10/08/2026 | News release | Distributed by Public on 10/09/2026 04:40
Dans un Message d'information de santé publique, le ministère chargé de la Santé informe qu'une circulation exceptionnelle du virus du Nil occidental est observée en 2026 dans l'Hexagone et en Corse.
La saison 2026 est marquée par une circulation exceptionnelle du virus du Nil occidental (West Nile virus, WNV) en Europe, notamment en Italie et en Grèce, et dans l'Hexagone. Au 6 octobre 2026, 161 cas humains autochtones d'infection à virus West Nile ont été rapportés (contre 62 sur l'ensemble de la saison 2025), dont 60 formes neuro-invasives. Ces cas étaient localisés dans 24 départements de 7 régions, dont plusieurs touchés pour la première fois. Le virus circule activement également chez les chevaux, les oiseaux et les moustiques. Les moustiques vecteurs du genre Culex (moustique commun) restant actifs durant l'automne, la saison à risque n'est pas terminée : la surveillance renforcée des arboviroses se poursuit jusqu'au 30 novembre.
Ce message complète le DGS-Urgent n°2026-05 et le MARS n°2026_05 relatifs à la surveillance renforcée des arboviroses appelant à une vigilance renforcée des professionnels de santé et établissements de santé sur les infections à West Nile Virus. Il présente les essentiels pour les médecins de ville et les cliniciens hospitaliers (partie 2), le diagnostic biologique (partie 3) et la prévention (partie 4) ; les éléments détaillés figurent en annexes.
Les professionnels de santé (Infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, sage-femmes et pharmaciens) doivent orienter vers un médecin tout patient présentant un tableau clinique évocateur sans signes neurologiques.
Les examens sont choisis en fonction de la date de début des signes (cinétique en annexe 3) :
Confirmation biologique : tout résultat positif y compris une RT-PCR positive ou tout résultat non conclusif (RT-PCR ne distinguant pas le WNV du virus Usutu, résultats discordants, réactions croisées en sérologie, séroconversion) doivent être confirmés par le Centre national de référence (CNR) des arbovirus (cf. annexe 3)
Prise en charge par l'Assurance maladie : La RT-PCR West Nile et la sérologie West Nile (IgM et IgG) sont inscrites à la nomenclature des actes de biologie médicale (NABM). Le WNV relève d'actes distincts de ceux de la dengue, du chikungunya et du Zika : il doit être prescrit explicitement, avec les renseignements cliniques requis (date de début et nature des signes, zone et dates d'exposition), faute de quoi l'examen n'est pas remboursable.
Signalement obligatoire : toute infection confirmée biologiquement (RT-PCR / séroconversion) ET probable (IgM seuls) doit être signalée sans délai à votre ARS, de préférence via le portail de signalement (PSIG) (Cerfa n°16158*02, qui précise les définitions de cas). Ce signalement déclenche notamment la sécurisation des produits issus du corps humain (sang, tissus, cellules et organes), et permet d'aider les autres médecins du secteur à évoquer le diagnostic (annexe 4).
La prévention repose sur la protection contre les piqûres du moustique commun (Culex), actif principalement le soir et la nuit, qui pique surtout du crépuscule au petit matin, y compris à l'intérieur des habitations. Dans les zones de circulation du virus, les recommandations du HCSP de juin 2026 s'appliquent (détail en annexe 5) :
Ces conseils concernent particulièrement les personnes à risque de forme grave.
Le ministère recommande également de lutter contre les gîtes larvaires au sein et aux abords de vos cabinets et établissements. Votre ARS peut vous apporter un appui dans la mise en œuvre de ces recommandations.
Le Virus du Nil Occidental (en anglais : West Nile Virus) est un arbovirus du genre Flavivirus (famille des flaviviridae). Il s'agit d'un virus des oiseaux qui peut infecter l'être humain et le cheval, qui sont des « hôtes accidentels ». L'infection est asymptomatique ou très peu symptomatique dans environ 80 % des cas. Chez environ 20 % des personnes infectées, après une incubation généralement de 2 à 6 jours (jusqu'à 14 jours, parfois davantage chez l'immunodéprimé), elle se manifeste par un syndrome fébrile d'allure pseudo-grippale, généralement sans signe respiratoire : fièvre d'apparition brutale, céphalées, myalgies, arthralgies, asthénie, parfois éruption cutanée ou troubles digestifs.
Dans moins de 1 % des cas surviennent des formes neuro-invasives : méningite à liquide clair, encéphalite ou méningo-encéphalite (troubles de la vigilance, confusion, désorientation, convulsions, tremblements, syndrome extrapyramidal, déficit focal), paralysie flasque aiguë parfois asymétrique, syndrome de Guillain-Barré (dans la phase post-aiguë). Elles touchent principalement les sujets âgés et les patients immunodéprimés, notamment greffés, ou porteurs de comorbidités (cancer, diabète, hypertension artérielle, insuffisance rénale). Leur létalité est de l'ordre de 10 % (5 à 20 % selon les publications scientifiques), plus élevée chez l'immunodéprimé ; les séquelles neurologiques et cognitives sont fréquentes.
Le virus circule naturellement entre les oiseaux et les moustiques du genre Culex ; l'être humain et le cheval sont des hôtes accidentels. Il n'existe pas de transmission interhumaine, ni directe ni par l'intermédiaire des moustiques (l'être humain est un cul-de-sac épidémiologique), hormis une contamination possible par transfusion sanguine ou greffe. Quelques formes de transmission intra-utérine ont été décrites, ainsi que des méningo-encéphalites néonatales acquises.
Il n'existe ni traitement antiviral spécifique ni immunoglobulines spécifiques homologuées. La prise en charge est symptomatique et, selon la gravité, relève d'une surveillance neurologique rapprochée ou de la réanimation (troubles de la conscience, état de mal épileptique, atteinte respiratoire liée à une paralysie). Pour un patient présentant une forme neuro-invasive grave, en l'absence de traitement spécifique validé, le recours à un médicament non autorisé (IgG hyperimmuns, plasma convalescent) peut, à titre exceptionnel et après avis d'un infectiologue référent, faire l'objet d'une demande d'autorisation d'accès compassionnel (AAC) nominative auprès de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). La demande est saisie par le médecin prescripteur hospitalier et validée par le pharmacien de la pharmacie à usage intérieur via l'application e-Saturne ; l'ANSM se prononce sur la base d'une présomption de rapport bénéfice/risque favorable.
Source : Santé publique France, surveillance des infections neuro-invasives à virus West Nile.
Source : Haute Autorité de santé, rapport « Virus du Nil occidental », 2019, d'après Barzon et al. (2013) et Lustig et al. (2018).
La virémie est brève, souvent de faible amplitude, et précède souvent l'apparition des signes neurologiques au contraire de la virurie qui est décalée dans le temps. Les IgM apparaissent vers le 5e jour et peuvent persister plusieurs mois ; les IgG apparaissent quelques jours plus tard, jusqu'au 15e jour. Chez l'immunodéprimé, l'apparition des anticorps peut être considérablement retardée. D'où l'intérêt d'associer, dès la suspicion, RT-PCR (sang, LCS, urines) et sérologie (sérum, LCS).
Confirmation biologique : Certaines RT-PCR réalisées en laboratoire de biologie médicale ne distinguent pas le WNV du virus Usutu, qui circule également en France : tout résultat positif, y compris une RT-PCR, doit donc être confirmé par le CNR.
Les résultats non conclusifs nécessitent des analyses complémentaires par le CNR. Un tableau compatible associant des IgM positives et une RT-PCR West Nile négative sur un prélèvement précoce doit faire rechercher d'autres flavivirus (virus Usutu, de l'encéphalite à tiques ou de la dengue).
Du fait des réactions croisées en sérologie entre flavivirus, et avec les vaccinations contre la fièvre jaune, l'encéphalite à tiques ou l'encéphalite japonaise, les résultats sérologiques positifs sont confirmés par séroneutralisation au CNR. En l'absence de RT-PCR positive, l'observation d'une séroconversion sur un second prélèvement tardif est déterminante pour la confirmation.
La détection précoce des cas humains constitue un levier majeur de santé publique notamment en matière de biovigilance et d'hémovigilance : identifier rapidement une infection chez un donneur permet de sécuriser immédiatement l'ensemble de la chaîne des produits issus du corps humain (sang, plasma, organes, tissus, cellules) par l'Établissement français du sang et l'Agence de la biomédecine, et d'éviter des transmissions à des receveurs souvent déjà vulnérables.
Le signalement précoce conditionne par ailleurs l'ensemble des actions des ARS : enquête épidémiologique, mobilisation des acteurs selon une approche « Une seule santé », renforcement de la sensibilisation, de la prévention et de la surveillance, et éventuelles mesures ciblées de lutte antivectorielle fondées sur l'évaluation locale du risque. Il permet aussi d'informer les professionnels de santé du secteur et de les aider à évoquer le diagnostic.
Le virus pouvant être transmis par transfusion ou greffe, toute infection à WNV chez un patient récemment transfusé ou greffé doit également être déclarée au correspondant d'hémovigilance ou de biovigilance de l'établissement. De même, la détection du virus chez une personne ayant récemment donné son sang doit être signalée à l'Établissement français du sang.
La prévention repose sur la protection contre les piqûres du moustique commun (Culex), actif la nuit surtout du crépuscule au petit matin, contrairement au moustique tigre qui pique le jour. Dans les zones de circulation du virus, les recommandations du HCSP de juin 2026 s'appliquent :
Ces conseils concernent particulièrement les personnes à risque de forme grave. Contrairement à la dengue, au chikungunya ou au Zika, une personne infectée ne peut pas transmettre le virus par l'intermédiaire des moustiques : aucune mesure particulière vis-à-vis de l'entourage n'est nécessaire.