07/23/2026 | Press release | Distributed by Public on 07/23/2026 16:17
Le Secrétaire général, M. António Guterres, a exhorté, ce matin, devant le Conseil de sécurité, chaque État Membre à faire sa part dans le règlement pacifique des différends, en recourant aux mécanismes prévus par la Charte pour les temps de violence et de profondes divisions, ceux qui sont précisément les nôtres. « Les membres du Conseil doivent montrer l'exemple. » Ce débat public, l'un des temps forts de la présidence de la République démocratique du Congo (RDC), visait à assurer un suivi de la résolution 2788 (2025), adoptée il y a tout juste un an, et qui demande « instamment » aux États d'utiliser lesdits mécanismes.
« Ces mécanismes, énumérés à l'Article 33, constituent l'essence même de la diplomatie: la négociation, l'enquête, la médiation, la conciliation, l'arbitrage, le règlement judiciaire, les organismes ou accords régionaux et tout autre moyen pacifique », a déclaré le Secrétaire général à l'entame de son propos. Il a rappelé que ces outils n'ont pas été conçus pour les moments de consensus, mais lorsque les divisions deviennent trop profondes et que la violence « éclate ».
« En d'autres termes, ces instruments ont été conçus pour des périodes comme celle que nous traversons. » Il a déploré le mépris alarmant du droit international, l'impunité qui gagne du terrain et la situation plus en plus incontrôlable au Moyen-Orient, « au bord de l'impensable ». La résolution 2788 (2025) nous rappelle une vérité fondamentale, a martelé le Secrétaire général. « La diplomatie n'a peut-être pas permis de prévenir ces conflits, mais elle a toujours le pouvoir d'y mettre fin. »
Il a identifié plusieurs domaines pour renforcer ces mécanismes, en étoffant d'abord l'ensemble des services de bons offices et d'appui à la médiation qu'offre le Secrétariat de l'ONU. « Nous devons également tirer pleinement parti de notre réseau de bureaux régionaux et d'envoyés », a-t-il dit. Le Conseil ne doit pas en outre perdre de vue la responsabilité qui lui incombe d'agir rapidement et avec détermination, a poursuivi M. Guterres.
Le Secrétaire général a par ailleurs invité le Conseil à recourir plus régulièrement à l'établissement des faits, avant de souligner la nécessité d'une pleine participation des femmes à tous les niveaux de décision. Enfin, le Secrétaire général a rappelé qu'aucune initiative diplomatique n'est vaine: les membres de ce Conseil doivent faire preuve de l'esprit de compromis indispensable à la paix, maintenir ouverts les canaux du dialogue et ne ménager aucun effort pour parvenir au règlement pacifique des différends, a-t-il conclu.
Les délégations ont affiché leur même foi en la diplomatie que le Secrétaire général, à l'instar des États-Unis, qui ont fait part de leurs efforts de médiation à Gaza, au Soudan ou entre la RDC et le Rwanda, matérialisés par les récents Accords de Washington. Le Pakistan a également insisté sur son rôle constructif de médiation entre l'Iran et les États-Unis.
« Le protocole d'accord d'Islamabad a été une démonstration claire de ce qu'une diplomatie déterminée peut accomplir: des canaux ont été ouverts, les parties se sont réunies, des vies précieuses ont été sauvées et tous les efforts ont été réorientés vers le dialogue », s'est enorgueilli le représentant de ce pays. Quant à Bahreïn, il a remercié le Pakistan, le Qatar et d'autres États de la région qui œuvrent à la désescalade.
La diplomatie a porté ses fruits lors du différend Nigéria-Cameroun sur la presqu'île de Bakassi, a constaté le Libéria. Le Royaume-Uni s'est dit prêt à collaborer avec tous les États Membres pour faire respecter la Charte et œuvrer pour la paix, tandis que la Suisse, forte de sa tradition de bons offices et de médiation, s'est dite prête à encourager toutes les initiatives visant à prévenir les conflits de demain.
Les conflits actuels ont néanmoins affleuré dans les déclarations. Les États-Unis ont ainsi accusé l'Iran de violer le droit et assuré de leur détermination à garantir la liberté de navigation dans le détroit d'Ormouz. Bahreïn a dénoncé les récentes attaques de Téhéran contre les membres du Conseil de coopération du Golfe et la Jordanie.
Depuis la signature du mémorandum d'accord le 17 juin, la République islamique d'Iran a agi de bonne foi et fidèlement respecté ses engagements, a soutenu son représentant. « À l'inverse, les États-Unis ont systématiquement manqué à leurs obligations », poursuivant leurs attaques militaires quotidiennes, rétablissant un blocus et tentant d'établir un « régime maritime parallèle » dans le détroit d'Ormouz. Ces derniers jours, a poursuivi l'Iran, le Président des États-Unis a persisté « dans son mépris du droit international », en menaçant « à plusieurs reprises et ouvertement » de détruire des ponts et des centrales électriques. La normalisation de telles déclarations irresponsables et la poursuite de ces agissements ne feront qu'éroder la confiance dans les règlements négociés et réduiront la Charte des Nations Unies à un « simple bout de papier », avec de graves conséquences pour la paix et la sécurité régionales et internationales, a prévenu la délégation.
« Les efforts diplomatiques pour mettre fin à la guerre menée par la Russie en Ukraine n'ont pas échoué parce que la diplomatie était insuffisante, mais parce que la Russie a choisi la guerre plutôt que le dialogue », a, quant à elle, accusé l'Ukraine. « Le Pakistan devrait balayer devant sa porte avant d'accuser l'Inde », a rétorqué le délégué indien en accusant ce membre du Conseil, qui a mentionné le Jammu-et-Cachemire, d'avoir détourné le débat pour s'en prendre à son voisin.
Les délégations ont surtout formulé des propositions pour renforcer les mécanismes existants. « Il faut renforcer la mise en œuvre de nos décisions », a recommandé la Ministre congolaise des affaires étrangères, Mme Thérèse Kayikwamba Wagner. Chaque résolution importante devrait s'accompagner d'un suivi clair, de responsabilités identifiées, de rapports réguliers et d'une capacité réelle à répondre au non-respect des engagements, a-t-elle argué.
« Une résolution ne doit pas marquer la fin de l'engagement du Conseil, elle doit initier une mise en œuvre responsable menant au règlement du conflit », a abondé le Pakistan. Plusieurs délégations ont insisté sur l'importance des mécanismes judicaires, à l'instar du Danemark, qui a souligné le rôle essentiel de la Cour internationale de Justice (CIJ). « Nous encourageons tous les États Membres à accepter la juridiction obligatoire de la Cour et appelons au plein respect de ses décisions. »
La France a demandé que soient allouées aux efforts de règlement pacifique les ressources nécessaires, tant aux missions de médiation qu'aux instances juridictionnelles onusiennes, en premier lieu la CIJ. De son côté, la Fédération de Russie a célébré la décision récente du tribunal arbitral sur le droit de la mer en Crimée, qui a rejeté « à l'unanimité » les demandes de « Kiev ». Mais l'Ukraine reste un état côtier et Moscou a violé ses obligations au titre de la Convention sur le droit de la mer, a rétorqué l'Ukraine. Plusieurs pays ont plaidé pour des mécanismes de règlement inclusifs, à l'instar du Royaume-Uni qui a rappelé que les accords de paix ont 35% de chances supplémentaires de perdurer au moins 15 ans lorsque les femmes participent de manière significative à ces processus.
Des angles relativement inédits ont été retenus par certaines délégations. Le Libéria a ainsi appelé à institutionnaliser la gouvernance des ressources dans le cadre de la médiation de l'ONU. Parce que 40% des conflits intraétatiques des 60 dernières années sont liés aux ressources naturelles, la diplomatie préventive doit s'adapter, a préconisé ce pays.
La Somalie a, elle, invité le Conseil à « avoir le courage d'aborder directement la dimension coloniale », en s'attaquant aux griefs profonds et aux injustices structurelles qui alimentent ces crises en Afrique. Trop souvent, les réponses internationales reproduisent les erreurs du passé, a estimé ce pays, qui a demandé que les mécanismes de règlement pacifique soient mis en œuvre de manière impartiale et cohérente.
« Ils perdent leur crédibilité s'ils ne sont utilisés que lorsque cela est politiquement opportun. » L'une des causes des différends est l'application sélective des accords internationaux, a appuyé la Chine, en citant l'injustice historique qu'est la question palestinienne. Le principal obstacle à une prévention efficace des conflits n'est pas l'absence d'outils ou de mécanismes, mais le manque de volonté politique, a résumé l'Indonésie.
Plusieurs délégations ont souligné les attentes élevées placées dans le(a) prochain(e) Secrétaire général(e) dans ce domaine. « La volonté de s'engager de manière proactive dans la prévention des conflits constitue une qualité essentielle pour choisir le prochain Secrétaire général », a résumé le Danemark. La Lettonie a appelé de ses vœux un secrétaire général déterminé à défendre les principes fondamentaux et à les traduire en actes grâce à ses bons offices et à d'autres mécanismes.
La Lettonie a appelé à veiller à ce que le futur dirigeant de l'ONU jouisse de l'autorité et du mandat les plus solides possibles. Pour le Brésil, le Secrétaire général, « le plus grand diplomate du monde », peut jouer un rôle indispensable. L'autorité et l'impartialité attachées à sa fonction lui permettent de dialoguer directement avec les dirigeants, d'apaiser les tensions et de faciliter la conclusion d'accords. C'est notamment pour cette raison que la sélection du successeur de M. Guterres revêt une telle importance, a ajouté cette délégation. À cette aune, elle a estimé que l'Organisation doit être dirigée par une personne disposant de l'autorité, de l'expérience et de l'engagement nécessaires pour exercer efficacement ces bons offices et ce rôle de médiateur.