05/06/2026 | Press release | Archived content
L'armée israélienne occupe une partie du Liban et bombarde Beyrouth, et ce alors que le pays subit déjà depuis des années une grave crise économique. Le Dr Jean El Cheikh, médecin et président du Secours Populaire Libanais, témoigne du travail sur le terrain et explique comment nous pouvons apporter notre aide depuis la Belgique.
Mercredi 6 mai 2026
Photo Secours Populaire Libanais
Interview par Nicolas Pierre,
médecin généraliste chez Médecine Pour Le Peuple
22 avril 2026
Dr. Jean El Cheikh. Nous étions déjà préparés depuis l'an dernier à une nouvelle escalade, à une nouvelle agression israélienne. Nous étions donc mieux préparés que l'année précédente, comme la plupart des organisations libanaises, gouvernementales et non gouvernementales.
Cependant, la situation humanitaire reste extrêmement difficile. Plusieurs familles qui avaient quitté les centres pour tenter de rentrer chez elles ont dû revenir rapidement : leurs maisons et leurs villages avaient été détruits, il n'y avait plus rien. Elles ont dû rentrer dans les heures qui ont suivi et nous contacter pour prolonger leur séjour.
Il faut également souligner qu'il y a plusieurs centaines, voire des milliers de personnes déplacées qui ne sont pas hébergées dans des centres ou par des ministères ou associations, mais directement chez des familles d'accueil.
Sur le plan social, de nombreuses familles libanaises étaient déjà en grande difficulté économique, avec ou sans la guerre, en raison de la crise que traverse le pays depuis 2019. Une famille déjà précaire qui accueille deux ou trois autres familles voit ses dépenses augmenter de manière considérable : électricité, eau, gaz, alimentation. Cela engendre de nombreux problèmes sociaux et économiques.
Plusieurs familles qui avaient quitté les centres pour tenter de rentrer chez elles ont dû revenir rapidement : leurs maisons et leurs villages avaient été détruits, il n'y avait plus rien.
Dr. Jean El Cheikh
Aujourd'hui, nous restons prêts. Nous travaillons sur un programme à moyen et long terme pour continuer à résister et à aider les populations ayant besoin de soutien pour survivre.
Dr. Jean El Cheikh. Dès le début, nous avons ouvert plusieurs centres d'accueil dans nos propres locaux, que nous avons transformés pour recevoir les familles ayant fui différents villages du sud du Liban.
Nous avons notamment ouvert le centre de Barja, dans la partie est du Chouf, près de Saïda. Environ 140 personnes y ont été accueillies dans une école transformée en centre d'accueil. Les classes ont été aménagées pour accueillir plusieurs familles, et différentes activités y ont été organisées.
Les volontaires du Secours populaire étaient présents 24 heures sur 24 : préparation des repas, activités ludiques et éducatives pour les enfants, formations pour les femmes. Nous avons essayé d'occuper le temps au maximum.
Dans la montagne libanaise, nous avons également ouvert le centre de Mrouj, un bâtiment de plusieurs étages appartenant au Secours Populaire, ainsi que le centre de Saoufar. Plus à l'est, dans la vallée de la Békaa, le centre de Jdita a accueilli environ 150 personnes, dont des enfants, des femmes et des personnes âgées. L'organisation y était similaire, avec une présence permanente des volontaires.
Un infirmier a été tué lors d'un déplacement, plusieurs ambulanciers ont été touchés, et les bombardements n'ont épargné ni les soignants ni les secouristes.
Dr. Jean El Cheikh
Nous avons aussi été présents dans plusieurs écoles pour accompagner les familles déplacées. À Tripoli, où il n'y avait pas de centre d'accueil formel, les volontaires ont travaillé directement avec des familles hébergées dans des logements privés. Nous jouions le rôle de relais entre les familles déplacées, les centres de soins primaires affiliés au ministère de la Santé, les municipalités et les autorités locales.
Avec le ministère des Affaires sociales, nous avons acheminé des aides directement vers ces familles, y compris l'aide alimentaire, jusqu'au cessez-le-feu de jeudi dernier.
Faute de moyens suffisants, et afin de ne laisser personne à la rue, nous avons ensuite fermé certains centres et regroupé les familles qui ne pouvaient pas encore partir dans deux centres toujours ouverts : Barja et Mrouj. Les autres centres ont repris leurs activités sociales et médicales habituelles.
Nous essayons également d'apporter un soutien minimal aux familles en difficulté : bons pour de l'essence, chauffage, aide électrique, et autres formes de soutien, tout en jouant un rôle de relais avec les institutions publiques.
Par ailleurs, concernant l'hôpital, les ambulanciers de la Croix-Rouge libanaise nous ont demandé de rester opérationnels afin d'intervenir dans les zones bombardées. Nous sommes restés aux côtés des populations du sud du Liban : soins aux blessés, transferts des cas graves vers d'autres hôpitaux, et prise en charge des victimes décédées lors des bombardements.
Un cessez-le-feu effectif reste absolument nécessaire. Pour cela, l'Europe et la Belgique ont un rôle à jouer
Dr. Jean El Cheikh
Le travail de nos équipes hospitalières a été largement reconnu. Elles sont restées en poste malgré les menaces et les bombardements à proximité. Un infirmier a été tué lors d'un déplacement, plusieurs ambulanciers ont été touchés, et les bombardements n'ont épargné ni les soignants ni les secouristes.
Concernant les besoins actuels du Secours populaire libanais et la manière de nous soutenir depuis la Belgique, nous privilégions aujourd'hui les aides financières. En raison des difficultés d'acheminement du matériel et des médicaments - notamment les douanes et l'aéroport - les dons financiers permettent d'acheter rapidement ce dont nous avons besoin sur place. Malgré les difficultés, l'aéroport reste ouvert et le système bancaire fonctionne encore.
Les dons peuvent être effectués via la campagne de soutien de Viva Salud (voir encadré ci-dessous).
Bien sûr, un cessez-le-feu effectif reste absolument nécessaire. Pour cela, l'Europe et la Belgique ont un rôle à jouer.
Sans nos dons, les ambulances du Secours Populaire Libanais ne peuvent plus intervenir.
L'ONG belge Viva Salud a lancé une campagne de soutien aux services d'urgence au Liban, qui souffrent des attaques incessantes d'Israël.