04/27/2026 | Press release | Distributed by Public on 04/28/2026 18:05
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a inauguré l'amphithéâtre « Pierre Messmer » au ministère des Armées, à Paris, lundi 27 avril 2026.
Dressant le portrait d'un homme qui a « fait le choix de servir la France », le chef du Gouvernement a loué « l'humilité mêlée d'audace » d'un « héros tranquille », frère d'armes du général De Gaulle et Compagnon de la Libération, qui a unifié les armées françaises en un seul et même ministère.
Ministre des Armées, puis Premier ministre, Pierre Messmer a engagé de profondes mutations, opéré le tournant de la dissuasion nucléaire et insufflé « un esprit d'innovation, d'audace et d'endurance ». C'est avec cette même exigence que la Nation a récemment engagé un effort de réarmement pour répondre aux nouveaux défis, a souligné Sébastien Lecornu.
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AutoriserDiscours du Premier ministre pour l'inauguration de l'amphithéâtre Pierre Messmer au ministère des Armées et des Anciens combattants.
Sébastien LECORNU, Premier ministre
Madame la ministre des Armées et des Anciens combattants,
Madame la ministre déléguée,
Monsieur le Premier ministre, cher Édouard BALLADUR,
Mesdames et Messieurs les parlementaires et élus,
Monsieur le délégué national de l'Ordre de la Libération,
Monsieur le préfet de région Île-de-France,
Monsieur le chef d'État-major des armées,
Monsieur le délégué général pour l'armement,
Messieurs les chefs d'État-major d'armée,
Monsieur le secrétaire général pour l'administration, officiers, sous-officiers, officiers mariniers, soldats, marins, aviateurs et personnels civils de la Défense.
L'histoire est faite de choix et certains destins, mieux que d'autres, nous rappellent cette vérité essentielle, tel assurément le destin du général DE GAULLE, tel aussi celui, plus discret, de son frère d'âme et compagnon pour la libération de la France, Pierre MESSMER.
Ministre des Armées au cours d'une décennie décisive, il répondit aux missions qui lui furent confiées par le chef des armées avec cette humilité mêlée d'audace qui est la marque des grands. Héros tranquille, serviteur loyal et déterminé, il réalisa l'ambition du général DE GAULLE d'unifier les Armées françaises en un seul et grand ministère, regroupant civils et militaires, une vision qui trouve ici, à Ballard, son accomplissement.
Des combats de Bir Hakeim aux plus hautes fonctions de l'État, le destin de Pierre MESSMER est celui d'un soldat valeureux et fidèle qui, toute sa vie durant, a fait le choix de servir la France. Le 17 juin 1940, il fait le choix qui marquera sa vie. Ce jour-là, le jeune Pierre MESSMER et son camarade, le lieutenant Jean SIMON, se trouvent dans le Puy-de-Dôme lorsqu'ils entendent le discours du maréchal PÉTAIN appelant à cesser le combat. À la veille de l'appel que lance depuis Londres le général DE GAULLE, tous deux refusent l'esprit de défaite et d'un même cœur décident de faire le choix de l'honneur. « Aucun doute n'a assailli notre esprit », écrira plus tard MESSMER, dont le patriotisme est intimement lié à l'histoire de sa famille venue d'Alsace-Lorraine. Après avoir quitté clandestinement leur affection, au 12e régiment de tirailleurs sénégalais, ils embarquent à Marseille, à bord du Capo Olmo, qu'ils détournent afin de rejoindre Gibraltar, l'Angleterre et bientôt les rangs de la France libre. Pierre MESSMER participera dès lors à l'épopée de la 13ème demi-brigade de légion étrangère, à Dakar, au Gabon, en Érythrée, s'illustrant sur les pentes du Grand Willy et à Massawa. « La guerre dans le désert est particulière », confiera-t-il plus tard, « à la fois dure et belle ». Le jeune lieutenant est fait compagnon des Libérations par le général DE GAULLE qui lui remet cette haute distinction le 26 mai 1941 en Palestine.
Aujourd'hui, dans cette partie du monde meurtrie par la guerre, des militaires français œuvrent avec courage et détermination au service de la paix au Proche et au Moyen-Orient, et tout particulièrement, nous le savons, au Liban. La nation s'incline une fois de plus devant la mémoire de l'adjudant Florian MONTORIO et du sergent Anicet GIRARDIN, mort pour la France et mort pour la paix.
Promu capitaine, MESSMER combat parmi ses légionnaires dans les sables libyens, à Bir Hakeim. Il reçoit l'ordre du général KŒNIG de tenir face aux assauts de l'Afrika Korps de ROMMEL et de ses alliés italiens bien supérieurs en nombre. Au milieu du désert, assoiffée, sous une chaleur de plomb, subissant les bombardements aériens et les tirs d'artillerie, la première brigade française libre se dresse, héroïquement, face à l'ennemi et devant l'histoire. Le 10 juin, le général DE GAULLE adresse à KŒNIG ce télégramme : « Sachez et dites à vos troupes que toute la France vous regarde et que vous êtes désormais son orgueil ». La nuit même, les Français s'élancent courageusement dans une sortie de vive force qui brise l'encerclement ennemi et la fatalité d'un sort que l'on croyait pourtant scellé. Bir Hakeim sera la première victoire française de la guerre et un pas décisif, on le sait, sur le long chemin d'El-Alamein à la libération de la France.
Après tant de batailles, pour reprendre le titre de ses mémoires, Pierre MESSMER choisit de poursuivre l'engagement par fidélité à une certaine idée de la France. D'abord comme administrateur de la France d'Outre-mer, conformément à sa vocation première. Il part pour l'Indochine, comme bien d'autres combattants de la France libre. Parachuté le 25 août 1945 au Tonkin pour une mission à haut risque, il est fait prisonnier par le Viet-Minh. Mais il ne restera pas longtemps en captivité. Ignorant, là encore, le danger, il prend tous les risques et parvient bientôt à s'évader. Cette expérience, ainsi que les hautes responsabilités qu'il exerce en Indochine, puis en Afrique, forgeront en lui une vision lucide sur la marge des peuples vers l'indépendance. Homme de devoir, il accompagnera le mouvement de l'histoire. Tout comme il saura répondre aux exigences de la crise algérienne aux côtés du général DE GAULLE, qui l'appelle à la fonction de ministre des Armées le 5 février 1960.
MESSMER, officier de Légion, sera ferme dans la défense de la légalité républicaine, prenant les décisions qui s'imposent. Dans son discours d'hommage, Simone VEIL, qui lui succède à l'Académie française, dira avec justesse, je la cite : « Pierre MESSMER fut ce ministre inflexible, en des circonstances qui exigeaient l'inflexibilité. » L'homme, toutefois, on le sait, s'interroge en conscience sur les limites de son action et de son pouvoir, devant le sort tragique des harkis. Depuis, la République Française, par la voix du président de la République, Emmanuel MACRON, a demandé pardon.
Très jeune, Pierre MESSMER avait appris à naviguer au large des côtes du Morbihan et de Saint-Gildas-de-Rhuys, où il repose désormais. Il en garda l'amour de vastes horizons et une vision claire de son cap, celui d'œuvrer sans relâche à l'indépendance et à la souveraineté de la France.
À la tête du ministère des Armées, Pierre MESSMER opère, sous l'autorité du chef de l'État, le plus grand tournant de notre histoire militaire, celui, entre autres, de la dissuasion nucléaire, comparable au défi immense que représentent aujourd'hui l'intelligence artificielle et le quantique en matière militaire, la révolution de l'atome conduit MESSMER à mener de profondes et exigeantes transformations. Il réforme l'organisation du ministère, met en place le service militaire adapté au profit de la jeunesse en outre-mer et insuffle un esprit d'innovation, d'audace et d'endurance, de réforme, en sorte, qui a fait depuis le succès de nos armes.
Avec cette même exigence, la nation récemment a engagé, sous l'autorité du président de la République, un effort historique de réarmement dont la réussite dépendra de notre capacité à répondre collectivement aux nouveaux défis que nous présente notre histoire. Telle est bien l'ambition de l'actualisation de notre programmation militaire et celle du chantier de l'économie de guerre qui appelle une mobilisation de l'ensemble des forces du pays au service de nouveau de notre souveraineté et de notre défense. Je salue ici les artisans de ce sursaut militaire, pas que budgétaire, mais aussi patriotique, moral, présent autour de cette place d'armes.
Après la mort du Général DE GAULLE, Pierre MESSMER est appelé par le président Georges POMPIDOU à la fonction de ministre d'État chargé des départements et territoires d'Outre-mer, puis à celle de Premier ministre à partir du 5 juillet 1972. Réformateur pragmatique, il agit résolument, je le cite : « sans grande phrase ou vaine promesse », comme il s'y engage devant la représentation nationale à l'occasion de son discours de politique générale. Animé par l'intérêt général, indifférent aux jeux partisans comme aux coups d'éclat, MESSMER porte une haute conception de l'État, celle d'un État stratège, moderne, qui ne saurait être pour lui qu'un État pionnier. Lorsque la France, alors extrêmement dépendante de ses importations d'hydrocarbures, est frappée de plein fouet par le premier choc pétrolier, MESSMER lance au printemps 1974 le plus grand programme électronucléaire de notre histoire.
Grâce à ce fameux plan MESSMER, la plupart des réacteurs nucléaires dont nous disposons encore aujourd'hui sortent de terre en un temps record, contribuant de façon décisive à l'indépendance énergétique de la France. Devant la crise actuelle, ce même sens de l'intérêt supérieur de la nation, à long terme, commande d'accélérer l'électrification de notre modèle pour reprendre définitivement notre destin en main. Officiers, sous-officiers, officiers mariniers, soldats, marins, aviateurs et personnels civils de la Défense, Pierre MESSMER ne concevait pas le pouvoir comme un titre ou comme une récompense, mais comme un service.
À la mort du président POMPIDOU, il s'interroge profondément et il fait le choix de ne pas se présenter à l'élection présidentielle. Parce qu'un compagnon de la Libération ne pouvait pas affronter un autre compagnon de la Libération. Et parce qu'au fond, comme le dira Simone VEIL une fois de plus pour tout résumer, je la cite : « il songeait à l'intérêt du pays avant de penser au sien ».
Député et conseiller général de Moselle, président du conseil régional de Lorraine, maire de Sarrebourg pendant près de 20 ans, Pierre MESSMER a lié action politique et engagement moral. Membre puis secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences morales et politiques, il fut chancelier de l'Institut de France. Il assuma également la présidence de la Fondation Charles DE GAULLE ainsi que celle de la France Libre, où il succéda à son camarade et ami, le général d'armée Jean SIMON. Grand Croix de la Légion d'honneur, Pierre MESSMER fut nommé par décret du président de la République chancelier de l'Ordre de la Libération, incarnant à cette fonction, plus que dans toutes les autres, la figure d'une conscience, celle d'un grand serviteur de l'État, à l'âme de soldat, qui, jusqu'à sa mort, le 29 août 2007, à Paris, aura toujours fait le choix de la France.
Officiers, sous-officiers, officiers mariniers, soldats, marins, aviateurs et personnels civils de la Défense, le Général DE GAULLE le disait en son temps : « les grands peuples le sont pour l'avoir voulu ». L'histoire s'écrit par nos choix et ultimement par nos actes, à l'exemple de ces grandes figures, comme Pierre MESSMER et tant d'autres, qui se sont levés et continueront de se lever pour que la France reste libre, souveraine, indépendante. En un mot, pour que la France reste la France, en mémoire de l'engagement exemplaire qui fut le sien au service de la France et de son armée.
Le grand amphithéâtre de Ballard portera désormais et enfin le nom de Pierre MESSMER.
Pour tout cela, vive les armées françaises, vive la République et vive la France.
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Actualité · Armée
Publié le 14/07/2025