02/06/2026 | Press release | Archived content
Le directeur de publication du journal L'Alternance, Youssouf Sissoko, a été placé sous mandat de dépôt le 5 février au Mali, après la publication d'un article d'opinion critique à l'égard du chef d'État du Niger, le général Abdourahamane Tiani. Reporters sans frontières (RSF) demande la libération immédiate du journaliste et l'abandon des poursuites contre lui, ainsi que la fin des représailles contre les médias qui critiquent les dirigeants des pays de l'Alliance des États du Sahel (AES).
Au Mali, il est désormais impossible de publier des articles critiques des autorités des trois pays composant l'Alliance des États du Sahel (AES) - Mali, Niger et Burkina Faso - sans craindre des poursuites judiciaires ou des sanctions. Le journaliste malien Youssouf Sissoko, directeur de publication de l'hebdomadaire L'Alternance est la dernière victime de cette répression. Il a été arrêté le 5 février, présenté au procureur du pôle national de lutte contre la cybercriminalité à Bamako, puis conduit à la maison centrale d'arrêt de la capitale malienne.
Cette arrestation fait suite à la publication, le 2 février, d'un article intitulé "Le Général Tiani sous le coup de l'émotion accuse Macron, Ouattara et Talon", dans la rubrique "Contribution" du journal L'Alternance. L'auteur y qualifiait notamment de "grotesques"les accusations d'implication de la France, de la Côte d'Ivoire et du Bénin dans l'attaque de l'aéroport de Niamey, revendiquée par l'État islamique, et décrivait le Niger comme un "laboratoire pour une expérimentation politique toxique".
Youssouf Sissoko est placé sous mandat de dépôt, poursuivi pour "diffusion de fausses informations", "atteinte au crédit de l'État" et "offense à un chef d'État étranger" en raison de sa responsabilité en tant que directeur de publication du journal. Le procès est prévu le 9 mars, selon le communiquéde l'Association des éditeurs de presse privée du Mali (ASSEP).
"Le placement sous mandat de dépôt de Youssouf Sissoko est très inquiétant pour la liberté de la presse au Mali, où il est donc désormais impossible de publier non seulement des articles critiques des autorités maliennes mais aussi des articles critiques des autorités nigériennes ou burkinabè sans craindre des poursuites judiciaires ou des sanctions administratives. Les accusations, relevant de la loi sur la cybercriminalité, qui visent le directeur de publication de L'Alternance, illustrent l'utilisation abusive de cette loi - très contestée par la corporation - pour faire taire les journalistes. RSF appelle à la libération immédiate de Youssouf Sissoko, qui n'a fait que donner accès à une information pluraliste, et à l'abandon des charges retenues contre lui.
Du retrait de licence à la détention, le journalisme critique réprimé
Illustrant la sanction contre un média ayant diffusé des propos critiques envers les dirigeants du Burkina Faso, la chaîne de télévision Joliba TV Newsa été suspendue durant six mois par la Haute Autorité de la communication (HAC), le régulateur des médias du Mali, fin 2024. Une figure politique du pays, Issa Kaou N'Djim, avait, quelques jours plus tôt, qualifié de "mise en scène"l'annonce par les autorités burkinabè d'une tentative présumée de coup d'État déjouée. À la suite d'une plainte du Conseil supérieur de la communication du Burkina Faso, la HAC a retiréla licence de la chaîne le 26 novembre, avant de ramener la sanction à une suspension de six mois. Issa Kaou N'Djim a lui été poursuivi pour "offense à un chef d'État étranger" et "injures par voie numérique", puis condamnéà deux ans de prison, dont un an ferme.
Parmi les dernières victimes en date de la répression du journalisme critique des autorités maliennes, Malick Aliou Maïgade radio Aadar Koïmade Gao et Issoufa Moussa Touréde la radio Aadar Koukiad'Ansongo ont été détenusrespectivement un et quatre jours pour avoir critiqué les autorités en novembre 2025. Deux jours auparavant, l'organe de régulation avait suspendu les deux stations de radio pour trois mois, pour avoir respectivement dénoncé le comportement de certains militaires et relayé des critiques contre les autorités. Le directeur de publication de l'hebdomadaire Le Canard de la venise, Alfousseini Togo,a lui été condamné, en juillet 2025, à huit mois de prison avec sursis et à une amende de 500 000 FCFA (environ 760 euros) pour atteinte au crédit de l'État, après la publication d'un article intitulé "La justice malienne ou le mal du siècle", critiquant le ministre de la Justice Mamoudou Kassogué.
Dans un contexte de censure accru, plusieurs médias étrangers, dont sept français, ont été suspendus au Mali depuis l'arrivée au pouvoir des militaires. Le 17 janvier dernier, la circulation, la distribution et la vente du magazine Jeune Afriquea été interditedans le pays par le ministère de l'administration territoriale.