restons unis et allons de l'avant. Il est devenu évident que si nous n'agissions pas ensemble, nous continuerions à prendre du retard.
Voir le personnel des « Big Three » obtenir des contrats records a renforcé la confiance des équipes du Tennessee et remplacé le doute par la détermination.
« Le respect et la dignité n'ont pas de prix », a déclaré Steve Cochran. « Si l'entreprise ne vous les accorde pas, vous devez vous serrer les coudes et les reconquérir. »
Selon Steve Cochran, lorsque le résultat de 97 % a été annoncé la réaction a été immédiate.
« C'était bouleversant. Les gens n'avaient jamais rien vu de tel. On a fait la fête pendant quelques heures. Puis, le lendemain, on est retourné au travail et on a poursuivi nos tâches. »
Quelques jours seulement après l'entrée en vigueur de la convention, le changement était visible.
« Le coup de fouet au moral était incroyable », a témoigné Steve Cochran. « Pour la première fois, j'ai vu les visages s'illuminer et les gens être heureux sur leur lieu de travail. Etre malheureux au travail n'est pas une fatalité. Maintenant, nous disposons de règles de travail. Nous avons acquis des droits. Nous sommes enfin respectés. »
L'accord couvre 3.250 travailleuses et travailleurs et établit une nouvelle norme dans le sud des États-Unis, où la pression antisyndicale reste forte.
Chuck Browning a expliqué que la convention abordait les questions les plus vitales pour les travailleuses et travailleurs : la couverture santé, la sécurité de l'emploi, la protection contre l'inflation et le respect sur le lieu de travail. La sécurité de l'emploi était la priorité absolue. L'accord comprend des engagements sur la production, des protections en cas de cession de l'usine, des limites à l'externalisation et des protections contre la fermeture de l'usine. Les salariés ont également obtenu le droit de faire grève pour des questions de santé et de sécurité.
Il a indiqué que les travailleuses et travailleurs subissaient depuis longtemps un traitement injuste, allant de l'attribution des tâches et des horaires de travail à la manière dont les plaintes étaient traitées. La politique de dépistage aléatoire de drogues, trop sévère, a également été abordée dans l'accord.
Les constructeurs automobiles de la région ont intensifié leur discours antisyndical. Mais pour Steve Cochran, cela ne fait que confirmer une chose :
« Ils ont peur, et cela montre que nous sommes forts et porteurs d'un élan.»
Loin de ralentir le mouvement, cette victoire a suscité des appels de travailleurs issus de tout le pays qui souhaitent savoir comment elle a pu être obtenue.
La réponse est simple, a précisé Steve Cochran : identifiez votre objectif, planifiez et n'abandonnez jamais.
« Toutes les entreprises ont recours aux mêmes tactiques. Nous savons déjà ce qu'elles vont dire. Nous prenons simplement les devants et parlons aux salariés, comme nous l'avons fait avec celles et ceux du secteur de l'automobile. On établit un lien. On instaure la confiance. »
Le prochain défi consiste à faire comprendre aux directions que les règles ont changé.
« Ils ont toujours détenu tout le pouvoir. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Plus vite ils l'accepteront, meilleures seront nos relations. »
Pour Chuck Browning, la victoire de Chattanooga envoie également un message au-delà de Volkswagen. Elle montre aux travailleuses et travailleurs des usines non syndiquées qu'il est possible de l'être et de remporter une convention collective, avec pour résultat l'amélioration à la fois de leur situation économique et de leur quotidien au travail.
Aux travailleurs qui pensent qu'une victoire syndicale est hors de portée, Steve Cochran a donné un conseil sans équivoque :
« Regardez autour de vous. Demandez-vous pourquoi vous en venez à parler de syndicalisation. L'entreprise a la possibilité de redresser la situation. Si elle ne le fait pas, vous devez l'y obliger. Et pour y parvenir, vous devez vous serrer les coudes. »
Il a marqué une pause, puis ajouté :
«Il n'y a pas d'échec si vous n'abandonnez pas. Si vous persévérez, vous atteindrez votre objectif. »
Comme Chuck Browning l'a formulé :
« Pour chaque convention collective que nous avons obtenue, des gens ont estimé, à un moment donné, que cela relevait de l'impossible. C'est impossible jusqu'à ce qu'on y parvienne. »
À Chattanooga, les travailleuses et travailleurs ont prouvé que la solidarité pouvait transformer la peur en courage et un lieu de travail en un espace de dignité.