United Nations Security Council

03/09/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/10/2026 08:36

Conseil de sécurité: inquiétude face à l’isolement de l’Afghanistan, sur fond de conflit avec le Pakistan et de guerre au Moyen-Orient

Le Conseil de sécurité a tenu, cet après-midi, une séance d'information sur l'Afghanistan, l'occasion pour Mme Georgette Gagnon, Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général, de faire part de sa vive inquiétude au vu de l'isolement persistant du pays vis-à-vis du système international, alors que se font ressentir les retombées de son conflit avec le Pakistan et de la guerre au Moyen-Orient.

« L'ambition du Conseil pour l'Afghanistan, réaffirmée dans la résolution 2721 (2023), est celle d'un pays en paix avec lui-même et ses voisins, pleinement réintégré à la communauté internationale et respectant ses obligations internationales, notamment en matière de droits des femmes, de droits humains et de lutte contre le terrorisme », a rappelé Mme Gagnon, pour qui l'on est aujourd'hui loin du compte.

Selon la Représentante spéciale adjointe, qui est en charge des affaires politiques au sein de la Mission d'assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), l'isolement persistant de l'Afghanistan, près de cinq ans après la prise de pouvoir des Taliban, est d'autant plus problématique qu'il empêche de traiter d'autres questions, telles que l'autosuffisance économique, la coopération en matière de sécurité, la lutte contre le terrorisme, les droits humains et la crise humanitaire.

« Si ces problèmes ne sont pas résolus, l'Afghanistan pourrait redevenir un facteur d'instabilité régionale et mondiale, se traduisant notamment par l'exode rural, le terrorisme et le trafic de stupéfiants », a-t-elle averti.

Le maintien d'un dialogue avec les Taliban continue de faire débat

Dans ce contexte, a rappelé Mme Gagnon, la MANUA s'est efforcée, à la demande du Conseil, de promouvoir une voie politique permettant de créer les conditions nécessaires à la réalisation de l'objectif visé. Elle l'a fait via le processus de Doha, qui a maintenu les canaux de dialogue constructifs existants et en a ouvert de nouveaux, tout en veillant à ce que les droits, le bien-être et les aspirations du peuple afghan demeurent au cœur des échanges avec les représentants des Taliban.

Salués comme louables par une majorité de membres du Conseil, ces efforts ont toutefois été remis en question par certains, à commencer par les États-Unis, qui, bien que participants au processus de Doha, ont dit « douter » des motivations des Taliban dans ce cadre. « Ils ne sont pas de bonne foi et ne semblent pas prêts à s'acquitter de leurs obligations », a regretté le représentant américain en faisant état de « quatre années douloureuses » depuis leur accession au pouvoir.

Si la Ministre d'État pour les femmes et les égalités du Royaume-Uni, la baronne Jacqui Smith, a dit voir dans la participation active des Taliban au processus onusien « la voie à suivre pour atteindre l'objectif que nous avons collectivement adopté dans la résolution 2721 », le délégué de la France s'est, lui, interrogé sur cette stratégie. « Depuis le lancement du processus de Doha il y a plus de trois ans, les Taliban ont répondu à notre engagement par davantage de provocations et de violations des obligations internationales et des résolutions de ce Conseil », a-t-il noté, résumant l'avis de nombreuses délégations, en particulier du Danemark et du Panama.

« Une branche d'olivier a été tendue aux Taliban lors du processus de Doha », mais force est de constater qu'ils n'ont pas répondu aux attentes, a renchéri le Pakistan, tandis que l'Afghanistan -dont la représentation à l'ONU est opposée au pouvoir en place à Kaboul- plaidait pour des contacts essentiels uniquement basés sur « des progrès mesurables en lien avec les droits humains, la gouvernance inclusive et la lutte contre le terrorisme ».

L'Iran s'est dit, pour sa part, convaincu qu'un dialogue constructif demeure la voie la plus efficace pour promouvoir des comportements responsables et faire respecter les droits humains, notamment les droits des groupes ethniques et des femmes. Bahreïn a préféré rendre hommage aux efforts de la MANUA et saluer le rôle du Qatar, hôte du dialogue entre envoyés internationaux et autorités talibanes.

De son côté, la Fédération de Russie a défendu une « approche globale réaliste », fondée sur une évaluation équilibrée de la situation dans le pays. Notant des similitudes avec l'approche « mosaïque » adoptée par la MANUA, le représentant russe a regretté que les Occidentaux ne soient pas conscients des avantages d'un large dialogue avec les autorités afghanes. « Ils s'obstinent à parler aux Taliban par voie d'ultimatums et imposent à l'ONU, en particulier à la MANUA, leur ligne d'action vouée à l'échec », a-t-il assené, jugeant logique, dans ces conditions, que les autorités de facto ne tiennent guère au maintien d'une présence onusienne. Sur la même ligne, la Chine a plaidé pour une poursuite du dialogue entre l'ONU et les autorités de facto.

Dénonciation unanime de la situation des femmes et des filles afghanes

Dans son exposé, Mme Gagnon a dénoncé la situation « inacceptable » des femmes et des filles afghanes, qui entament leur cinquième année d'exclusion quasi totale de la vie publique et de l'éducation. À ses yeux, « les politiques imposées par les autorités de facto au peuple afghan, notamment en matière d'éducation des filles et des femmes, ont pour effet d'épuiser le capital humain considérable du pays à moyen et long terme ».

Exhortant les Taliban à revenir sur leur décision soi-disant « provisoire » de suspendre l'éducation des filles, elle a fait de même au sujet du récent décret relatif aux règles de procédure pénale, qu'elle a jugé « discriminatoire envers les femmes et les minorités religieuses ». De même, alors que la situation humanitaire s'aggrave, elle s'est élevée contre l'interdiction de travailler faite au personnel féminin national de l'ONU, y voyant une violation flagrante de la Charte des Nations Unies.

Ces restrictions ont été qualifiées d'« écœurantes » par les États-Unis, la France parlant quant à elle de violations systématiques « constitutives de persécution de genre, un crime contre l'humanité au sens du Statut de Rome ». Les femmes et les filles ont, de fait, été effacées de la vie publique et toute une génération est privée d'éducation et d'opportunités, s'est indigné le délégué afghan, rejoint par son homologue iranien, selon lequel ces mesures de privation sont « incompatibles avec les enseignements de l'islam et avec la dignité humaine ».

Avec le nouveau décret sur les dispositions pénales, les Taliban sont en train de mettre en place un cadre juridique qui bafoue la sécurité et la dignité des femmes, a fait observer la Lettonie, précisant que même des violences graves commises contre une épouse sont désormais considérées comme une infraction mineure, passible de seulement 15 jours d'emprisonnement. Pour cela, a expliqué la délégation, la plaignante doit présenter des blessures visibles tout en étant contrainte de se couvrir le corps, et seulement si elle parvient à se présenter à un juge accompagnée d'un tuteur masculin « qui pourrait être son bourreau ».

Plus mesuré à l'endroit des Taliban, le représentant russe a suggéré aux Occidentaux d'améliorer la situation des filles et des femmes afghanes en contribuant à la création de conditions leur permettant de vivre dans un pays stable et développé. Un conseil « particulièrement important compte tenu du grand nombre de réfugiés qui pourraient revenir d'Iran en raison de l'agression armée dont ce pays fait l'objet de la part d'Israël et des États-Unis ».

Préoccupations sécuritaires régionales liées au terrorisme

Les violations des obligations internationales par les Taliban concernent également la lutte contre le terrorisme, a souligné la France. Un constat partagé par le Pakistan, qui a promis de ne pas rester les bras croisés alors que des groupes terroristes ont fait de l'Afghanistan leur « sanctuaire ». Citant en premier lieu Tehrik-e Taliban Pakistan (TTP) et l'EIIL-Province du Khorassan, le délégué pakistanais a justifié les frappes menées fin février contre l'Afghanistan par la menace que ces groupes font peser sur son pays et la région entière.

Accusant les Taliban de refuser de condamner les groupes terroristes, ce qui montre selon lui « l'ampleur de leur complicité », le représentant a assuré que le Pakistan a exercé son droit à la légitime défense. « Notre réponse a été proportionnée et a ciblé des installations terroristes », a-t-il dit, ajoutant que ces opérations antiterroristes se poursuivront « aussi longtemps que nécessaire ».

Cette présentation des faits a été récusée par l'Inde, qui a jugé « hypocrite » que le Pakistan professe la foi musulmane tout en menant des frappes pendant le mois sacré du ramadan. Le délégué afghan a, lui, enjoint au Pakistan de cesser ses frappes meurtrières contre des civils, non sans reconnaître la permissivité des Taliban à l'égard des terroristes.

L'Iran a signalé pour sa part que la guerre d'agression « non provoquée et injustifiée » lancée par les États-Unis et le « régime israélien » le 28 février contre son pays se caractérise par des attaques délibérées et ciblées dans plusieurs grandes villes iraniennes « où résident des millions de ressortissants afghans ».

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