01/17/2026 | News release | Distributed by Public on 01/17/2026 09:55
C'est au Methodist Central Hall, là même où s'était tenue la toute première Assemblée générale, le 10 janvier 1946, que le chef de l'ONU a prononcé ce discours commémoratif. Un choix lourd de symboles. « Soyez assez audacieux pour changer. Assez audacieux pour retrouver le courage de ceux qui, il y a quatre-vingts ans, se sont réunis dans cette salle pour forger un monde meilleur », a-t-il lancé aux participants.
Quatre mois après la fin de la seconde guerre mondiale, les délégués de 51 pays s'étaient retrouvés dans ce bâtiment, au cœur d'un Londres dévasté par le Blitz, l'implacable campagne de bombardement aérien de l'Allemagne nazie contre la capitale britannique. « Pour atteindre cette salle, les délégués ont dû traverser une ville marquée par la guerre », a rappelé M. Guterres. « Le palais de Buckingham, l'abbaye de Westminster et la Chambre des communes avaient été bombardés par la Luftwaffe ».
Au plus fort des frappes, le Methodist Central Hall avait servi d'abri antiaérien. « Tandis que les bombes tombaient, des civils terrifiés se réfugiaient ici, dans les sous-sols […] l'un des plus vastes abris antiaériens publics de Londres », a-t-il souligné. Jusqu'à 2 000 personnes y trouvaient refuge, avant que les nations du monde ne s'y rassemblent, en 1946, pour « préserver les générations futures du fléau de la guerre ».
« À bien des égards, cette salle est une incarnation concrète de ce que sont les Nations Unies : un lieu où l'on place sa confiance - pour la paix, pour la sécurité, pour une vie meilleure », a-t-il ajouté.
En huit décennies, l'ONU est passée de 51 à 193 États membres. L'Assemblée générale demeure, selon le Secrétaire général, « le parlement de la famille des nations. Un forum où chaque voix peut être entendue, un creuset du consensus et un phare de la coopération ». Un idéal, concède-t-il, dont la mise en œuvre est souvent chaotique : « Un miroir de notre monde, de ses divisions et de ses espoirs. Et la scène sur laquelle se joue notre histoire commune ».
Mais le monde de 2026 n'est plus celui de l'après-guerre. « Les conflits à Gaza, en Ukraine et au Soudan ont été d'une brutalité et d'une cruauté sans mesure », a-t-il rappelé, tandis que l'intelligence artificielle s'est imposée « presque du jour au lendemain » et que la pandémie a attisé « les feux du nationalisme », freinant les progrès sur le développement et le climat.
L'année 2025, a-t-il insisté, a marqué un tournant sombre. « L'aide a été amputée. Les inégalités se sont creusées. Le chaos climatique s'est accéléré. Le droit international a été bafoué. » Les journalistes ont été « tués dans l'impunité », et le personnel de l'ONU « menacé - ou tué - dans l'exercice de ses fonctions ».
Dans le même temps, les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 700 milliards de dollars, selon l'ONU, tandis que les profits des énergies fossiles continuent d'augmenter, au moment même où la planète bat des records de chaleur. « Dans le cyberespace, les algorithmes ont récompensé les mensonges, alimenté la haine et fourni aux régimes autoritaires de puissants instruments de contrôle », a-t-il encore dénoncé.
Face à ces dérives, M. Guterres a plaidé pour un multilatéralisme « solide, réactif et correctement doté », tout en avertissant que ses valeurs « sont mises à mal ». Il a cité en exemple l'accord international sur la protection de la biodiversité marine en haute mer, qui entre en vigueur ce samedi, salué comme un « modèle de diplomatie moderne, guidée par la science », associant gouvernements, société civile, peuples autochtones et communautés locales.
« Ces victoires discrètes de la coopération internationale - les guerres évitées, les famines empêchées, les traités essentiels conclus - ne font pas toujours la une des journaux. Pourtant, elles sont bien réelles. Et elles comptent », a-t-il souligné.
À Londres, le Secrétaire général a également salué le rôle historique du Royaume-Uni dans la création de l'ONU et son soutien actuel à l'organisation, après un entretien avec le Premier ministre Keir Starmer à Downing Street.
Regardant vers l'avenir, António Guterres a appelé à une réforme en profondeur du système international, du financement mondial au Conseil de sécurité. « À mesure que les centres de pouvoir mondiaux évoluent, nous avons la possibilité de bâtir un avenir soit plus juste - soit plus instable. »
Il a conclu en rappelant que les fondateurs de l'ONU portaient encore « les stigmates visibles de la guerre ». Et en rejetant une idée qu'il juge dangereuse : « Il existe un mythe persistant […] selon lequel la paix serait naïve. »
« Mais les fondateurs des Nations Unies n'étaient pas coupés des réalités. Bien au contraire : ils savaient que la paix, la justice et l'égalité sont les quêtes les plus courageuses, les plus pragmatiques et les plus indispensables qui soient ».