08/24/2026 | Press release | Distributed by Public on 08/25/2026 11:48
Reporters sans frontières (RSF) s'est jointe à quatre organisations brésiliennes pour demander l'intervention de la justice face à l'inaction des plateformes de réseaux sociaux à l'égard du cyberharcèlement de journalistes qui traitent des droits des personnes LGBTQIA+ et des questions de genre. L'organisation a déposé une requête en amicus curiae dans le cadre d'une procédure qui vise à engager la responsabilité des plateformes propriétaires des applications TikTok, Facebook, Instagram, X et YouTube, pour leur rôle dans la circulation de contenus contre les minorités.
À l'échelle internationale, 60 % des journalistes ont déjà témoigné du cyberharcèlement ciblant ceux qui couvrent les droits des femmes et des questions de genre, dans une étude menée par RSF en 2024. Et une enquête soutenue par RSF publiée en mai dernier par le site d'information AzMina a révélé que les journalistes qui couvrent des cas de violence de genre au Brésil sont victimes d'attaques numériques de plus en plus fréquentes : 46 % des femmes journalistes interrogées ont déclaré avoir reçu des menaces et fait l'objet de tentatives visant à les réduire au silence ; et 31 % ont subi des attaques coordonnées sur les réseaux sociaux. Des cas de doxxing - la divulgation de données personnelles et des habitudes de navigation sur Internet - ont également été signalés.
Dans sa requête, déposée le 19 août dernier, en amicus curiae - une déclaration présentant des arguments supplémentaires pertinents à la cour par une entité qui n'est pas partie au procès -, RSF démontre comment la violence en ligne a réduit la diversité des voix, crée un climat hostile, jusqu'à provoquer l'autocensure des journalistes.
"Dans un environnement numérique où non seulement les plateformes ne luttent pas contre les discours violents, mais encouragent leur circulation, la liberté de la presse est menacée. L'une des conséquences néfastes de cette violence est le silence face au coût personnel élevé de la prise de parole, en raison d'attaques qui débordent parfois dans le monde réel, en particulier pour les femmes journalistes spécialisées sur les droits des personnes LGBTQIA+ et les questions de genre. L'impact est multiple : la violence en ligne réduit la diversité des voix dans le débat public et prive de perspectives essentielles à la démocratie, favorisant la désinformation sur les droits sexuels et reproductifs.
Pour 92 % des femmes journalistes victimes de violence, selon l'étude de AzMina, soutenue par RSF, elle constituait une tentative délibérée d'entraver leur travail journalistique. 62 % estiment par ailleurs que cette violence visait à empêcher que justice soit rendue aux victimes dont elles racontent l'histoire, qui sont nombreuses : en 2025, au moins 1 470 femmes ont été victimes de féminicide, et plus de 87 000 ont été violées au Brésil. Ce cyberharcèlement émane communément des agresseurs des victimes dont les journalistes retracent l'histoire, mais aussi de leurs proches ou de leurs partisans, ce qui engendre la peur et pousse certaines femmes journalistes à abandonner leur profession.
Les journalistes du site d'information AzMina, ainsi que la directrice de la rédaction, Helena Bertho, ont elles-mêmes été prises pour cible sur les réseaux sociaux en 2019, après avoir publié des informations sur l'avortement sans risque, provenant de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Elles ont été accusées de "crimes" par Damares Alves, alors ministre de la Femme, de la Famille et des Droits humains, et aujourd'hui sénatrice. Des partisans du gouvernement ont relayé l'article en question dans des centaines de publications sur les réseaux sociaux, les adressant à Jair Bolsonaro, alors président, à d'autres ministres, à la Police fédérale et au ministère public, afin d'encourager la criminalisation de la publication de AzMina.
L'année suivante, en 2020, le travail de la journaliste d'investigation Schirlei Alves a donné lieu à l'adoption d'une loi protégeant les victimes, après qu'elle a révélé sur le site Intercept Brasil des images d'un procès pour viol. Au cours d'une audience, la victime, Mariana Ferrer, a été soumise à une série d'humiliations face à l'inaction du juge qui présidait la séance. Le traitement réservé à la victime, rendu public par la journaliste, a donné lieu à l'adoption d'un texte prévoyant des sanctions pour les actes portant atteinte à la dignité des victimes de violences sexuelles et des témoins lors des procès. Trois ans plus tard, Schirlei Alves a toutefois été condamnée à un an de prison et à une amende de 80 000 euros pour préjudice moral dans le cadre d'un procès en diffamation lié à ce reportage. La journaliste fait actuellement appel de ces condamnations. Tout au long de cette période, elle a été la cible de centaines d'attaques sur les réseaux sociaux, au point de voir son compte Instagram supprimé. Mais aucune plateforme n'a supprimé les messages de violence contre la journaliste.
En 2021, l'équipe du site d'information Portal Catarinas, spécialisé sur les questions de genre et les droits reproductifs, a également été la cible d'attaques massives et de tentatives de criminalisation, après avoir dénoncé des obstacles illégaux à l'accès à l'avortement légal pour les jeunes filles victimes de violences sexuelles. Outre les messages injurieux sur les réseaux sociaux, le site a été mis hors ligne par des millions de connexions coordonnées provenant de différents pays.
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