RSF - Reporters sans frontières

06/01/2026 | Press release | Distributed by Public on 06/02/2026 12:01

Lituanie : malgré des progrès sur les réformes, une faille persistante pourrait menacer l'indépendance du diffuseur public

À la suite de fortes critiques internationales, notamment de la part de Reporters sans frontières (RSF), les législateurs lituaniens ont abandonné les amendements les plus problématiques de la loi sur la Radio et Télévision lituanienne (LRT). Tout en saluant cette avancée majeure, l'organisation appelle le Parlement à supprimer une faille restante qui pourrait être instrumentalisée pour limoger l'actuelle directrice du diffuseur public.

"Nous saluons le fait que les législateurs lituaniens aient entendu une partie de nos inquiétudes et réduit le risque que le projet de loi sur la LRT n'entre en contradiction avec les engagements internationaux de la Lituanie au sein de l'Union européenne et du Conseil de l'Europe. Mais un danger subsiste : cette loi pourrait encore être utilisée pour évincer l'actuelle directrice du diffuseur public. RSF exhorte le Parlement lituanien à aller jusqu'au bout et à aligner la législation sur les normes internationales avant le vote final.

Pavol Szalai
Directeur du bureau de RSF à Prague

Le 2 juin, le Parlement lituanien, le Seimas, procédera au vote final sur les amendements à la loi régissant le radiodiffuseur public LRT. Bien que la plupart des amendements problématiques ont été retirés, la majorité au pouvoir refuse toujours d'accepter une recommandation essentielle de la Commission de Venise - un organe consultatif du Conseil de l'Europe - visant à ce que le projet de loi entre en vigueur immédiatement après sa promulgation.

La Commission stipule que les nouvelles règles restreignant les motifs de licenciement du directeur général de la LRT aux seuls manquements graves aux obligations professionnelles, ou à des comportements portant atteinte à la réputation de la fonction, ne devraient s'appliquer qu'aux directeurs généraux nommés après l'entrée en vigueur de la loi. L'objectif est d'éviter une législation ciblant spécifiquement l'actuelle directrice, dont le mandat court jusqu'en 2028. Refuser d'accepter cette recommandation signifie que l'actuelle directrice générale pourrait être démise de ses fonctions sur la base de règles adoptées pendant son mandat. Appliquer rétroactivement une nouvelle procédure de licenciement à un directeur en exercice est précisément le type d'ingérence politique dans la gouvernance des médias publics que les normes internationales cherchent à empêcher.

De surcroît, le Parlement et le président nommeront ensemble huit des quinze membres du Conseil de la LRT, accordant ainsi aux organes politiques une majorité absolue au sein de l'instance qui supervise le radiodiffuseur et détient le pouvoir de limoger son directeur général. Tant que cette majorité subsistera, l'indépendance du diffuseur restera dépourvue d'un fondement institutionnel solide. Le retrait des amendements les plus dangereux ouvre néanmoins la voie à un débat pour mettre la loi en conformité avec le règlement européen sur la liberté des médias (EMFA), qui exige que les organes de gouvernance des médias publics soient structurés de manière à résister aux interférences politiques.

Blocage des amendements restrictifs

Plusieurs des dispositions les plus prohibitives du texte ont été fort heureusement abandonnées, notamment les restrictions sur la participation de journalistes externes à la production de contenus de la LRT. Si elles avaient été adoptées, ces restrictions auraient considérablement limité le pluralisme éditorial, en empêchant les journalistes indépendants et les collaborateurs indépendants de participer aux programmes du média public. La politique éditoriale restera également entre les mains des rédacteurs en chef plutôt qu'entre celles du Conseil de la LRT.

Les réformes de la LRT proposées l'année dernière par la majorité au pouvoir ont fait face à un raz de marée, tant au niveau national qu'international. Entre deux manifestations organisées par les journalistes lituaniens en décembre 2025 et en avril 2026, le Parlement européen a approuvé une résolution critique envers le projet de loi. RSF a pris la parole lors de la manifestation de décembre 2025 à la suite de sa déclaration sur le projet de loi, avertissant sur le risque que ces amendements contreviennent à l'EMFA. En mars de cette année, l'organisation a envoyé des lettres au Seimas dénonçant les failles du projet de loi, à la fois individuellement et dans le cadre d'une coalition d'organisations internationales dirigée par l'Union européenne de radio-télévision (UER).

RSF exprime depuis longtemps son inquiétude face au gel du budget de la LRT, que la coalition au pouvoir a décidé de maintenir à 79,6 millions d'euros pendant trois ans fin 2025, malgré un audit d'État concluant qu'une augmentation était pleinement justifiée. De plus, le Seimas a également approuvé une réduction du budget après 2029, une mesure qui reste en vigueur.

La LRT n'est qu'un exemple parmi de nombreux groupes de médias publics européens confrontés à des attaques similaires, comme documenté dans le rapport de RSF "Pressions sur les médias publics" paru en 2025.

La Lituanie occupe le 15e rang sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2026, en perte d'une place par rapport à l'année précédente.

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Publié le 01.06.2026
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