07/07/2026 | News release | Distributed by Public on 07/07/2026 23:13
Une discussion organisée par des parlementaires ukrainiens, la société civile ukrainienne et Reporters sans frontières (RSF), en marge de l'Assemblée parlementaire de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à La Haye, a mis en lumière les attaques systématiques du Kremlin contre les journalistes qui couvrent son invasion en Ukraine. Représentants ukrainiens, proches de victimes ou survivants, société civile et journalistes ont dénoncé la stratégie russe visant à réduire les médias au silence. Face à ces crimes, les Etats membres de l'OSCE doivent agir pour mettre fin à l'impunité de Moscou.
"Antoni a été témoin de l'impunité avec laquelle la Russie tue des civils, des travailleurs humanitaires et des journalistes, avant d'en être lui-même victime". À La Haye, aux Pays-Bas, les mots d'Aïda Belloulid, veuve du photojournaliste français Antoni Lallican, tué par un drone FPV russe en octobre 2025 dans l'est de l'Ukraine, donnent le ton. Le 6 juillet, l'Assemblée parlementaire de l'OSCE a accueilli une rencontre consacrée aux crimes commis par le Kremlin contre les journalistes et les médias en Ukraine depuis le début de l'invasion à grande échelle. Organisé par des députés ukrainiens membres de la commission parlementaire enquêtant sur ces crimes présidée par la députée Yevheniia Kravchuk, l'organisation ukrainienne Institute of mass Information (IMI) et RSF, l'événement a réuni des représentants de la justice, des survivants de ces crimes et des représentants d'États membres de l'OSCE, sous le parrainage de l'Ukraine et de la France.
Les intervenants ont rappelé le lourd tribut payé par les médias qui travaillent en Ukraine : 16 professionnels de l'information ont été tués dans l'exercice de leur activité journalistique depuis le 24 février 2022, dont quatre Français, selon RSF. Ces attaques répétées ont des conséquences, a rappelé Aïda Belloulid "de moins en moins de reporters se sentent suffisamment en sécurité pour couvrir les crimes de guerre commis par la Russie en Ukraine. Ils savent qu'ils sont considérés comme des cibles légitimes par l'armée russe." En reportage aux côtés d'Antoni Lallican le jour de sa mort, le photoreporter ukrainien, Georgiy Ivanchenko, grièvement blessé, a résumé les conséquences : "elles ont changé la façon de travailler des journalistes". À leurs côtés, le journaliste de la chaîne française BFMTV, Maxime Brandstaetter est revenu sur l'attaque qui a coûté la vie de son confrère, Frédéric Leclerc-Imhoff, en mai 2022 près de la ville de Lyssytchansk dans la région de Louhansk, sous le feu de l'armée russe. Cette violence quotidienne s'accompagne de campagnes de désinformation de Moscou qui présente les reporters tués comme des "mercenaires". Maxime Brandstaetter en a lui-même fait l'expérience : le jour où Frédéric Leclerc-Imhoff a été tué, alors qu'ils circulaient dans un véhicule humanitaire clairement identifié et portaient des équipements de protection marqués "PRESS", l'agence de presse étatique russe TASS a affirmé que Frédéric Leclerc-Imhoff et lui étaient des agents "transportant des munitions vers la ligne de front".
"Quelqu'un doit répondre de ces crimes, et la Russie doit être tenue pour responsable de ses crimes", a appelé Aida Belloulid. Maxime Brandstaetter a, lui, appelé à ce que "justice soit rendue et à ce qu'aucun journaliste ne soit plus jamais tué en exerçant son métier".
"Bombardements ciblés, arrestations et déportations, destruction méthodique de matériel de retransmission audiovisuelle, le caractère systématique de la persécution par le Kremlin des journalistes en raison de leur journalisme est avéré. Elle est même revendiquée par les autorités les plus proches du Kremlin et parfaitement cohérente avec leur stratégie de propagande de guerre et leurs tentatives pour contrôler l'espace informationnel. Aux procureurs des États démocratiques de prioriser la réponse aux crimes contre les journalistes. Aux parlementaires de soutenir et faire connaître cette mobilisation judiciaire. Dans ces deux domaines, les autorités judiciaires et législatives ukrainiennes se montrent pionnières. Elles doivent être soutenues.
Participants à la discussion ©️ Hanna Chabarai
Crimes de guerre et crimes contre l'humanité
Depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine, RSF a recensé au moins 180 professionnels des médias victimes d'attaques russes en raison de leur travail. Les menaces évoluent. Après les tirs d'artillerie en 2022, les arrestations et déportations des journalistes en territoires occupés, les drones First person view ou FPV sont le principal danger pour les reporters sur la ligne de front. Trois professionnels des médias ont été tués en 2025. Pour répondre à ce risque, RSF et la fondation ukrainienne "Union" ont publié un guide de sécurité sur les drones. Les infrastructures médiatiques sont aussi visées : RSF a recensé 24 frappes de l'armée russe contre des tours de télévision ukrainiennes et les locaux de médias ukrainiens ont été endommagés plus de 80 fois, selon l'IMI. Les hôtels situés à proximité du front et utilisés par les professionnels des médias sont aussi eux aussi pris pour cible.
RSF a déposé onze plaintes contre la Russie à la Cour pénale internationale (CPI) et auprès du Bureau du procureur général ukrainien, dix pour crimes de guerre et une pour crimes contre l'humanité. À ce jour, 132 enquêtes préliminaires sur les crimes russes contre les journalistes sont ouvertes par la justice ukrainienne.
Texte de Pauline Maufrais