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08/31/2026 | Press release | Distributed by Public on 08/31/2026 15:23

Journées internationales: l’Assemblée générale célèbre celle contre les essais nucléaires et en proclame trois nouvelles

« Les survivants ne peuvent pas être tenus responsables des fautes du passé », mais « nous devrions être tenus responsables si nous les répétions », a averti aujourd'hui Mme Tina Cordova, Cofondatrice du Tularosa Basin Downwinders Consortium, devant l'Assemblée générale réunie à l'occasion de la Journée internationale contre les essais nucléaires, célébrée le 29 août. Son témoignage, comme celui de M. Karipbek Kuyukov, artiste, acteur humanitaire et ambassadeur de bonne volonté du Kazakhstan, a donné une dimension humaine aux appels lancés pour que les conséquences des quelque 2 000 essais nucléaires réalisés avant 1996 ne se reproduisent jamais.

En deuxième partie de journée, l'Assemblée a pris plusieurs décisions, dont la proclamation de trois nouvelles journées internationales pour sensibiliser à « une planète plus verte », à « l'intelligence artificielle sûre » et aux « femmes engagées dans la recherche de personnes disparues ».

Un lourd héritage

« Le monde ne doit jamais connaître une autre explosion nucléaire, quel que soit l'objectif recherché », a d'emblée averti Mme Izumi Nakamitsu, Haute-Représentante pour les affaires de désarmement.

Les retombées radioactives de l'essai Trinity de 1945 au Nouveau-Mexique ont exposé des populations entières qui n'avaient reçu aucun avertissement, a raconté Mme Cordova. Cinq générations de sa propre famille ont été touchées par différents cancers. Ses deux grands-pères sont morts d'un cancer de l'estomac en 1955, son père a souffert d'un cancer de la langue puis d'un cancer de la prostate, tandis qu'elle-même a reçu un diagnostic de cancer de la thyroïde à l'âge de 39 ans.

À des milliers de kilomètres de là, les populations du Kazakhstan ont subi pendant près de 40 ans les conséquences des essais nucléaires menés à Semeï (alors appelé Semipalatinsk). M. Kuyukov a raconté comment son peuple s'était mobilisé pour y mettre fin en 1991, « pour défendre sa vie ». Il a évoqué les pertes subies par sa propre famille, sa mère ayant perdu deux enfants avant sa naissance et lui-même étant né sans bras. Plutôt que de souffrir en silence, il a choisi de mener « une bataille contre les essais nucléaires, au nom des victimes ».

Ces récits illustrent des conséquences qui peuvent durer des décennies et se transmettre de génération en génération, a insisté Mme Cordova, rappelant que des préjudices similaires ont été subis ailleurs dans le monde par des millions de personnes vivant à proximité de sites d'essais ou d'extraction d'uranium.

Mme Annalena Baerbock, Présidente de l'Assemblée générale, a rappelé l'ampleur de cet héritage, notamment à Semeï, où des centaines de milliers de personnes ont été exposées à des niveaux élevés de radiation entre 1949 et 1962. Le premier essai nucléaire, effectué le 16 juillet 1945 au Nouveau-Mexique, avait inauguré, selon elle, une nouvelle ère dans laquelle la guerre portait désormais la possibilité d'une destruction à une échelle existentielle.

C'est précisément pour empêcher la répétition de cette histoire que la communauté internationale doit préserver les progrès accomplis depuis, ont insisté plusieurs délégations. Le Viet Nam a appelé à redoubler d'efforts pour atténuer les conséquences environnementales et humanitaires des essais. « Veillons à ce que les progrès de ces dernières décennies ne soient pas balayés », a exhorté la délégation. Au nom du groupe des amis du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE), l'Australie a rappelé les dégâts environnementaux et humanitaires provoqués par les essais dans le Pacifique.

Un Traité qui « fonctionne comme prévu », mais qui attend toujours son entrée en vigueur

Alors que le TICE a profondément modifié les pratiques internationales, il n'est toujours pas entré en vigueur 30 ans après son ouverture à la signature, ont souligné en chœur les délégations. Avant 1996, plus de 2 000 essais nucléaires avaient été réalisés dans le monde, a rappelé Mme Baerbock. Depuis lors, leur nombre a chuté de manière spectaculaire, ce qui constitue à ses yeux une réalisation remarquable du multilatéralisme.

Le TICE « fonctionne comme prévu », a confirmé M. Robert Floyd, Secrétaire exécutif de l'Organisation du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (OTICE), qui a parlé d'un quasi-arrêt des essais depuis 1996. Le Traité est aujourd'hui proche de l'universalité, avec 188 États signataires et 179 ratifications.

Pour l'Australie, la plus grande réalisation du Traité est d'avoir établi une norme internationale proscrivant les essais nucléaires. La signature et la ratification récentes du TICE par les Tonga constituent à cet égard « un jalon » dans une région particulièrement marquée par les essais.

Mais une norme ne saurait être tenue pour acquise tant que le Traité n'est pas juridiquement contraignant, a prévenu l'Australie. Même constat pour Mme Nakamitsu: près de trois décennies après l'ouverture du TICE à la signature, la volonté politique nécessaire à son entrée en vigueur doit encore être mobilisée.

Le Groupe des États d'Afrique, représenté par le Burundi, a renouvelé son appel à une entrée en vigueur rapide du Traité, qu'il considère comme un élément central de l'architecture internationale du désarmement et de la non-prolifération. Un appel lancé également par la Communauté des États d'Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), représentée par l'Uruguay, et l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), par la voix des Philippines.

« Nous exhortons les États restants de l'Annexe II à signer et ratifier le TICE dès que possible », a prié l'ASEAN dont tous les membres ont ratifié le Traité. Ces pays doivent franchir cette étape, a insisté Mme Nakamitsu.

Des marques de fragilité de l'édifice

Les progrès réalisés ne doivent toutefois pas masquer la fragilité de l'édifice, ont averti plusieurs intervenants, sur fond de tensions internationales et d'affaiblissement de la confiance. « Imaginez notre monde si le TICE échouait et si la norme interdisant les essais nucléaires s'effondrait », a lancé M. Floyd. Un monde où les essais reprendraient sans contraintes, avec les technologies disponibles aujourd'hui, pourrait connaître une prolifération nucléaire « endémique » et des risques croissants d'erreurs de calcul nucléaires. « Veillons à ce que ce ne soit pas le monde que nous laissons derrière nous. »

Une reprise des essais ne ferait qu'accroître la méfiance et provoquer une nouvelle course aux armements, a abondé Mme Nakamitsu. Le Viet Nam a, lui aussi, constaté une érosion de la confiance, tandis que la Chine s'est inquiétée de l'apparition de « nouveaux points chauds » et des obstacles auxquels se heurte actuellement le processus de désarmement.

Face à ces risques, plusieurs délégations, comme la Chine ou le Qatar, au nom du Groupe des États arabes, ont insisté sur le maintien des moratoires. Les États d'Asie centrale, représentés par le Kazakhstan, ont demandé à tous les pays de préserver leurs moratoires sur les essais nucléaires, de même que l'ASEAN a appelé les États dotés d'armes nucléaires à maintenir, au minimum, un moratoire sur les explosions expérimentales.

Alors que le TICE représente, dans le contexte international actuel, « une mesure de confiance et de sécurité », l'Union européenne (UE) a condamné la décision de la Fédération de Russie de révoquer sa ratification, la qualifiant de « grave recul ». À la République populaire démocratique de Corée (RPDC), elle a demandé de s'abstenir de tout nouvel essai et de signer et ratifier le TICE. Les activités de missiles balistiques de la RPDC ont d'ailleurs préoccupé l'ASEAN, qui a appelé ce pays à respecter les résolutions du Conseil de sécurité et à privilégier le dialogue pacifique.

La vérification, autre acquis majeur du TICE

Si la norme politique contre les essais constitue l'un des principaux acquis du TICE, son régime de vérification en représente un autre, ont fait valoir plusieurs intervenants. Le Système de surveillance international est aujourd'hui achevé à plus de 90% et compte 308 installations certifiées en réseau, a expliqué M. Floyd. Chaque jour, quelque 36 gigaoctets de données sont recueillis et rendus accessibles en toute transparence aux États signataires. Ce dispositif permet désormais de détecter des essais d'un rendement d'environ 500 tonnes d'équivalent TNT, soit un peu plus de 3% de la puissance de la bombe qui a dévasté Hiroshima.

« Nous devons être lucides sur la nécessité d'instaurer la confiance », notamment concernant les essais d'un rendement inférieur à ce seuil, a cependant prévenu le Secrétaire exécutif.

La CELAC a insisté sur l'importance du régime de vérification et du renforcement des capacités techniques des États, l'Uruguay mettant en avant les activités internationales de formation et de coopération technique qu'il accueille. L'UE a réaffirmé sa pleine confiance dans ce régime et plaidé pour un financement adéquat du Système de surveillance international.

La science est ainsi devenue une composante essentielle de la lutte contre les essais nucléaires, a souligné Mme Magdalena Wangui Wanyaga, experte scientifique du Kenya. « La science n'est pas distincte de la paix », a-t-elle déclaré, en mettant particulièrement l'accent sur le rôle des jeunes dans l'avenir du TICE. Pour elle, la communauté scientifique dispose des moyens de contribuer concrètement à un monde sans essais nucléaires. « C'est possible. »

Des essais nucléaires au désarmement

Plusieurs délégations ont replacé l'interdiction des essais dans l'objectif plus large de l'élimination des armes nucléaires. Le Groupe des États d'Afrique a appelé les pays dotés de ces armes à prendre des mesures concrètes pour démanteler et abandonner leurs arsenaux.

Pour la Chine, l'interdiction complète des essais, l'élimination de la menace d'une guerre nucléaire et la création d'un monde sans armes nucléaires sont « dans l'intérêt commun de l'humanité ». Elle a assuré maintenir son arsenal au niveau requis pour sa sécurité et non dans le but de participer à une course aux armements.

Les dimensions régionales de la non-prolifération ont également occupé une place importante. Le Kazakhstan a rappelé l'importance du Traité portant création d'une zone exempte d'armes nucléaires en Asie centrale (Traité de Semipalatinsk). Le Viet Nam a demandé aux États dotés d'armes nucléaires de signer et ratifier le protocole au Traité sur la zone exempte d'armes nucléaires de l'Asie du Sud-Est.

Le Groupe des États arabes a, de son côté, appelé à remédier aux déséquilibres stratégiques au Moyen-Orient, plaidant pour une zone exempte d'armes nucléaires dans cette région et demandant à Israël d'adhérer au TICE et de placer ses installations sous le régime de vérification. « Le monde ne doit jamais connaître une autre explosion nucléaire », a résumé Mme Nakamitsu, tandis que M. Floyd a prié de faire entrer le TICE en vigueur « maintenant ».

Journée internationale pour une planète plus verte

Dans l'après-midi, l'Assemblée générale a décidé de proclamer trois nouvelles journées internationales. Ainsi, le 22 avril sera désormais la « Journée internationale pour une planète plus verte », selon la résolution A/80/L.105 adoptée par 140 voix pour, trois abstentions (Canada, Honduras, Samoa) et une opposition, celle des États-Unis.

« Remplir le programme de journées symboliques détourne l'attention de l'action essentielle des Nations Unies et ne fait aucunement avancer les travaux de l'Assemblée générale », a fait valoir la délégation américaine en dénonçant une « décision infantile ». Elle a constaté que le calendrier regorge déjà de journées internationales pour l'environnement, notamment la Journée internationale de la Terre nourricière, célébrée, elle aussi, le 22 avril.

« Avons-nous besoin d'une nouvelle journée appelant à planter des arbres? » La délégation a rappelé que, selon le Président Trump, les Nations Unies ont « exagéré » les changements climatiques, tandis que le Programme 2030 et ses objectifs de développement durable (ODD) empiètent sur la souveraineté des États. Le Programme 2030 a d'ailleurs un caractère volontaire et non contraignant, a rappelé le Paraguay.

L'argument de la prolifération des journées internationales a été soutenu également par la Nouvelle-Zélande, au nom d'un groupe de pays inquiet des pressions financières induites par ces journées sur les ressources des États Membres et de l'ONU, alors que l'Organisation traverse une crise financière. Cette résolution est, à son avis, contradictoire avec l'Initiative ONU80. Les objectifs de la résolution peuvent être promus par les mécanismes existants sans qu'il soit nécessaire de proclamer une nouvelle journée internationale, a renchéri le Mexique, préoccupé, lui aussi, par ce fardeau financier supplémentaire.

Le Pérou a, pour sa part, fait remarquer que l'expression « une planète plus verte » ne relève pas d'un libellé convenu. Il a également souhaité que les mesures concernant le boisement, le reboisement et la conservation prennent en compte l'introduction d'espèces invasives. Il a enfin craint une dispersion des efforts vu que le 22 avril est déjà la Journée internationale de la Terre nourricière.

Journée internationale de l'intelligence artificielle sûre, sécurisée et digne de confiance

À partir de l'année prochaine, le 31 août sera la Journée internationale de l'intelligence artificielle sûre, sécurisée et digne de confiance, a décidé l'Assemblée par sa résolution A/80/L.106. Ce texte, présenté par le Tadjikistan, a été adopté, tel qu'oralement amendé, par 144 voix pour, deux contre (États-Unis et Israël) et trois abstentions (Argentine, Canada et Samoa).

Avant le vote, la République islamique d'Iran a voulu éclaircir les raisons d'une modification de l'alinéa 1, prévenant qu'une modification après la phase d'approbation tacite nuit à l'intégrité du travail. Le Secrétariat a parlé d'erreur technique et assuré que le document était identique au texte négocié.

Comme pour la résolution précédente, le problème de la prolifération des journées internationales à l'échelle du système des Nations Unies et du fardeau financier qui en résulte pour l'ONU a été soulevé par l'Australie, au nom des délégations du Canada, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande (CANZ), ainsi que par les États-Unis, se plaignant que ce remplissage du calendrier avec des « journées symboliques » détourne l'attention et ne fait rien pour la croissance économique. Le Paraguay et le Mexique ont réitéré leurs remarques précédentes, tandis que l'Argentine a rappelé qu'elle se dissocie du Pacte pour l'avenir et du Pacte numérique mondial.

Journée internationale d'hommage aux femmes engagées dans la recherche de personnes disparues

Face à l'augmentation spectaculaire du nombre de personnes portées disparues, l'Assemblée a adopté sans vote la résolution A/80/L.108, présentée par la République arabe syrienne, proclamant le 19 décembre « Journée internationale d'hommage aux femmes engagées dans la recherche de personnes disparues ». Là aussi, la « prolifération » des journées internationales a été soulevée, par les CANZ et les États-Unis.

Ces derniers ont souligné qu'il s'agit de la première résolution parrainée par la « nouvelle Syrie ». De son côté, avant de se joindre au consensus, la République islamique d'Iran a rappelé que des écolières ont été tuées par une frappe des États-Unis en Iran.

Autres programmations et évènements

L'Assemblée générale a en outre décidé de prolonger jusqu'au 31 décembre 2026 l'examen des modalités de la Conférence des Nations Unies sur l'océan de 2028 (A/80/L.109).

Elle a adopté un autre texte visant à renforcer la participation des représentants et des institutions représentatives des peuples autochtones aux réunions des organes compétents de l'ONU portant sur des questions qui les concernent (A/80/L.107) par 138 voix pour, 3 contre (Argentine, États-Unis et Israël) et 6 abstentions (Éthiopie, Nouvelle-Zélande, Ouganda, République islamique d'Iran, République-Unie de Tanzanie et Türkiye). Le Canada a fait valoir que « la participation des peuples autochtones améliore la prise de décisions ».

Une protestation est venue des États-Unis pour qui « cette résolution vise à donner un statut quasi étatique à des organisations et multiplie les processus malgré les contraintes budgétaires ». « L'ONU doit faire montre de discipline budgétaire. »

Peu convaincue également, la Fédération de Russie a appelé à éviter de créer des « structures politisées s'immisçant dans les affaires intérieures des États » sous couvert de défense des peuples autochtones. L'Inde a, pour sa part, reproché le manque de clarté s'agissant de la participation des peuples autochtone, un « concept » qui ne s'applique pas à ce pays. Mais pour l'Indonésie, rien dans cette résolution ne remet en cause la souveraineté des pays.

Enfin, l'Assemblée a pris note de la décision du Gouvernement du Chili de se retirer du Comité pour l'exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, tout en demandant l'octroi du statut d'observateur auprès de ce Comité.

En début de journée, l'Assemblée générale a observé en début de séance « une minute de silence » en l'honneur du Roi de Norvège, Harald V, décédé vendredi 28 août, et des victimes des graves inondations survenues au Népal et en Chine, le 26 août.

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