Council of Europe

05/19/2026 | Press release | Distributed by Public on 05/19/2026 02:50

Forte surpopulation carcérale et proportion croissante de personnes âgées et de femmes parmi les détenus dans les prisons européennes

Les statistiques pénales annuelles 2025 du Conseil de l'Europe sur les populations carcérales (SPACE I), publiées aujourd'hui montrent que de nombreux pays européens ne parviennent pas à remédier au grave problème de surpopulation carcérale auquel ils sont confrontés. Dans bon nombre d'autres États, les prisons sont proches de leur capacité maximale en raison de l'augmentation de leur population carcérale ces dernières années. Parallèlement, l'enquête indique que la proportion de personnes âgées en détention augmente, ce qui pourrait entraîner des difficultés opérationnelles et politiques pour les systèmes pénitentiaires à l'avenir, et que la proportion de femmes en prison a légèrement augmenté.

Globalement, en Europe, le nombre de personnes détenues pour 100 places disponibles est passé de 94,7 à 95,2 entre le 31 janvier 2024 et le 31 janvier 2025, avec des différences significatives d'un pays à l'autre. Dans les pays de plus de 500 000 habitants, 14 systèmes pénitentiaires ont signalé avoir plus de personnes détenues que de places disponibles. Le nombre d'administrations pénitentiaires qui ont fait état d'une forte surpopulation est passé de six en janvier 2024 à neuf en janvier 2025 : la Türkiye et la France (toutes deux avec 131 personnes détenues pour 100 places), la Croatie (123), l'Italie (121), Malte (118), Chypre (117), la Hongrie (115), la Belgique (114) et l'Irlande (112).

Cinq administrations pénitentiaires ont fait état d'une surpopulation modérée : la Finlande (110), la Grèce (108), l'Écosse (Royaume-Uni) (106), la Macédoine du Nord (104) et la Suède (103). En outre, neuf administrations pénitentiaires fonctionnaient à pleine capacité ou presque : la Roumanie (100), le Portugal (99), l'Azerbaïdjan (98), l'Angleterre et le Pays de Galles (Royaume-Uni) (96), la Serbie (96), la Tchéquie (95), les Pays-Bas (95), le Danemark (95) et la Suisse (95).

La population carcérale européenne dépasse 1,1 million de personnes

Au 31 janvier 2025, 1 107 921 personnes étaient en détention dans les 51 administrations pénitentiaires des États membres du Conseil de l'Europe, ce qui représente un taux médian de population carcérale de 110 personnes détenues pour 100 000 habitants sur l'ensemble du continent. Si l'on considère les administrations pénitentiaires des pays dont la population dépasse un million d'habitants et qui ont transmis des données pour 2024 et 2025, le taux médian de la population carcérale européenne est resté stable (115 détenus pour 100 000 habitants).

Cependant, treize administrations pénitentiaires ont connu une augmentation significative de leur taux de population carcérale entre janvier 2024 et janvier 2025 : Türkiye (+29 %), Monténégro (+22 %), Luxembourg (+20 %), Suède (+15 %), Grèce (+14 %), Croatie (+11 %), Fédération de Bosnie-Herzégovine (+8,2 %), Lettonie (+8 %), Finlande (+7,2 %), France (+6,6 %), Catalogne (Espagne) (+6,4 %), Arménie (+5,8 %) et Hongrie (+5,3 %). Les taux d'incarcération ont baissé de manière significative uniquement dans cinq pays : l'Ukraine (-18 %), la Slovaquie (-16 %), la Géorgie (-11 %), l'Estonie (-9,8 %) et la Pologne (-6 %).

Les pays affichant les taux d'incarcération les plus élevés étaient la Türkiye (458 personnes détenues pour 100 000 habitants), l'Azerbaïdjan (271), la République de Moldova (245), la Géorgie (232), la Hongrie (206), le Monténégro (200), l'Albanie (192), la Pologne (189), la Lettonie (189), la Tchéquie (178), la Serbie (174), la Lituanie (154) et la Slovaquie (151). Parmi les autres systèmes pénitentiaires qui présentaient des taux d'incarcération élevés figuraient l'Écosse (Royaume-Uni) (148), la Macédoine du Nord (146) ainsi que l'Angleterre et le Pays de Galles (Royaume-Uni) (141).

Globalement, en Europe, une personne détenue sur quatre était placée en détention provisoire en janvier 2025. La détention provisoire, qui a souvent un fort impact sur la densité carcérale, ne suit pas de tendance régionale précise. Les systèmes pénitentiaires qui enregistraient les proportions les plus élevées étaient l'Albanie (62 %), le Monténégro (53 %), l'Arménie (52 %), la Suisse (49 %) et les Pays-Bas (45 %). En revanche, la Bulgarie (7 %), la Tchéquie (8,2 %), la Pologne (11 %), la Roumanie (12 %), la Slovaquie et la Lituanie (toutes deux 13 %) affichaient des proportions particulièrement faibles.

Personnes détenues étrangères

Les ressortissants étrangers représentaient une part importante de la population carcérale dans certains systèmes pénitentiaires et une très faible proportion dans d'autres, pour plusieurs raisons, notamment les flux migratoires, les cadres juridiques et les facteurs géopolitiques. Dans l'ensemble, en Europe, 17 % des personnes détenues n'étaient pas ressortissantes de l'État où elles étaient incarcérées. Le fait que la proportion moyenne de ressortissants de l'Union européenne parmi les détenus étrangers s'élève à 27 % témoigne de la mobilité européenne et du cadre de libre circulation de l'UE, qui permet aux citoyens de vivre et de travailler dans tous les États membres.

Les administrations pénitentiaires qui comptaient une proportion particulièrement élevée de ressortissants étrangers étaient celles du Luxembourg (78 %), de la Suisse (73 %), de Chypre (54 %), de l'Autriche (53 %), de la Slovénie (52 %), de la Catalogne (Espagne) (52 %), de la Grèce (52 %), de Malte (51 %), de l'Allemagne (47 %) et de la Belgique (43 %), dans les pays comptant plus de 500 000 habitants. Les proportions les plus faibles ont été observées en Roumanie (1,1 %), en République de Moldova (1,9 %) et en Azerbaïdjan (2,2 %).

Le défi du vieillissement de la population carcérale

L'âge moyen des personnes détenues dans les établissements pénitentiaires européens était de 39 ans, avec des variations importantes d'un pays à l'autre. L'Italie et le Portugal ont enregistré l'âge moyen le plus élevé (42 ans), suivis du Monténégro, de l'Estonie et de la Serbie (41 ans). Les populations carcérales les plus jeunes se trouvaient en République de Moldova (30 ans), en Suède (34 ans) ainsi qu'en France, à Chypre et au Danemark (35 ans).

L'enquête met en évidence une présence croissante de personnes âgées en prison, qui est passée de 2,5 % en janvier 2020 à 2,9 % en 2025. Bien que la proportion globale de personnes âgées détenues reste modeste, l'enquête souligne les implications que cette situation pourrait avoir à l'avenir pour la gestion pénitentiaire, compte tenu des besoins souvent complexes des personnes âgées détenues en matière de santé, de maladies chroniques, de baisse des capacités cognitives et de mobilité réduite.

L'enquête souligne la forte proportion de personnes âgées détenues de 65 ans ou plus parmi les personnes incarcérées dans certains pays : la Croatie se distingue avec 10,8 %, suivie de la Serbie (7,2 %), de la Slovénie (5,7 %), de la Bulgarie (5,2 %) et de l'Italie (5,1 %), tandis que la Slovaquie (28 %), l'Italie (24 %), la Macédoine du Nord (22 %), le Portugal (21 %) et l'Espagne (administration centrale) (20 %) enregistrent les proportions les plus élevées de personnes détenues âgées de 50 à 64 ans.

Les femmes en prison

La proportion de femmes dans la population carcérale est passée de 4,8 % à 5,2 % entre janvier 2024 et janvier 2025, soit une augmentation globale de 8,9 % dans les pays de plus d'un million d'habitants, ce qui pourrait traduire un changement dans les pratiques en matière de condamnation, les types d'infractions et le recours à des mesures alternatives à l'emprisonnement. Les proportions les plus élevées de femmes ont été observées en Hongrie (8,8 %), en Tchéquie (8,6 %), à Malte (8%) et en Suède (7,9 %), dans les pays de plus de 500 000 habitants. À l'inverse, les proportions les plus faibles de femmes détenues ont été observées en Albanie (1,6 %), en Arménie (2,6 %), au Monténégro (2,8%) et en Azerbaïdjan (3,1 %).

Infractions

Les infractions liées à la drogue sont restées les plus courantes parmi celles pour lesquelles des personnes purgeaient une peine d'emprisonnement (17,3 %), suivies par le vol (12,1 %). Environ une personne condamnée sur trois purgeait une peine pour des crimes violents, notamment des homicides (10,9 %), des viols ou autres infractions sexuelles (8,6 %), des agressions (6,3 %) et des vols qualifiés (6,1 %). Au total, 2,7 % des personnes incarcérées avaient été condamnées pour des infractions au code de la route, et la même proportion avait été condamnée pour des infractions économiques ou financières.

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Les enquêtes SPACE sont réalisées chaque année pour le Conseil de l'Europe par l'Université de Lausanne. L'enquête SPACE I compile des informations communiquées par les administrations pénitentiaires des États membres du Conseil de l'Europe, tandis que l'enquête SPACE II s'intéresse aux personnes placées sous la surveillance des services de probation.

Notes

  • Les 51 administrations pénitentiaires des États membres du Conseil de l'Europe ont participé à l'enquête SPACE I 2025.
  • Sauf indication contraire, les données se rapportent à la situation au 31 janvier 2025. Lorsque des valeurs extrêmes sont observées (par exemple, des administrations pénitentiaires dont les taux sont exceptionnellement bas ou élevés), les données sont exprimées en valeurs médianes, qui sont plus fiables que les moyennes car elles sont moins sensibles aux valeurs extrêmes.
  • S'agissant de la densité carcérale, il importe de noter que les pays dont le nombre de personnes détenues est inférieur à leur capacité carcérale globale peuvent néanmoins connaître une surpopulation dans certains établissements pénitentiaires.

Lire les principales conclusions du rapport

Lire le rapport en intégralité sur les prisons en Europe

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