10/16/2026 | Press release | Archived content
Son Excellence Emmanuel Macron
Palais de l'Élysée, Paris
Monsieur le Président de la République,
Nous, organisations de défense des droits humains soussignées, vous écrivons à l'approche de votre visite à Bahreïn, prévue dans le cadre de votre tournée dans le Golfe du 19 au 21 octobre, pour vous exhorter à placer les droits humains au cœur de vos discussions avec le roi Hamad Al-Khalifa. Votre visite intervient alors que Bahreïn connaît la répression de la dissidence la plus sévère depuis 2011. Nous craignons vivement qu'un renforcement de la coopération politique et sécuritaire avec la France n'encourage les autorités bahreïniennes à un moment où la répression s'intensifie.
Nous reconnaissons l'importance de la sécurité et de la stabilité régionales, tout particulièrement dans le contexte du conflit en cours. Ces objectifs ne sauraient toutefois être poursuivis au détriment des droits humains fondamentaux ni justifier que l'on ferme les yeux sur les graves violations qui se poursuivent.
Depuis le déclenchement de la guerre impliquant l'Iran, les États-Unis et Israël, les autorités bahreïniennes ont intensifié la répression des libertés fondamentales :
Ces événements s'inscrivent dans un contexte de détentions arbitraires et d'impunité qui perdure depuis longtemps. Deux citoyens européens, le défenseur des droits humains dano-bahreïnien Abdulhadi Al-Khawaja et l'éminent dissident suédo-bahreïnien, le cheikh Mohammed Habib Al-Muqdad, demeurent injustement emprisonnés depuis leur arrestation il y a plus de 15 ans, tout comme les prisonniers politiques de premier plan Hassan Mushaima et le Dr Abduljalil Al-Singace. Le Dr Al-Singace mène depuis plus de cinq ans une grève de la faim au cours de laquelle il ne consomme que des liquides, pour protester contre la confiscation de ses manuscrits. Ces quatre hommes, comme d'autres personnes en détention arbitraire, ont été torturés et privés de soins médicaux adéquats.
Bahreïn continue également de prononcer la peine de mort à l'issue de procédures qui suscitent de graves préoccupations quant au respect du droit à un procès équitable. Actuellement, 19 personnes sont passibles de la peine de mort, dont 18 ont épuisé leurs voies de recours. Nous sommes particulièrement préoccupés par le cas de Mohammed Ramadhan et de Husain Moosa, dont le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a jugé la détention arbitraire et demandé la libération immédiate et sans condition.
En février 2013, la France s'est jointe à 43 autres États au Conseil des droits de l'homme des Nations unies pour exprimer ses préoccupations concernant l'emprisonnement pour des motifs politiques, les procès inéquitables et les déchéances de nationalité à Bahreïn. L'Union européenne, notamment par l'intermédiaire de son représentant spécial pour les droits de l'homme et dans le cadre de dialogues sur les droits humains, a appelé à plusieurs reprises à la libération de ces prisonniers. Pourtant, plus de 15 ans après leur arrestation, certains de ces mêmes prisonniers, dont Al-Khawaja et Al-Muqdad, citoyens de l'Union européenne, demeurent derrière les barreaux, et les violations se poursuivent.
Monsieur le Président, si vous ne formulez pas de demandes concrètes visant à améliorer la situation des droits humains à Bahreïn, au premier rang desquelles la libération des défenseurs des droits humains et des prisonniers politiques, votre visite risque de légitimer la répression exercée par Bahreïn et d'envoyer à ses dirigeants le dangereux message qu'ils peuvent continuer à emprisonner les voix critiques, à persécuter les responsables religieux et à déchoir des enfants de leur nationalité sans que cela ait la moindre conséquence sur leurs relations avec la France.
Nous vous exhortons donc à saisir l'occasion de votre visite pour demander instamment au roi Hamad de :
Nous demandons également respectueusement à la France de:
Nous vous exhortons à faire part de ces préoccupations au roi Hamad, tant publiquement qu'en privé, et à affirmer clairement que l'engagement de la France en faveur de la sécurité régionale ne saurait se faire au détriment des droits fondamentaux du peuple bahreïnien.
Nous nous tenons à votre disposition à tout moment pour vous fournir des informations complémentaires et échanger sur ces questions. Nous vous serions reconnaissants de nous adresser une réponse précisant quelles questions relatives aux droits humains ont été soulevées lors de votre visite et de quelle manière.
Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de notre haute considération.