04/08/2026 | News release | Distributed by Public on 04/09/2026 11:21
« Ce n'est pas une escalade accidentelle. C'est l'effondrement de la protection », a déclaré Tom Fletcher, chef des opérations humanitaires de l'ONU. Selon lui, ces femmes et ces hommes ont été tués alors qu'ils distribuaient nourriture, eau, abris et médicaments, parfois à bord de convois clairement identifiés.
Sur ces plus de 1.000 morts, plus de 560 ont été enregistrés à Gaza et en Cisjordanie, 130 au Soudan, 60 au Soudan du Sud, ainsi que 25 en Ukraine et 25 en République démocratique du Congo.
Mais au-delà des pertes humaines, l'espace humanitaire se réduit dangereusement. « Nous ne sommes pas seulement tués, notre action est entravée, pénalisée, délégitimée », a-t-il insisté. « On nous dit où ne pas aller, qui ne pas aider. Nous sommes harcelés ou arrêtés pour avoir fait notre travail. On ment sur nous et ces mensonges ont des conséquences ».
S'interrogeant sur les causes de cette dérive, le chef de l'humanitaire a évoqué un monde où le droit international humanitaire serait devenu « moins commode », où ceux qui tuent « n'en paient pas le prix », et où les humanitaires sont parfois perçus comme des « cibles légitimes ». Une situation qu'il a qualifiée de symptôme d'un monde « sans loi, belliqueux, égoïste et violent ».
Cette crise est aggravée par un manque criant de moyens et par l'absence de sanctions. « Les auteurs sont rarement tenus responsables - ils sont rarement nommés et dénoncés, et encore moins poursuivis », a déploré Gilles Michaud, responsable de la sûreté et de la sécurité à l'ONU.
Au cours de l'année écoulée, 14 enlèvements, 145 arrestations et détentions, ainsi que 441 actes d'intimidation et de harcèlement ont été recensés. Parallèlement, 62 attaques ont visé des installations de l'ONU et 84 ses véhicules.
« Nous continuons à les laisser tomber », a-t-il lancé, évoquant des collègues morts en venant en aide à des enfants pris dans la guerre, en menant des campagnes de vaccination ou en escortant l'aide vers des populations dans le besoin.
Selon lui, le système de sécurité des humanitaires a atteint ses limites, miné par le sous-financement, le manque de soutien politique et des entraves croissantes sur le terrain.
« Nous perdons notre humanité dans la guerre », a averti Elyse Mosquini, du Comité international de la Croix-Rouge.
« Chaque attaque contre le personnel humanitaire qui reste sans conséquence permet à ce schéma insidieux de se poursuivre. Chaque attaque envoie le signal que la vie des humanitaires est sacrifiable », a-t-elle insisté.
Mme Mosquini a également mis en garde contre la montée de campagnes de désinformation visant à saper la confiance envers les organisations humanitaires et à présenter leurs personnels comme des cibles légitimes. « Cela ne peut pas continuer », a-t-elle exhorté.
Face à cette situation, M. Fletcher a rappelé aux États leurs responsabilités, notamment au titre de la résolution 2730 (2024), qui appelle à protéger les humanitaires conformément au droit international.
« Nous ne sommes pas ici pour vous rappeler ces engagements, mais pour vous mettre au défi de les respecter », a-t-il conclu.
Un message sans équivoque : sans action concrète pour garantir la protection et la redevabilité, la spirale de violence contre les humanitaires risque de s'aggraver - au détriment des millions de personnes qui dépendent de leur aide.