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05/01/2026 | Press release | Archived content

La Côte d’Ivoire renforce la lutte contre le travail des enfants

La Côte d'Ivoire renforce la lutte contre le travail des enfants

Un atelier technique s'est tenu pour harmoniser les outils de suivi, renforcer la qualité des données et améliorer la planification des interventions contre le travail des enfants, notamment dans les chaînes de valeur agricoles.

1 mai 2026

Cocoa pods © Canva/Valdenilson Santos

GRAND-BASSAM (OIT Infos) - Du lundi 13 au mercredi 15 avril 2026, le Ministère de l'Emploi, de la Protection Sociale et de la Formation Professionnelle, à travers la Direction de la Lutte contre le Travail des Enfants, a organisé à Grand-Bassam un atelier technique de revue et d'actualisation des indicateurs de risque liés au travail des enfants en Côte d'Ivoire.

Cet atelier s'inscrit dans le renforcement du dispositif national de lutte contre le travail des enfants. Son objectif était de revoir et d'actualiser les indicateurs utilisés pour identifier les enfants exposés au risque de travail des enfants, suivre les cas de traite, d'exploitation et de travail dangereux, analyser les facteurs de vulnérabilité des ménages et des localités, et orienter les interventions vers les zones les plus à risque. Ces indicateurs concernent notamment la situation scolaire des enfants, leur participation à des activités économiques ou à des tâches ménagères excessives, leurs conditions de travail, les incidents de traite ou de travail forcé, ainsi que les facteurs sociodémographiques, géospatiaux et contextuels liés à la protection sociale, à l'accès aux services sociaux et aux secteurs d'activité économique. L'atelier visait également à harmoniser ces indicateurs avec les normes internationales et à les adapter aux réalités sociologiques de la Côte d'Ivoire, afin de renforcer la qualité des données, le suivi des interventions et la mesure des progrès réalisés.

Dans un contexte marqué par des exigences croissantes en matière de devoir de diligence, de traçabilité et de durabilité des chaînes d'approvisionnement mondiales, la disponibilité d'indicateurs harmonisés constitue un enjeu stratégique. Pour la Côte d'Ivoire, cette démarche est particulièrement importante dans les chaînes de valeur agricoles telles que le cacao, le café, l'anacarde, l'hévéa et le palmier à huile, où les acteurs publics, privés et communautaires doivent pouvoir s'appuyer sur des données cohérentes, comparables et crédibles.

© ILO/Paul Agenor
© ILO/Paul Agenor
L'atelier a réuni plus de 50 experts et responsables techniques issus des ministères, des structures publiques et privées, des organisations internationales, industriels du cacao, et des organisations engagées dans la lutte contre le travail des enfantes

Les présentations ont permis de faire le point sur les indicateurs actuellement utilisés par le Système d'Observation et de Suivi du Travail des Enfants en Côte d'Ivoire. Ces indicateurs servent notamment à identifier les enfants en situation de vulnérabilité, à suivre les cas signalés et à orienter les interventions vers les zones et les groupes les plus exposés. Les échanges ont toutefois mis en évidence la nécessité de mieux harmoniser les outils existants, d'améliorer la disponibilité des données et d'assurer leur mise à jour régulière.

L'OIT a rappelé l'importance des normes statistiques internationales dans la mesure du travail des enfants. La résolution adoptée lors de la 19ème Conférence internationale des statisticiens du travail en 2013 a été présentée comme une référence essentielle pour mieux classifier les différentes formes de travail et clarifier les concepts utilisés dans la mesure du travail des enfants. Ces normes sont également renforcées par la Convention n°160 de l'OIT sur les statistiques du travail, qui encourage la production de données fiables et comparables.

Les discussions ont aussi porté sur les définitions essentielles liées au travail des enfants, notamment les enfants économiquement actifs, le travail dangereux, les pires formes de travail des enfants, le travail forcé, la traite des enfants et les tâches ménagères excessives. Cette clarification était nécessaire pour renforcer une compréhension commune entre les différents acteurs et éviter que chaque institution ou programme n'utilise des approches différentes pour mesurer un même phénomène.

Une attention particulière a également été accordée à la filière cacao. Le Conseil du Café-Cacao a présenté les indicateurs utilisés pour assurer la traçabilité économique, sociale et environnementale de cette filière stratégique. Les échanges ont souligné l'importance de renforcer les liens entre les indicateurs du secteur cacao et ceux du dispositif national, afin de favoriser une meilleure interopérabilité entre les mécanismes sectoriels et le SOSTECI.

L'atelier a également permis de présenter une approche d'estimation du risque du travail des enfants à partir de méthodes statistiques avancées, notamment l'Estimation sur les Petits Domaines. Cette méthode permet d'identifier les zones géographiques les plus exposées au risque de travail des enfants, en utilisant des données statistiques et des facteurs tels que la pauvreté des ménages, l'accès à l'éducation, les activités économiques dominantes, les caractéristiques démographiques et l'accès aux services sociaux de base. Les échanges ont montré que cette approche peut compléter les mécanismes communautaires existants, notamment le SOSTECI, en renforçant la capacité à cibler les zones prioritaires et à orienter les interventions.

Les travaux de groupe ont constitué une étape centrale de l'atelier. Les participants ont analysé les indicateurs d'incidents de traite et de travail des enfants, notamment le nombre ou le pourcentage d'enfants économiquement occupés, d'enfants effectuant un travail régulier, un travail léger, un travail dangereux, d'enfants victimes de traite ou de travail forcé, ainsi que les indicateurs liés aux tâches ménagères, aux conditions de travail, aux blessures et aux sévices. Ils ont également examiné les indicateurs sociodémographiques, géospatiaux et contextuels, notamment ceux relatifs à la population, aux ménages, à l'état civil, aux secteurs économiques, à la protection sociale, à l'accès à l'éducation, aux services sociaux et aux mécanismes de remédiation.

À l'issue des travaux, la liste indicative des indicateurs de risque et d'incident de traite, d'exploitation et de travail des enfants en Côte d'Ivoire a été amendée. Les participants ont apporté des corrections, revu les sources de données, précisé les normes de référence nationales et internationales, et formulé des recommandations pour assurer le suivi des résultats de l'atelier.

Parmi les recommandations formulées figurent l'organisation d'une séance de travail entre la Direction de la Lutte contre le Travail des Enfants et le Conseil du Café-Cacao afin de déterminer les indicateurs clés pour une traçabilité environnementale, économique et sociale plus efficace ; la mise à disposition des questionnaires de collecte de données de la Fondation ICI et du BIT ; le renforcement de l'interopérabilité entre le SIGOSTECI et les mécanismes sectoriels ; l'utilisation de la liste actualisée comme référentiel de base pour les études relatives au travail des enfants en Côte d'Ivoire ; l'association de psychologues, sociologues et médecins du travail aux statisticiens et juristes dans l'analyse des textes et conventions ; ainsi que l'organisation d'un atelier de validation de la liste actualisée.

L'atelier a ainsi permis de franchir une étape importante vers un cadre plus harmonisé de suivi du travail des enfants en Côte d'Ivoire. En renforçant la qualité, la comparabilité et l'utilisation des données, cette démarche contribuera à une meilleure planification des interventions, à une coordination plus efficace entre les acteurs et à une prise de décision fondée sur des informations fiables.

Au-delà de la révision technique d'une liste d'indicateurs, cet atelier a rappelé un enjeu central : mieux mesurer pour mieux agir. Des indicateurs harmonisés ne sont pas seulement des outils statistiques. Ils permettent d'identifier plus rapidement les enfants vulnérables, de cibler les zones à risque, de suivre les réponses apportées et de renforcer la responsabilité collective des acteurs engagés dans l'élimination du travail des enfants en Côte d'Ivoire.

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