01/09/2026 | Press release | Archived content
Madame la Secrétaire générale,
Monsieur le Secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale,
Mesdames les Directrices, Messieurs les Directeurs,
Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs,
Nous ouvrons cette dernière séquence de notre Conférence des Ambassadrices et des Ambassadeurs et la consacrons cette année à une problématique émergente mais qui touche à ce que nous avons de plus intime, c'est-à-dire la responsabilité qui nous est donnée de porter la parole de la France. Vous le savez, j'en ai dit un mot au tout début de mon message ce matin, nous vivons une révolution technologique qui a fragmenté l'espace de l'information. Se pose alors d'une manière nouvelle la manière dont nous devons porter la voix de la France. Et à l'aune de cette fragmentation, nous sommes confrontés à un nouveau défi, puisque dans les failles qui se sont ainsi créées dans l'espace de l'information, se sont engouffrés nos adversaires et nos compétiteurs pour porter atteinte à nos intérêts, à notre image et à la France plus généralement. La conflictualité s'est installée dans un nouveau champ : le champ des perceptions.
Il suffit de se tourner sur l'année qui vient de s'écouler, l'année 2025, pour s'apercevoir à quel point nous avons été pilonnés par des campagnes de désinformation menées depuis l'extérieur par nos adversaires ou nos compétiteurs. Voyez plutôt.
[Diffusion d'une vidéo recensant les attaques récentes vis-à-vis de la France]
Cela pourrait porter à sourire. On pourrait se dire qu'après tout, c'est sur X, c'est sur TikTok, c'est sur Instagram ; que c'est, en quelque sorte, une forme de légèreté. Mais ce serait se tromper très lourdement, parce que ce type d'attaques, notamment lorsqu'elles sont coordonnées, je le dis sous le regard du SGDSN, peuvent avoir des conséquences majeures.
Des conséquences majeures d'abord sur la vie économique, sociale et institutionnelle de nos pays. Rappelons-nous que l'année dernière, une élection présidentielle dans un pays membre de l'Union européenne a dû être annulée parce que la campagne avait été manipulée à grande échelle sur un réseau social chinois.
Des conséquences aussi sur nos propres manœuvres diplomatiques. Vous en avez eu quelques exemples ici. Des attaques multiples nous ont ciblés, s'agissant de notre mobilisation aux côtés de l'Ukraine ou s'agissant de notre mobilisation au service de la paix et de la stabilité au Proche-Orient. Désormais, lorsque nous menons des initiatives au Conseil de sécurité, à l'Assemblée générale des Nations unies, nous devons en même temps nous justifier devant notre opinion publique parce que nous sommes attaqués, de toutes parts, par des adversaires qui cherchent à nous décrédibiliser.
Mais cela va encore plus loin. Ces attaques peuvent porter atteinte à nos agents, à nos chefs de poste, qui dans l'année écoulée, en Arménie, en Géorgie, au Sahel et en Afrique de l'Ouest, ont été directement et personnellement pris pour cibles, pour les intimider, pour les décourager, pour les empêcher de conduire le dialogue bilatéral défendant les intérêts de la France et des Français.
Conséquences au niveau national, conséquences pour nos manœuvres diplomatiques, conséquences pour l'exercice du rôle d'ambassadrice ou d'ambassadeur. Et la mauvaise nouvelle, c'est que cela n'est pas près de s'arrêter parce que c'est très facile à faire. Voyez plutôt.
[Diffusion d'une fausse vidéo du Ministre revendiquant la Louisiane à l'Assemblée générale de l'ONU et nommant Thomas Pesquet envoyé spécial en Louisiane]
Il a fallu 1 minute 15 à la direction de la communication et de la presse pour produire cette vidéo sans frais, et je félicite d'ailleurs le directeur et ses équipes. Sans aller plus loin dans la description de l'état de la menace, vous voyez dans quel monde nous entrons et ce pourquoi nous avons fait tant d'efforts dans l'année écoulée pour nous renforcer et nous permettre d'exercer cette responsabilité de porter la voix de la France et de riposter.
Parce que la seule bonne attitude à adopter, dans cette guerre informationnelle qui a commencé, c'est de hausser le ton et de monter le son. Pour se faire entendre, pour que lorsque la France a des messages à passer, ils soient véritablement entendus, et puis pour se défendre, c'est-à-dire veiller 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, tout autour du monde, pour détecter très précocement les attaques, et pouvoir riposter.
En 2025, nous avons transformé la direction de la communication et de la presse. Un nouveau directeur est arrivé. Nous avons dissocié le rôle de directeur et celui de porte-parole pour que nous puissions conduire cette transformation qui a été permise aussi par des renforcements d'effectifs, pour que nous puissions nous développer au Département, au service, bien évidemment, du réseau. L'une des réalisations peut-être les plus spectaculaires et les plus innovantes de cette transformation, c'est la création du compte Twitter « French Response », dont vous avez mesuré les succès de ces dernières semaines.
Le premier message posté par ce compte a été le 22 septembre, date à laquelle la France a reconnu l'État de Palestine, en réponse à un commentaire évidemment très négatif d'une autorité américaine. Dans la dernière semaine de septembre et les premières semaines d'octobre, c'est à peu près 30.000 impressions, 30.000 vues que le compte « French Response » recueillait. C'est désormais plus d'un million de vues qui sont recueillies chaque semaine. Et ce compte a d'ores et déjà plus de 20.000 followers, ce qui montre que ce que nous avons initié, expérimenté, est couronné de succès.
Alors je vous invite, Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs, à vous inspirer de cette méthode et de cette posture. Si vous ne connaissez pas « French Response », je vous invite à vous y abonner. Et vous verrez qu'aucune fausse information n'émane de ce compte, mais que l'information y est donnée avec une posture franche, teintée d'humour, de dérision, parfois d'autodérision, qui conduit à la viralité sur les réseaux sociaux, qui permet d'augmenter l'impact du message que nous voulons porter.
« French Response » a donc une vertu, qui est de riposter lorsque des contenus portant atteinte à notre image sont diffusés. Mais « French Response » a aussi une vertu d'inhibition, parce que nos adversaires savent désormais que s'ils portent atteinte à notre image, ils peuvent être ridiculisé par « French Response ».
Et puis enfin, la désinformation se propage par ignorance, parce qu'un post est publié sur un réseau social, qu'un observateur la republie et que finalement, par erreur, un journaliste dûment habilité la fait sienne. « French Response », en déminant les fausses informations, inhibe là aussi le risque que la fausse information puisse être reprise et qu'elle contamine en quelque sorte l'espace informationnel.
Transformation de la DCP, création d'outils comme « French Response », et puis renforcement du réseau avec l'installation de six veilleurs dans les fuseaux horaires appropriés, pour que nous puissions exercer notre fonction de détection 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
En 2026, cet effort va se poursuivre. Je vous ai demandé ce matin d'installer dans vos postes des comités locaux d'influence, en rassemblant toutes les parties prenantes et tous les services de l'État qui travaillent sous votre responsabilité. Je pense évidemment aux responsables de la diplomatie culturelle ; je pense à vos attachés de défense qui, pour certains d'entre eux, ont déjà une expérience importante de la guerre informationnelle ; je pense à tous les services de l'ambassade… pour faire deux choses.
La première, évidemment, c'est le panorama de la menace, détecter les menaces, les risques qui pourraient se matérialiser et puis détecter en parallèle les relais sur lesquels la France et vos postes peuvent s'appuyer pour leur communication, parce que la communication, c'est bien sûr les réseaux sociaux, mais ça ne se limite pas aux réseaux sociaux. L'influence passe par tous les canaux : par nos canaux culturels, par nos canaux de communication et par nos canaux scientifiques parfois, et de réflexion. Premier élément structurant de notre posture nouvelle dans le champ des perceptions cette année.
Deuxième élément, je le disais là aussi ce matin, nous allons proposer une formation aux chefs de poste qui partent dans des pays où ils sont susceptibles d'être exposés à la guerre informationnelle et ses problématiques. C'est une première étape avant que cette formation se décline dans tous les étages de ce ministère qui, d'une manière ou d'une autre, vont être exposés à ces mêmes menaces.
Et puis, troisième élément structurant de notre action et de cette fonction qui est la nôtre, c'est le guichet unique qui sera mis à la disposition des chefs de poste et des agents, comme ceux que je citais tout à l'heure en Arménie, en Géorgie, au Sahel ou en Afrique de l'Ouest, qui ont été pris pour cible directement, pour qu'ils puissent être accompagnés, qu'ils puissent faire valoir leurs droits et que nous puissions mieux les protéger.
Tout cela, certains d'entre vous considèrent peut-être que nous y donnons trop d'importance. Je pense au contraire que c'est vraiment notre responsabilité de le faire parce que c'est la voix de la France qui est en jeu, ce sont nos intérêts qui sont en jeu et ce sont aussi les intérêts de notre ministère qui sont en jeu. Parce qu'il était essentiel que nous puissions réaffirmer, dans un moment où vous connaissez la mobilisation du Président de la République et du Premier ministre sur ces sujets, que le Quai d'Orsay est le chef de file dans la détection et la riposte contre ces attaques qui viennent de l'extérieur.
Et puis, sans prendre trop de temps, puisque nous avons de brillants intervenants qui vont me succéder sur la tribune, je veux aussi insister sur notre héritage, l'héritage de la présidence française de l'Union européenne, ses réglementations, et en particulier le règlement sur les services numériques dont nous avons obtenu l'adoption souveraine, démocratique, en 2022, et dont vous voyez bien à quel point nous allons devoir nous mobiliser dans toutes les capitales et à Bruxelles pour assurer la bonne exécution.
Vous m'avez entendu à de nombreuses reprises m'exprimer publiquement en disant que si la Commission européenne n'exerçait pas les prérogatives que nous lui avons confiées au travers de ce règlement, qu'elle devrait alors rendre aux États membres la capacité à le faire à sa place. La bonne nouvelle, c'est que la Commission a commencé à mettre en œuvre ce règlement en diligentant des enquêtes, en parvenant à les conclure et en prenant des sanctions. Mais vous voyez bien, là aussi, qu'une forme de timidité pourrait s'installer d'une Commission attentive à ne pas multiplier les sujets exigeants avec certains de nos partenaires. Nous pousserons à une exécution pleine et entière de ce règlement, qui est une condition de la protection de notre démocratie. Et je compte beaucoup sur vous, Ambassadrices et Ambassadeurs, qui, pour certains d'entre vous, avez joué un rôle si important pour les succès et les victoires de cette présidence française de l'Union européenne il y a quatre ans. Nous devons être au rendez-vous de la mise en œuvre de ces grands succès diplomatiques, et la mise en œuvre du règlement sur les services numériques sera un test pour la crédibilité de notre Union.
Par avance, je remercie les intervenants qui ont accepté de témoigner devant nous et je vous remercie pour les efforts que vous allez consentir cette année, pour que notre réseau, comme le Département, puisse se renforcer et faire face dans ce monde brutalisé, où notre responsabilité, c'est de défendre la France et les Français.
Merci à vous.