Prime Minister of the French Republic

02/13/2026 | Press release | Distributed by Public on 02/14/2026 18:08

Troubles bipolaires, quand la parole se libère

Avec la prise de parole de personnalités publiques comme Nicolas Demorand, la bipolarité gagne en visibilité. Une avancée majeure pour un trouble encore méconnu et souvent entouré de clichés. État des lieux en compagnie de la chanteuse Laurēm, autrice et interprète de l'album Bipolaire, assorti d'un ouvrage rassemblant témoignages de patients et contributions d'experts, et du Pr Chantal Henry, psychiatre spécialiste des troubles bipolaires.

On ne guérit pas du trouble bipolaire au sens strict, car la vulnérabilité persiste. En revanche, une stabilisation durable est possible.

Chantal Henry

  • Professeure de psychiatrie à l'université Paris Cité et praticienne à l'hôpital Sainte-Anne, spécialiste des troubles bipolaires.

Raconter mon histoire en chansons et poèmes m'a permis de me reconstruire [...]. Partager cette parole aide d'autres personnes à se reconnaître et à demander de l'aide plus tôt.

Laurēm

  • Autrice et interprète de l'album Bipolaire.

La libération de la parole : un tournant encore fragile ?
Laurēm :
La parole autour de la bipolarité se libère, mais il faut continuer à multiplier les témoignages et les interviews. Dans ma famille, la maladie traverse plusieurs générations : j'ai grandi avec des adultes touchés, certains sont allés jusqu'au suicide. Quand mes propres troubles se sont déclarés à 28 ans, j'ai tout de suite compris ce que je vivais. Pendant longtemps, j'ai arrêté et repris mes traitements, traversé des phases maniaques et des dépressions profondes, été hospitalisée… Cela a mis ma vie en pause, alors que je construisais ma carrière artistique et ma vie personnelle.

Aujourd'hui, raconter mon histoire en chansons et poèmes m'a permis de me reconstruire, de donner du sens à des fragments épars écrits pendant mes hospitalisations. Partager cette parole aide d'autres personnes à se reconnaître et à demander de l'aide plus tôt.

Pr Chantal Henry : La parole se libère, mais elle reste fragile et minoritaire. Pourtant, elle est déterminante : beaucoup de patients reconnaissent leurs symptômes après avoir entendu un témoignage et consultent enfin. La parole artistique ouvre une porte d'identification, la parole médicale apporte le cadre et les repères. Les deux registres se complètent : l'un fait tomber la honte, l'autre donne les moyens d'agir.

La parole libérée permet-elle de mieux comprendre la réalité de la maladie, loin des clichés ?

L. : La bipolarité est trop souvent minimisée. Entendre des phrases comme « on est tous un peu bipolaires » ou « il suffit de se bouger » est violent. Ce n'est pas de la paresse ou de la comédie si l'on reste au lit pendant des semaines. J'ai vécu ces moments en étant mère : parfois, je n'arrivais pas à m'occuper de mon bébé, à être là pour lui, parce que j'étais totalement effondrée. La maladie déstructure, et il faut apprendre à la maîtriser pour reprendre le contrôle de sa vie quotidienne.

Pr C. H. : Les stéréotypes persistent : violence, imprévisibilité, « génie créatif ». La bipolarité est une maladie sérieuse et intermittente, qui peut être sévère et même mortelle si elle n'est pas traitée. La créativité ne naît ni dans la dépression ni dans la manie : elle se construit en phase stable, quand l'énergie et l'organisation mentale sont restaurées. Entre les épisodes, la vie peut être tout à fait ordinaire - un point trop souvent oublié.

Diagnostic, traitement, accès aux soins : quels sont les vrais enjeux ?
L. :
J'ai vécu douze années d'errance, de traitements interrompus, de cycles maniaques et dépressifs, d'hospitalisations. La prise en charge m'a permis de reprendre la main : comprendre les signaux, ajuster mon rythme, me sentir soutenue. Le livre que j'ai coordonné rassemble de nombreux témoignages : trouver un psychiatre, être accompagné, c'est souvent un parcours du combattant. La parole se libère, mais l'accès aux soins doit suivre.

Pr C. H. : Le diagnostic arrive encore trop tard, souvent après des années d'errance. Les hypomanies, plus discrètes, retardent la prise en charge. Pourtant, un traitement adapté - médicamenteux, psychothérapeutique et psychoéducatif - permet une stabilisation durable et une vie pleinement satisfaisante. Le défi majeur reste l'accès aux soins : pénurie de psychiatres, inégalités territoriales, délais trop longs. La libération de la parole n'a de sens que si elle s'accompagne d'une réelle capacité à aider celles et ceux qui se reconnaissent enfin dans ce trouble.

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