FAO - Food and Agriculture Organization of the United Nations

04/15/2026 | Press release | Archived content

Cinq choses à savoir sur la crise alimentaire au Soudan

En avril 2023, un violent conflit a éclaté entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide dans la capitale, Khartoum, avant de s'étendre à l'ensemble du pays. Trois ans plus tard, le Soudan est confronté à ce qui s'avère désormais être la pire crise humanitaire et la plus grande crise de déplacement de population au monde.

Les besoins humanitaires ne cessent d'augmenter à mesure que le conflit perdure. En 2026, 33,7 millions de personnes ont besoin d'une assistance - un nombre record à l'échelle mondiale -, soit 3,3 millions de plus qu'en 2025. Aujourd'hui, 41 pour cent de la population se trouve en situation d'insécurité alimentaire aiguë, alors que la famine est confirmée dans de nombreuses régions et que des millions d'autres personnes sont menacées.

Le secteur agricole, qui emploie les deux tiers de la population, a été décimé: des infrastructures essentielles ont été détruites, des stocks alimentaires pillés et des champs et des marchés rendus inaccessibles. À l'approche de la principale saison agricole, qui débute en juin, la possibilité de rétablir la production céréalière nationale et d'empêcher une nouvelle détérioration est de plus en plus compromise.

Voici cinq choses à savoir sur l'impact du conflit sur la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance agricoles au Soudan.

1. Des millions de personnes sont prises au piège dans un cycle de la faim et la période des semis de 2026 est menacée.

Partout dans le pays, nombreuses sont les femmes qui peinent à nourrir leur famille, alors que la crise d'insécurité alimentaire s'aggrave. ©FAO/Mohamed Ahmed Partout dans le pays, nombreuses sont les femmes qui peinent à nourrir leur famille, alors que la crise d'insécurité alimentaire s'aggrave. ©FAO/Mohamed Ahmed

Le conflit actuel a plongé des millions de personnes dans un cycle de faim aiguë. Ces trois dernières années, la proportion de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë s'est située à un niveau légèrement inférieur ou légèrement supérieur à la moitié de la population.

Depuis septembre 2025, des cas de famine ont été confirmés dans la ville d'El Fasher (province du Darfour-Nord) et dans la ville assiégée de Kadugli (province du Kordofan-Sud). Des millions d'autres personnes sont exposées à un risque immédiat de famine dans 20 zones du Darfour et du Kordofan, qui sont difficiles d'accès.

Les enfants ne sont pas épargnés. Plus de 4,2 millions d'enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë, 800 000 étant en situation de malnutrition sévère.

La FAO intensifie ses efforts pour fournir une aide agricole d'urgence vitale afin que les agriculteurs ne manquent pas la principale période des semis de 2026, dont l'importance est cruciale. Il est essentiel de soutenir les activités agricoles aux moments clés du calendrier agricole pour protéger les moyens de subsistance, rétablir la production alimentaire et empêcher une nouvelle détérioration de la sécurité alimentaire et une aggravation de la malnutrition.

2. Le manque de financement a laissé le pays au bord du gouffre

M. Hongjie Yang, Représentant de la FAO, s'entretient avec des agriculteurs et des dirigeants communautaires au sujet des niveaux de production et de la manutention après récolte. ©FAO/Shuaib Shamrouk

Les niveaux de faim se sont envolés, les besoins ne cessent d'augmenter et pourtant, les fonds consacrés à l'action humanitaire se font de plus en plus rares. Ces dernières années, le secteur humanitaire subit une baisse constante des aides financières destinées à réduire les besoins et à s'attaquer aux causes et aux conséquences de la faim.

Les acteurs humanitaires ont donc été contraints d'adopter une approche fondée sur la hiérarchisation des priorités, ciblant les plus vulnérables. Le plan d'intervention humanitaire visant à répondre aux besoins du Soudan pour 2026 prévoit un montant de 2,9 milliards d'USD, dont environ 645 millions d'USD devant servir à assurer la sécurité alimentaire et à soutenir les moyens de subsistance de 11,4 millions de personnes. Il s'agit d'une forte diminution par rapport à 2025, année durant laquelle 4,1 milliards d'USD avaient été requis, dont 1,54 milliard d'USD pour assurer la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance de 16,5 millions de personnes. Le plan de l'année 2025 n'a été financé qu'à hauteur de 40 pour cent. En avril 2026, le plan pour 2026 n'était couvert qu'à hauteur de 16,2 pour cent.

La FAO a lancé son Plan d'urgence et de renforcement de la résilience 2026-2028 afin de répondre aux besoins immédiats, tout en favorisant la résilience et une relance à long terme. Pour 2026, la FAO a besoin de 99 millions d'USD pour aider 1,5 million de ménages dans le cadre de programmes complets d'appui aux moyens de subsistance, y compris des semences, des outils et des engrais. À ce jour, le Gouvernement italien a contribué à hauteur de 5 millions d'USD à ces efforts. Aucun autre financement n'a été reçu jusqu'à présent.

Alors que certaines régions du pays ont connu une reprise agricole timide, des millions de personnes restent prises au piège dans des conditions de crise. Faute d'investissements soutenus et prévisibles, les modestes progrès réalisés en matière de production alimentaire risquent de disparaître.

Des agriculteurs rassemblent des panicules de riz en bottes avant de les charger dans la batteuse. ©FAO/Shuaib Shamrouk

3. National crop production is under significant pressure

À cause des conflits, des déplacements et des effets des chocs économiques et climatiques, le pays est loin d'atteindre l'autosuffisance. Selon la FAO, la production céréalière pour la saison 2025-2026 est estimée à 5,2 millions de tonnes, soit une baisse de 22 pour cent par rapport à 2024 et 19 pour cent de moins que la moyenne sur cinq ans.

En 2025, la campagne de distribution de semences de la FAO pour la saison principale a permis de couvrir environ 22 pour cent de la production nationale de sorgho, évaluée à quelque 515 millions d'USD. Il faut poursuivre et renforcer ces efforts.

Sans une aide agricole d'urgence rapide, les producteurs risquent de manquer la période essentielle des semis, ce qui entraînerait une baisse des récoltes et accroîtrait leur vulnérabilité.

C'est en agissant maintenant que l'on changera la donne.

4. L'élevage est vital et nécessite davantage d'investissements

Des animaux d'élevage présentent des signes de mauvaise santé en raison de l'interruption des services vétérinaires et des pénuries d'aliments pour animaux causées par le conflit. ©FAO/Abdirahman Issack

Le secteur de l'élevage, qui compte environ 115 millions de têtes de bétail, de moutons, de chèvres et de chameaux, a essuyé des dégâts et des pertes énormes depuis le début du conflit. Cela se traduit notamment par une réduction de la couverture vaccinale, une recrudescence des épidémies, un appauvrissement des troupeaux, un accès restreint aux pâturages et aux sources d'eau, ainsi que par des contraintes sur les marchés.

Pour les communautés rurales, les animaux ne sont pas seulement une source de nourriture ou de revenus: ils constituent une bouée de sauvetage. L'élevage apporte une source de nutrition, en particulier pour les enfants, et contribue à la sécurité alimentaire et à la résilience, tout en soutenant les moyens de subsistance et les modes de vie de millions de personnes à travers le Soudan.

Depuis le début du conflit, la FAO a vacciné 7,3 millions d'animaux dans tout le pays, venant en aide à 530 000 ménages (2,6 millions de personnes). Ce chiffre comprend les 3,6 millions d'animaux vaccinés depuis novembre 2025, au bénéfice de 105 000 ménages. La FAO estime que ces interventions ont permis d'éviter de perdre 82 millions de litres de lait, ce qui équivaut à la consommation quotidienne d'un verre de lait pendant un an pour environ 754 000 enfants âgés de moins de 5 ans.

Cependant, avec seulement 6 pour cent environ du cheptel national couvert, ces initiatives n'ont pour l'instant fait qu'effleurer les besoins réels.

5. La crise risque de tomber dans l'oubli

Une jeune élève de l'École rurale pour femmes examine le champ de sorgho, afin de comprendre concrètement comment les semences améliorées contribuent à de meilleurs rendements. ©FAO/Shuaib Shamrouk

La réalité est difficile: le monde affronte simultanément de multiples crises, qui réclament toutes notre attention. Cependant, à l'heure où d'autres crises font la une des journaux, la souffrance du peuple soudanais ne doit pas être ignorée ni oubliée.

Le financement de l'action humanitaire diminue dans un contexte où les facteurs à l'origine de la plus grande crise alimentaire au monde persistent. Les conflits, les déplacements et les pressions économiques continuent d'exacerber la faim et les besoins humanitaires à des niveaux sans précédent.

Le rétablissement et le maintien de la production agricole demeurent l'un des meilleurs remparts contre la faim et la malnutrition. L'aide agricole d'urgence présente un bon rapport coût-efficacité, a des effets concrets et répond exactement à ce que demandent les communautés touchées: les moyens de subvenir à leurs propres besoins, de rester chez elles dans la mesure du possible et de prendre en main leur propre relèvement.

Entre mars et décembre 2026, la FAO prévoit d'apporter une aide d'urgence à 7,5 millions de personnes à travers le Soudan. L'Organisation cherche à mobiliser d'urgence 75 millions d'USD pour stimuler la production alimentaire, protéger les animaux d'élevage et aider le secteur agricole à se relever avant que le conflit ne réduise à néant les acquis obtenus au fil des générations.

FAO - Food and Agriculture Organization of the United Nations published this content on April 15, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on April 28, 2026 at 13:33 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]