02/04/2026 | Press release | Distributed by Public on 02/04/2026 13:38
Attentats en Afghanistan et au Pakistan, expansion au Sahel et en Afrique de l'Ouest, exploitation du vide sécuritaire en Syrie… La menace posée par Daech, multipolaire et de plus en plus complexe, s'est accrue, a averti, ce matin devant le Conseil de sécurité, M. Alexandre Zouev, du Bureau des Nations Unies de lutte contre le terrorisme. Les intervenants ont réfléchi aux moyens de la contrecarrer, y compris dans le domaine des nouvelles technologies de plus en plus exploitées par Daech.
Premier orateur à s'exprimer, M. Zouev, Secrétaire général adjoint par intérim du Bureau, a déclaré que Daech et ses affiliés continuent de faire montre de résilience malgré des efforts antiterroristes soutenus. Ils continuent d'étendre leur présence, notamment en Afrique de l'Ouest et au Sahel, où la situation est « urgente ». Dans le bassin du lac Tchad, « Province d'Afrique de l'Ouest de l'État islamique » (ISWAP) conforte sa domination. L'État islamique d'Iraq et du Levant-Khorassan (EIIL-K) continue de poser une grave menace en Afghanistan, comme en témoigne l'attaque terroriste meurtrière ayant frappé un restaurant de Kaboul le 19 janvier dernier. Et au Moyen-Orient, Daech reste actif en Iraq, ainsi qu'en Syrie où il exploite les vides de gouvernance et attise les tensions communautaires, a-t-il précisé.
Le haut responsable a également indiqué que le retrait des Forces démocratiques syriennes (FDS) du camp de Hol le 21 janvier a créé de nouveaux défis, opérationnels et humanitaires.
La Directrice exécutive du Comité contre le terrorisme (DECT), a fait le même constat, en rappelant que plus de 26 000 personnes sont détenues dans des camps ou centres de détention du nord-est syrien du fait de leurs liens avec des combattants de Daech. La situation dans ces camps, notamment à Hol, exige un engagement international au long cours et une surveillance de chaque instant, a souligné Mme Natalia Gherman.
L'Envoyée spéciale pour la lutte contre le terrorisme du Service européen pour l'action extérieure s'est elle aussi inquiétée de la situation dans le nord-est de la Syrie, appelant à stabiliser la situation dans les camps et centres de détention où sont détenus des membres de familles, des sympathisants et des combattants de Daech afin de prévenir la résurgence du groupe.
Les États-Unis, qui ont concédé qu'en matière de lutte contre le terrorisme l'ONU a su faire ses preuves, n'ont pas dit autre chose, en invitant les États européens à suivre « l'exemple de l'Iraq » en rapatriant leurs combattants étrangers se trouvant toujours en Syrie et à réduire ainsi les risques d'instabilité. « La sécurité des camps et prisons au nord-est syrien doit être préservée », a, son côté, réagi la France. Elle a souhaité que l'accord du 29 janvier 2026 entre les autorités de transition et les Forces démocratiques syriennes permette de préserver les intérêts de sécurité communs.
Le Pakistan a, lui, condamné l'attaque revendiquée par l'Armée de libération du Baloutchistan qui a tué de nombreux civils, en fin de semaine dernière, dans la province du Baloutchistan. « Il faut s'attaquer à la menace émanant de l'Afghanistan où les autorités de facto offrent un environnement propice aux groupes terroristes. »
Au-delà du Moyen-Orient, les activités terroristes sur le continent africain ont été la source de nombreuses inquiétudes pour les délégations.
S'agissant plus particulièrement de l'Afrique de l'Ouest et du Sahel, M. Zouev a exhorté les États de la région à élaborer des réponses « communes, unifiées et cohérentes ». Même son de cloche du côté des A3 (Libéria, République démocratique du Congo et Somalie) qui, par la voix du représentant congolais a estimé qu'une lutte antiterroriste efficace requiert à la fois une coopération internationale étroite et une véritable appropriation nationale.
L'expérience de la Somalie, où la menace que représente Daech dans ce pays a été considérablement réduite, démontre la pertinence de cette approche. Et ce succès souligne l'importance cruciale de l'assistance technique, de l'échange de renseignements et de partenariats internationaux durables, ont souligné les A3 selon qui l'Union africaine doit demeurer un acteur central.
Même son de cloche du côté de la Chine qui a appelé l'ONU à coopérer davantage avec l'UA pour renforcer les capacités des pays d'Afrique en matière de lutte contre le terrorisme. La communauté internationale doit fournir aux pays africains un appui en matière de financement, de technologie, de matériel et de renseignements, a-t-elle détaillé.
De son côté, la Fédération de Russie a accusé certains acteurs extérieurs de manipuler des groupes terroristes pour servir leurs intérêts géopolitiques.
Le délégué russe a notamment dénoncé des tentatives d'ingérence, y compris des projets visant à éliminer des dirigeants africains comme l'attaque déjouée qui a visé en janvier le Président Traore au Burkina Faso. Il a aussi évoqué l'attaque menée par Daech fin janvier contre l'aéroport de Niamey, au Niger, laquelle n'était « pas sans trace occidentale ». Le régime de Kiev est activement impliqué, a-t-il accusé.
Au cours de cette réunion, les intervenants ont également souligné la nécessité d'empêcher Daech de tirer profit des nouvelles technologies, notant que le groupe recourt de plus en plus aux actifs virtuels, y compris aux crypto-monnaies, ainsi qu'à des outils cybernétiques, à des systèmes de drones aériens, et à des applications avancées de l'intelligence artificielle, comme l'a expliqué M. Zouev.
Sur le continent africain, a abondé Mme Gherman, les combattants terroristes étrangers emploient des technologies sophistiquées et recourent à des voies informelles pour déplacer des fonds avec une efficacité alarmante.
La Russie a appelé à renforcer la coopération internationale dans le domaine de la cybersécurité, via un protocole additionnel à la Convention de l'ONU contre la cybercriminalité. De même, il est important d'empêcher l'EIIL et ses affiliés d'obtenir et d'utiliser des terminaux satellites commerciaux, y compris Starlink, a estimé le représentant qui a espéré que les États sous la juridiction desquels les entreprises technologiques concernées opèrent prendront des mesures efficaces pour empêcher que de telles technologies ne tombent entre les mains de terroristes. Sur ce point, les États-Unis ont plaidé pour une vigilance accrue « notamment par le biais d'une coopération avec le secteur privé ».
Enfin, M. Zouev a espéré que les membres profiteront, cette année, du neuvième examen de la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies par l'Assemblée générale pour réaffirmer leurs engagements en faveur de la lutte antiterroriste. « Cette stratégie doit continuer d'être le cadre le plus efficace pour nos efforts », a déclaré le Sous-Secrétaire d'État du Royaume-Uni. Ce dernier a dénoncé l'odieuse attaque terroriste perpétrée sur la plage de Bondi en Australie en décembre dernier, attaque qui a « choqué le monde. »
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