02/28/2026 | Press release | Archived content
Le Secrétaire général, ainsi qu'une grande majorité des membres du Conseil de sécurité, ont exprimé, cet après-midi, leur profonde inquiétude face à l'escalade des frappes militaires directes entre les États-Unis, Israël et la République islamique d'Iran. Réuni d'urgence à la demande de la France, dans un contexte de volatilité extrême, le Conseil a entendu l'appel du chef de l'ONU à une désescalade et à un cessez-le-feu immédiat. « Tout acte militaire risque de déclencher une chaîne d'événements incontrôlable dans la région la plus instable du monde », a-t-il notamment alerté.
M. António Guterres a indiqué qu'une vingtaine de villes iraniennes, dont Ispahan, Qom, Chahriyar et Tabriz, auraient été attaquées, et qu'à Téhéran, de fortes explosions ont été signalées dans le quartier du palais présidentiel.
Plusieurs hauts responsables auraient été tués, dont, selon des sources israéliennes, le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, et des pertes civiles importantes sont rapportées, notamment la mort d'au moins 85 personnes dans une école de filles à Minab.
En réaction, l'Iran aurait ciblé des installations militaires américaines dans la région; des frappes ont touché des zones civiles et des infrastructures dans plusieurs pays du Golfe, ainsi qu'en Iraq, au Liban et en Syrie. Des informations font également état de la fermeture du détroit d'Ormouz.
Notant que ces événements se déroulent alors qu'une troisième série de pourparlers indirects entre les États-Unis et l'Iran sur le programme nucléaire iranien était en cours, il a exhorté toutes les parties à reprendre immédiatement les négociations, notamment sur le programme nucléaire iranien.
« Agissons ensemble, de manière responsable, pour sauver la région et le monde du précipice », a-t-il plaidé, rappelant en outre que l'Article 2 de la Charte des Nations Unies stipule que les États Membres doivent s'abstenir, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout État.
Les positions des États-Unis, d'Israël et de l'Iran
« Nous vivons un moment de l'histoire qui exige une clarté morale, et le Président Trump a su être à la hauteur », s'est félicité au contraire le représentant des États-Unis. Il a expliqué que l'opération Fureur épique vise à démanteler les capacités balistiques iraniennes, à neutraliser les menaces contre les voies maritimes et à garantir que « le régime iranien ne puisse jamais, en aucune circonstance, menacer le monde avec une arme nucléaire ».
Le soutien de l'Iran au Hamas, au Hezbollah et aux houthistes a causé un bain de sang dans toute la région du Moyen-Orient, et la communauté internationale a toujours interdit à l'Iran de se doter de l'arme nucléaire, au nom de la sécurité collective. Face au refus de ce pays, nous avons choisi d'agir, a martelé le représentant qui a souligné que la diplomatie ne peut pas fonctionner sans véritable partenaire favorable à la paix.
« Certains parlent d'agression. Nous, nous parlons de nécessité et de survie », a affirmé à son tour le représentant d'Israël « Lorsqu'un régime veut éradiquer Israël, nous n'ignorons pas une telle menace et nous agissons. »
Déplorant que le Secrétaire général ait condamné les attaques lancées par Tel-Aviv et Washington, le représentant israélien a argué que l'escalade a débuté quand l'Iran a commencé à financer le terrorisme et à développer son programme nucléaire, dénonçant également « l'assassinat impitoyable » des citoyens iraniens par le régime des mollahs et les appels à la destruction d'Israël et des États-Unis.
Le régime iranien est une machine du radicalisme qui ne connaît aucune frontière et tous les moyens diplomatiques pour le contenir avaient été épuisés, a soutenu le représentant israélien qui a précisé que les opérations militaires en cours se poursuivront tant que la menace que pose le régime iranien existera.
Les deux pays ont souligné en outre que leurs actions ne visaient pas le peuple iranien, le représentant américain déclarant à son intention: « l'heure de votre liberté a sonné ».
Dénonçant au contraire une agression « préméditée et non provoquée », le représentant de l'Iran a appelé le Conseil de sécurité au titre de l'Article 39* de la Charte des Nations Unies, à constater l'acte d'agression et à exiger réparation, invoquant en outre le droit à la légitime défense.
Il a précisé que toutes les bases et tous les équipements des « forces hostiles » installées dans sa région seront considérés comme des cibles militaires légitimes par Téhéran. Nous ne viserons jamais la souveraineté, les peuples ou les intérêts des pays du golfe Persique, a-t-il promis.
Le représentant iranien a également rejeté les allégations de la France, du Royaume-Uni et des autres pays occidentaux sur le programme nucléaire « exclusivement pacifique » de son pays, assurant que l'Iran compte poursuivre la voie diplomatique pour parvenir à un accord durable. Mais alors que les négociations avaient cours, les États-Unis ont, pour la deuxième fois, trahi les efforts diplomatiques et choisi la force, a-t-il déploré.
« Cela rend les frappes israélo-américaines d'autant plus choquantes », s'est indignée la Chine qui a appelé à revenir à une solution politique.
Directement pris pour cible par les tirs lancé par l'Iran en représailles, Bahreïn a exhorté pour sa part le Conseil de sécurité à adopter une position ferme pour mettre un terme aux hostilités.
Le dossier nucléaire iranien face à une diplomatie « tuée dans l'œuf »
La France, qui a condamné les frappes de l'Iran contre les pays de la région, a estimé que les événements de ce jour interviennent dans le contexte de la poursuite par l'Iran d'un programme nucléaire « déstabilisant ».
L'Iran doit s'engager de bonne foi dans des négociations et, en attendant, a indiqué le représentant, nous appelons à la désescalade, au respect du droit international et à une solution négociée pour rétablir la paix dans la région.
Un message repris par le Royaume-Uni qui a rappelé que le régime iranien a tué des milliers de ses ressortissants et fait fi des appels à régler de façon pacifique les questions nucléaires. « L'Iran ne doit jamais avoir le droit de disposer de l'arme nucléaire. Seule une solution diplomatique peut traiter de ces menaces de façon durable », a-t-il souligné.
Préoccupé par les répercussions d'une opération militaire « qui a tué dans l'œuf la diplomatie » alors que les pourparlers sur le programme nucléaire iranien enregistraient des progrès, le représentant de la Fédération de Russie a estimé que l'Iran est aujourd'hui victime d'une situation qui risque de se transformer en catastrophe économique et humanitaire.
Téhéran, a insisté le représentant russe, a toujours déclaré qu'il respecte ses obligations en vertu du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. « Le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne veulent justifier l'agression contre l'Iran: ce n'est plus du "deux poids, deux mesures" mais carrément une réalité alternative », s'est-il offusqué.
De son côté, la Ligue des États arabes a fustigé le « deux poids, deux mesures » d'Israël, qui refuse d'adhérer au Traité sur la non-prolifération, de soumettre son programme nucléaire au régime de garanties de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), et de participer à la Conférence sur la création au Moyen-Orient d'une zone exempte d'armes nucléaires et d'autres armes de destruction massive. Israël, a accusé le représentant de la Ligue, veut être le seul État doté de la région.
La Somalie, au nom des A3 (Libéria, République démocratique du Congo et Somalie), a souligné que la voie des négociations est la seule à pouvoir aboutir à un accord autour du programme nucléaire iranien. « On ne forge pas la sécurité collective avec davantage d'armes, mais avec davantage de garanties », a d'ailleurs estimé la Colombie.
*Article 39 de la Charte des Nations Unies
Le Conseil de sécurité constate l'existence d'une menace contre la paix, d'une rupture de la paix ou d'un acte d'agression et fait des recommandations ou décide quelles mesures seront prises conformément aux Articles 41 et 42 pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales.