Ministry of Europe and Foreign Affairs of the French Republic

03/20/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/20/2026 10:25

Déclaration à la presse de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, à l’issue de son déplacement au Liban et en Israël (Tel Aviv, 20 mars 2026)

Mesdames et messieurs,

Alors que le Moyen-Orient est aux prises avec une conflagration d'une ampleur inédite, je me suis rendu hier et aujourd'hui au Liban puis en Israël. D'abord pour marquer la mobilisation de la France aux côtés des populations civiles, qui sont toujours les premières victimes de la guerre. En Israël, au Liban, en Iran et ailleurs, des femmes, des hommes, des familles vivent dans les abris, dans l'angoisse des bombardements et dans l'espoir d'un avenir meilleur, pour eux-mêmes et pour leurs enfants. Je suis venu aussi évoquer avec nos partenaires les voies d'une solution politique permettant d'apporter une réponse durable aux défis de sécurité collectifs qui ont suscité cette escalade sans précédent.

A Beyrouth, je me suis notamment entretenu avec le président Joseph AOUN, le premier ministre Nawaf SALAM, le président du parlement Nabih BERRI, et le patriarche maronite ; à Jérusalem, avec mon homologue, ministre des Affaires étrangères, Gideon SAAR.

J'ai, en premier lieu, évoqué avec eux la dramatique escalade au Liban, provoquée par la décision inadmissible et irresponsable du Hezbollah, que nous avons condamnée avec la plus grande fermeté, de se joindre aux agressions iraniennes contre Israël, faisant primer le soutien au régime de Téhéran sur la stabilité et la sécurité du Liban et entraînant ce pays dans une guerre dont ne voulaient ni ses autorités ni sa population.

Face à ces attaques, qui éprouvent durement la population civile israélienne, notamment au Nord du pays, contraintes de se réfugier plusieurs fois par jour dans des abris, Israël a évidemment le droit de se défendre. Les populations et les infrastructures civiles doivent évidemment être préservées de ces opérations, conformément au droit international humanitaire. Les autorités israéliennes m'ont assuré qu'elles mettaient tout en œuvre pour ce faire. Les conséquences humanitaires de ce conflit, qui a déjà fait près de mille morts et un million de déplacés, sont un point d'attention majeur pour la France. A Beyrouth, après avoir livré la semaine dernière 60 tonnes de fret humanitaire - médicaments, poste sanitaire mobile, tapis de sol, couvertures… -, j'ai annoncé le doublement de notre aide, avec une contribution s'élevant à 17 millions d'euros pour soutenir les efforts du Haut-Commissariat aux réfugiés, de la Croix-Rouge qui œuvrent sans relâche pour protéger les populations civiles et appuyer les hôpitaux, et les efforts d'ONG françaises et libanaises engagées dans l'appui aux déplacés. Je me suis rendu, avec l'Ordre de Malte, aux côtés de ces populations durement éprouvées, dans un abri au sein d'une école.

J'ai évoqué avec les autorités libanaises les décisions courageuses et inédites qu'elles ont prises, et que nous avons saluées, déclarant illégales les actions armées du Hezbollah, exigeant l'arrêt immédiat de ses opérations et la remise de ses armes, par tous moyens possibles.

Ces décisions doivent être pleinement mises en œuvre pour garantir la sécurité du Liban et la sécurité d'Israël. Il en va de la responsabilité des autorités libanaises. Conformément aux instructions du gouvernement, l'armée libanaise doit prendre toutes les mesures qui s'imposent pour mener à bien le plan de désarmement du Hezbollah approuvé par le conseil des ministres.

J'ai évoqué, avec les autorités libanaises comme avec les autorités israéliennes, les défis posés par cette guerre, et la nécessité d'y apporter une solution durable.

Une solution qui ne peut être exclusivement militaire. L'histoire libano-israélienne démontre avec constance que les opérations militaires, même quand elles paraissent tactiquement couronnées de succès, peinent à produire des bénéfices de sécurité de long terme quand elles ne s'inscrivent pas dans une stratégie politique et diplomatique. J'ai réitéré à cet égard à mes interlocuteurs israéliens nos réserves quant à la perspective d'une opération terrestre d'une ampleur et d'une durée significatives, aux conséquences humanitaires lourdes et aux effets stratégiques incertains.

Pour sortir de la guerre, il faudra tôt ou tard négocier un accord, comme nous l'avons fait, avec nos partenaires américains, pour mettre fin au précédent conflit entre Israël et le Hezbollah en novembre 2024. L'exécutif libanais a marqué son ouverture, inédite, à des discussions directes et au plus haut niveau avec Israël.

C'est une opportunité historique, que j'ai appelé mes interlocuteurs israéliens à saisir, de pouvoir enclencher des discussions en vue d'un règlement durable, qui doit marquer l'affermissement de la souveraineté libanaise et notamment du monopole des armes par l'Etat, qui doit seul protéger l'ensemble des communautés au Liban, y compris et notamment la communauté chiite, mais aussi la définition d'un nouveau cadre pour les relations libano-israéliennes, qui permette de mettre un terme à l'état de guerre entre les deux pays, de délimiter une fois pour toutes les frontières terrestres et de tracer un chemin vers la paix et la sécurité partagées pour les deux pays.

J'ai rappelé à tous mes interlocuteurs, israéliens comme libanais, la disponibilité de la France à faciliter, en lien étroit avec nos partenaires américains, de telles discussions.

Le conflit entre Israël et le Hezbollah ne peut évidemment pas être dissocié de la confrontation plus large autour de l'Iran.

L'escalade en cours est porteuse de risques majeurs pour la sécurité de nos compatriotes, de nos emprises et de nos partenaires, pour l'économie mondiale et pour la stabilité régionale et internationale.

S'agissant de nos compatriotes, j'ai pu féliciter, au Liban comme en Israël, nos agents et leur engagement exemplaire, dans un contexte difficile, au service de la protection de nos communautés : 200 000 Français en Israël, 25 000 au Liban. Nous nous efforçons jour et nuit d'apporter des réponses à leurs difficultés et de faciliter le retour en France de ceux qui le souhaitent. Je veux aussi saluer le travail du contingent français de la FINUL au service de la stabilité.

S'agissant des menaces qui pèsent sur l'économie mondiale, j'ai exposé les efforts dont la France a pris l'initiative de travailler à une mission internationale défensive concourant à rétablir la liberté de circulation maritime dans le détroit d'Ormuz. Des dirigeants européens et asiatiques ont marqué hier une intention similaire. Le Président de la République a également proposé hier un moratoire contre les frappes ciblant les infrastructures civiles, qu'elles soient liées à l'eau ou à l'énergie, qui a suscité l'approbation du président américain et des dirigeants européens.

S'agissant de la stabilité régionale et internationale, pour laquelle le programme nucléaire du régime iranien, son programme balistique et son soutien à des groupes terroristes armés dans toute la région constituent de longue date un ensemble de défis et de menaces. J'ai redit à mes interlocuteurs israéliens notre conviction que quel que soit le résultat des opérations militaires en cours, il devra être complété par une solution politique produisant des effets durables. A cet égard, le régime iranien doit se résoudre à des concessions majeures et à un changement radical de posture permettant qu'émerge une telle solution, permettant la coexistence pacifique de l'Iran avec son environnement régional et permettant au peuple iranien de construire librement son avenir.

La stabilité de la région passe aussi par la mise en œuvre du plan de paix présenté par les Etats-Unis d'Amérique à l'automne dernier pour Gaza : accès humanitaire sans entrave, désarmement du Hamas, restauration d'un horizon politique fondé sur la solution à deux Etats.

Je ne suis pas venu promettre une fin immédiate des hostilités, qui n'est pas dans les mains de la France, pays qui n'est pas partie à ses conflits. Il n'y a pas de sortie de crise de court terme évidente à la conflagration régionale en cours, qui dure d'une certaine manière depuis le 7 octobre 2023. Mais cela ne doit en aucun cas être un prétexte à l'inaction. La France ne pratique pas une diplomatie de l'attentisme et de la résignation. Au contraire, c'est notre responsabilité de travailler dès aujourd'hui à poser les jalons d'une solution politique durable, qui mette fin aux guerres dans lesquelles le Liban et Israël sont depuis trop longtemps plongés. C'est ce à quoi je suis venu travailler aujourd'hui. Je vous remercie pour votre attention.

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