WHO - World Health Organization Regional Office for Africa

09/23/2026 | Press release | Distributed by Public on 09/23/2026 07:49

Réponse à Ebola : concilier les exigences sanitaires et les réalités socioculturelles pour prévenir la transmission du virus

Mutumbi, République démocratique du Congo - Depuis plus de 24 heures, un enterrement digne et sécurisé est bloqué à Mutumbi, une aire de santé de la zone de Lita, à 25 kilomètres de Bunia, dans la province de l'Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo. Et pour cause, la famille refusait l'intervention des équipes de la réponse car elle estimait que l'utilisation des sacs mortuaires ne respecte pas leurs pratiques culturelles : "c'est comme si on condamnait l'âme du disparu". Dans cette communauté par exemple, pendant les rites funéraires, il faut se coucher sur le corps du défunt pour lui exprimer son amour et son attachement. Il fallait donc trouver rapidement avec la communauté une solution conciliant exigences sanitaires et réalités socioculturelles.

Un dialogue communautaire improvisé s'est tenu dans l'urgence. En première ligne, se trouve Kennedy Muhindo Wema, spécialiste en communication sur les risques et engagement communautaire (CREC), déployé pour soutenir la réponse à Ebola à travers le Réseau mondial d'alerte et d'action en cas d'épidémie (Global Outbreak Alert and Response Network - GOARN). « Il fallait rétablir la confiance pour débloquer la situation. Nous avons compris que la solution devrait venir de la communauté elle-même, et non lui être imposée », relève-t-il.

Expert National, Kennedy a mené les négociations avec les équipes locales, des jeunes leaders et des chefs traditionnels. Il lui faudra près d'une heure d'échanges ardus pour parvenir à un compromis, facilité par des acteurs communautaires maîtrisant la langue locale et connaissant les réalités du milieu. Des explications sur le protocole sanitaire et l'utilité des sacs mortuaires ainsi que son rôle dans la prévention de futurs cas ont finalement permis de lever la réticence et de réaliser l'enterrement.

Déployé en Ituri pendant huit semaines, Kennedy a travaillé à Mongbwalu, à Lita et à Mangala, renforçant les mécanismes d'écoute et de retour d'information, accompagnant les équipes face aux rumeurs et aux résistances dans les communautés, et soutenant les autres piliers lorsque le dialogue avec les populations était nécessaire.

« Kennedy a beaucoup appuyé la coordination à Lita. Son expertise nous a aidé à mieux comprendre les réticences, à travailler avec les leaders communautaires, et à faciliter les interventions de la surveillance, de la décontamination et des enterrements dignes et sécurisés », explique le Dr Alain Mangolopa Kakule, épidémiologiste et coordonnateur terrain de l'OMS à Lita.


Expert de l'Institut Bernhard Nocht de médecine tropicale (BNITM), basé à Hambourg, en Allemagne, Kennedy illustre le principe de GOARN : mobiliser les compétences des institutions partenaires de l'OMS au profit des pays confrontés à une urgence sanitaire. « C'est mon premier déploiement à travers GOARN, mais pas ma première expérience en réponse à Ebola. Cette mission a été particulièrement exigeante, mais elle m'a permis de mettre à profit mon expérience directement sur le terrain », indique-t-il.

À Lita, avec les responsables de la zone de santé, l'OMS, les relais et leaders communautaires ainsi que les partenaires, Kennedy a contribué à structurer les retours d'information pour adapter les interventions aux préoccupations, rumeurs et réticences. Il a également appuyé la mise en place de deux brigades de veille communautaire à Lita et Mangala et formé la trentaine de membres, qui recensent les préoccupations des populations, font remonter rumeurs et alertes et facilitent le dialogue avec les équipes. Organisé à l'échelle de la zone de santé au plus porche des communautés, le dispositif fait désormais école, notamment à Beni.

Hier, la brigade de Lonyo, dans la zone de santé de Lita, s'est mobilisée pour retrouver un patient qui s'était échappé du centre de traitement Ebola (CTE) avant d'être déclaré guéri. « Avec nos connaissances dans la communauté, nous l'avons retrouvé et convaincu de retourner au centre pour poursuivre sa prise en charge. Ce qu'il a fait. », témoigne Dieudonné Lodza Singo, membre de la brigade.

Héritier Matondo, animateur communautaire, souligne aussi le rôle des relais dans la remontée des alertes. « Les informations qui nous parviennent sont transmises aux équipes de surveillance pour vérification et investigation. Cela permet de détecter rapidement les cas, d'assurer leur prise en charge et de sauver des vies. »

Pour Kennedy, ces mécanismes d'écoute, de veille et de dialogue permettent aux communautés de participer pleinement à la réponse. « Il s'agit d'assurer que la réponse ne parle pas seulement aux communautés, mais plutôt qu'elle travaille avec elles », précise-t-il.

Il a parallèlement contribué à une recherche opérationnelle sur l'humanisation de la réponse et à des visites guidées des CTE par des leaders communautaires. Ces visites contribuent à déconstruire le mythe du CTE comme « mouroir ». En découvrant les conditions de prise en charge et des soignants parlant leur langue, les leaders deviennent des témoins capables de rassurer leurs communautés.

Le déploiement de Kennedy s'inscrit dans un appui plus large. Une dizaine de déploiements en RDC à travers le réseau GOARN ont permis de mobiliser des expertises en épidémiologie et surveillance de la maladie, en prise en charge des patients, en prévention et contrôle des infections, ainsi qu'en communication sur les risques et l'engagement communautaire.

Au-delà de la RDC, GOARN soutient la préparation des pays voisins face au risque de propagation transfrontalière. Coordonné par l'OMS depuis 2000, le réseau rassemble près de 400 institutions. « La force du réseau GOARN, c'est de transformer la solidarité internationale en expertise directement mobilisable sur le terrain. En RDC, cet appui renforce les équipes nationales, accélère la réponse et contribue à mobiliser et à protéger les communautés là où les besoins sont les plus urgents », a déclaré la Dre Anne Ancia, Représentante de l'OMS en République démocratique du Congo.

Alors que Kennedy arrive à la fin de sa mission, les mécanismes qu'il a contribué à mettre en place sont opérationnels et renforcent les capacités des équipes et des communautés.

« Je suis heureux et fier d'avoir servi de pont entre les exigences techniques d'une réponse internationale coordonnée et les réalités quotidiennes des communautés congolaises touchées par l'épidémie », indique Kennedy. « Le plus important, c'est de sauver des vies et de mettre fin à cette épidémie. »

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