06/23/2026 | News release | Distributed by Public on 06/23/2026 13:38
Mais à en croire Valentine Rugwabiza, la cheffe de la mission de maintien de la paix de l'ONU déployée dans le pays, cette embellie n'autorise pas encore le désengagement. Elle impose au contraire une transition délicate afin de transformer les succès politiques et sécuritaires obtenus sous protection internationale en capacités nationales capables de lui survivre.
C'est ce message qu'elle a adressé mardi devant le Conseil de sécurité. Quatre ans après sa prise de fonctions à la tête de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), Mme Rugwabiza s'est félicitée des « progrès remarquables et tangibles vers une paix et une sécurité durables » accomplis par le pays.
Le changement est réel. L'achèvement au mois d'avril du cycle électoral entamé en 2025, avec le second tour des élections législatives, régionales et municipales, marque une rupture dans un pays où les scrutins ont longtemps servi de déclencheurs aux affrontements armés. La reconduction du président Faustin-Archange Touadéra pour un troisième mandat, l'installation du nouveau parlement et l'entrée en fonction du premier gouvernement de la septième République centrafricaine témoignent d'une consolidation institutionnelle que Mme Rugwabiza juge suffisamment solide pour ouvrir une nouvelle phase.
Le symbole est d'autant plus fort que cette normalisation gagne aussi la vie politique locale. Près de la moitié des conseillers municipaux élus sont désormais des femmes, un résultat inédit qui illustre, selon la cheffe de la MINUSCA, un élargissement progressif de la participation à la vie publique.
Mais cette stabilisation demeure inachevée. Aux marges du territoire, les lignes de fracture régionales continuent de menacer les acquis. Au nord-est, la guerre au Soudan déborde désormais sur le territoire centrafricain à travers des incursions armées visant des civils, notamment dans la préfecture de la Vakaga. Au sud-est, le groupe armé Azandé Ani Kpi Gbe (AAKG) poursuit attaques et enlèvements dans les préfectures du Haut-Mbomou et du Mbomou.
Cette fragilité explique le virage engagé par la MINUSCA. Après plus d'une décennie de présence, la mission se réorganise afin d'être, selon sa cheffe, « plus agile et mobile pour se concentrer sur les zones les plus fragiles ».
Depuis le début de l'année, 21 de ses bases ont été fermées, plusieurs bureaux régionaux ont disparu, des positions de sécurité à Bangui ont été transférées aux forces nationales et sept bases ont déjà été officiellement remises aux autorités centrafricaines. La mission remplace progressivement une présence territoriale permanente par un dispositif plus dynamique, concentré sur les régions où les risques demeurent les plus élevés.
L'objectif est d'étendre durablement l'autorité de l'État sans créer un vide sécuritaire. La MINUSCA a été déployée dans le pays en 2014 après la prise du pouvoir par la force de la Séléka, une coalition musulmane désormais dissoute. Les exactions alors commises par le groupe et par les milices anti-Balaka qui s'y opposaient, à dominante chrétienne, ont plongé la Centrafrique dans une spirale de violences communautaires dont les effets se font encore sentir aujourd'hui.
Suite à la signature d'un accord de paix en 2019 entre le gouvernement et 14 groupes armés, 11 d'entre eux ont été officiellement dissous, y compris deux des mouvements les plus actifs, l'Unité pour la paix en Centrafrique (UPC) et le groupe Retour, réclamation et réhabilitation (3R).
Toutefois, une partie du territoire demeure sous le contrôle des milices.
C'est là que se situe, aux yeux de l'ONU, le véritable défi.
La sécurité ne se transfère pas par décret. Elle suppose des forces capables d'être déployées durablement dans les régions reculées, des infrastructures, une logistique, des moyens de mobilité, des officiers formés, ainsi que des mécanismes de gouvernance et de contrôle suffisamment solides pour garantir l'action des forces de défense et de sécurité.
Valentine Rugwabiza résume cet enjeu dans une mise en garde qui dépasse largement le seul cas centrafricain. « Il est nécessaire de disposer d'un plan complet et détaillé pour combler les lacunes critiques des capacités du secteur de la sécurité [...]. C'est essentiel pour que le transfert progressif des tâches sécuritaires de la MINUSCA aux forces nationales de défense et de sécurité ne risque pas d'entraîner une remise en cause stratégique des acquis en matière de sécurité ».
L'équation est connue de nombreuses opérations de maintien de la paix : rester trop longtemps nourrit la dépendance ; partir trop tôt risque d'effacer des années d'investissements. C'est désormais sur ce terrain que se jouera l'héritage de la MINUSCA.
POUR EN SAVOIR PLUS, lire, ci-dessous, la couverture en direct assurée par nos collègues de la Section de la couverture des réunions des Nations Unies :