RSF - Reporters sans frontières

10/13/2026 | Press release | Distributed by Public on 10/13/2026 11:53

Trois ans après le meurtre d'Issam Abdallah par les forces israéliennes, les zones occupées du Sud-Liban de plus en plus inaccessibles à la presse

Trois ans après le meurtre du photojournaliste de l'agence de presse britannique Reuters Issam Abdallah au sud-Liban par une frappe de l'armée israélienne, qui avait également blessé six de ses confrères, le gouvernement de Benyamin Netanyahou entrave toujours plus l'accés des professionnels de l'information dans les zones qu'elle occupe désormais. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une entrave au droit d'informer et appelle à une clarification des mécanismes destinés à permettre l'accès des journalistes à ces zones.

Le 13 octobre marque les trois ans de la mort du photojournaliste de Reuters Issam Abdallah. Il a été ciblé et tué au sud du Liban, en 2023, par les forces israéliennes alors qu'il était en reportage, selon une enquête de RSF. Trois ans plus tard, l'armée israélienne continue de restreindre l'accès des journalistes au sud du pays, en particulier aux villages qu'elle occupe désormais. Les journalistes qui souhaitent s'y rendre doivent obtenir des autorisations difficiles d'accès, via des mécanismes complexes et flous posés par les différents accords de cessez-le-feu négociés entre le Liban et Israël depuis 2024.

En septembre, par exemple, deux journalistes d'un site d'information anglophone régional - qui ont requis l'anonymat pour des raisons de sécurité - ont voulu se rendre à Debl, l'un des trois villages occupés par l'armée israélienne. Elles pensaient avoir respecté toutes les consignes. Les journalistes avaient transmis à l'armée libanaise une lettre officielle signée par le ministère de l'Information, précisant le motif journalistique de leur mission, ainsi que leurs identifications. Ayant reçu une autorisation, les journalistes pensaient que ces informations seraient transmises aux autorités israéliennes, conformément au mécanisme de coordination entre les armées libanaise et israélienne, la Force intérimaire des nations unis au Liban (FINUL), la France et les États-Unis. Elles croyaient également que l'autorisation de rejoindre un convoi civil le 25 septembre - transmise par l'armée libanaise sans précision d'autres démarches à effectuer, selon elles - avait été validée également par l'armée israélienne via ce processus de coordination. Ce n'était pas le cas.

Bien que leurs noms figuraient sur une liste au poste de contrôle libanais et qu'elles aient pu rejoindre un convoi civil pour se rendre au village pendant quelques heures, deux jours après leur mission, une décision tombe : interdiction de tous les convois civils vers et depuis le village et deux autres villages voisins, pendant trois jours, en raison de leur visite. Un responsable du village confirme cette "sanction". Les soldats israéliens auraient reproché aux résidents d'avoir "infiltré" des journalistes sans autorisation. L'armée israélienne, contactée par RSF, insiste effectivement sur le fait que "les journalistes sont arrivées sans [...] disposer des autorisations requises". L'armée dit examiner les "allégations" sur "les circonstances de la restriction de déplacement et son lien avec la présence des journalistes", mais nie "une politique visant à punir [...] la population civile ou aux villages".

"Trois ans après l'assassinat d'Issam Abdallah au sud du Liban la région est de plus en plus inaccessible à la presse. Censés protéger l'accès des journalistes, entre autres, les mécanismes de coordination mis en place entre l'armée israélienne, la FINUL et les autorités libanaises, sont devenus des outils de censure, instrumentalisés par l'armée israélienne pour réduire davantage l'accès de la presse. Il est inadmissible que des journalistes du Liban soient interdits d'accès ou entravés pour se rendre dans des territoires libanais. Il est inadmissible qu'une zone civile soit isolée pendant trois jours, simplement pour avoir accueilli des journalistes. Les accords de cessez-le-feu et les considérations militaires ne doivent plus servir de prétexte pour entraver le droit à l'information et menacer la sécurité des journalistes. RSF réclame justice pour Issam Abdallah et ses confrères ciblés et tués par l'armée israélienne dans le sud du Liban, depuis 2023."

Jonathan Dagher
Responsable du bureau Moyen-Orient de RSF

"Le mécanisme" : une entrave de plus au journalisme

Selon les accord de cessez-le-feu établi avec Israël en novembre 2024 et en juin 2026, un processus, dénommé "le mécanisme", a été mis en place pour organiser la coordination entre les autorités libanaises, la FINUL, l'armée israélienne, la France et les États Unis, notamment sur l'accès des civils, dont les journalistes, dans le sud du Liban. Cette mesure est temporaire, dans l'attente d'un désarmement complet du Hezbollah dans le Sud et le retrait des forces israéliennes, selon les accords. Mais alors que les progrès politiques et militaires restent au point mort, les journalistes sur le terrain sont perdus face aux procédures floues de ce cadre de coordination et les acteurs concernés ont du mal eux-mêmes à fournir des réponses claires. Selon les informations de RSF, il est peu probable que la nature journalistique du déplacement des deux reporters ait été signalée aux forces armées israéliennes. "La procédure est très complexe, avec différents interlocuteurs, différentes hiérarchies, et c'est globalement chaotique", confirme une source à RSF.

En avril 2026, le mécanisme n'a pas non plus empêché un crime de guerre : lorsque la journaliste d'al-Akhbar Amal Khalil a été blessée par des frappes israéliennes et coincée sous les décombres, les autorités libanaises ont demandé un couloir d'évacuation via ce processus, mais en vain. Les forces israéliennes ont entravé à plusieurs reprises les opérations de sauvetage, et la journaliste est décédée.

La répression comme "norme"

Mais que le mécanisme fonctionne ou non, le droit international garantit clairement la liberté d'accès des citoyens libanais au territoire libanais, y compris celle des journalistes. Pourtant, depuis 2023, au moins huit journalistes ont été tués dans l'exercice de leur fonction au sud du Liban par l'armée israélienne. En juin 2026, les autorités israéliennes ont reconnu pour la première fois avoir tué Issam Abdallah : "une erreur", selon l'ambassadeur israélien en France, malgré cinq enquêtes indépendantes qui démontrent qu'il s'agit vraisemblablement d'un crime de guerre. "Le message qu'ils ont envoyé en tuant Issam est désormais devenu la norme dans tout le Sud occupé", explique, à RSF, Carmen Joukhaddar, correspondante d'Al Jazeera qui a survécu à l'attaque. "Ce n'est pas pareil de parler aux gens par téléphone, ils ont peur de s'exprimer librement, insiste la journaliste qui s'est rendue sur place le 25 septembre. Il est important que les journalistes soient sur le terrain et établissent un climat de confiance." Depuis, aucun autre reporter n'a pu accéder aux villages occupés, selon les informations de RSF.

Image
115/ 180
Score : 46,49
Image
116/ 180
Score : 46,46
Publié le 13.10.2026
RSF - Reporters sans frontières published this content on October 13, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on October 13, 2026 at 17:53 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]