03/03/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/03/2026 07:56
Le Conseil de l'Europe a publié deux rapports concernant la Hongrie, l'un de ses États membres. Le premier porte sur les 13 minorités nationales qui vivent dans ce pays, tandis que le second examine la situation des langues minoritaires en Hongrie, notamment le beás et le romani.
Pour ce qui est des minorités nationales, il s'agit du sixième rapport du Comité consultatif du Conseil de l'Europe sur la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales concernant la Hongrie. Le Comité consultatif y prend acte de l'engagement constant du pays à protéger les minorités reconnues sur son territoire, tout en appelant à une action renforcée pour garantir une égalité et une participation pleines et effectives de toutes les communautés. Il salue la solidité du cadre juridique hongrois et l'augmentation des financements alloués aux administrations autonomes des minorités, qui soutiennent les initiatives culturelles et gèrent les institutions éducatives et culturelles des minorités. De nombreux représentants des minorités ont fait part de leur satisfaction quant aux mesures de soutien en place.
Dans le même temps, le Comité consultatif souligne la nécessité d'une plus grande reconnaissance publique des contributions des minorités à la société hongroise, notant que le soutien se limite souvent à des aspects symboliques ou folkloriques, au lieu de favoriser l'inclusion sociale et économique au quotidien. L'avis appelle donc à redoubler d'efforts dans le domaine de l'éducation et des médias pour promouvoir le dialogue interculturel et le respect mutuel.
Une discrimination qui persiste à l'égard des Roms
La situation des communautés roms demeure préoccupante. Les Roms continuent de subir des écarts structurels dans les domaines de l'éducation, de l'emploi, du logement et de la santé, et sont confrontés à une discrimination persistante. La ségrégation scolaire est répandue et nécessite une action urgente et pérenne, notamment des politiques globales de déségrégation et une meilleure coordination entre les autorités nationales et locales.
Le Comité consultatif exprime des inquiétudes concernant la méthodologie employée pour le recensement et les projets de recensement fondé sur les registres, soulignant l'importance de disposer de données fiables en matière d'égalité pour que les politiques reposent sur des données probantes. Il note en outre que les récentes réformes institutionnelles ont rendu le cadre de lutte contre la discrimination plus complexe et moins accessible pour le grand public.
Malgré les garanties juridiques et politiques en place, les droits linguistiques des minorités sont rarement exercés dans la pratique, notamment en raison du manque d'enseignants qualifiés et de la faible présence des langues minoritaires. Des difficultés persistent également pour ce qui est d'assurer la participation effective des minorités à la prise de décisions, en particulier pour les minorités nationales dont la population est moins nombreuse.
Les principales recommandations prioritaires adressées aux autorités hongroises sont notamment les suivantes : promouvoir activement la tolérance ; mettre fin à la ségrégation scolaire et améliorer l'éducation des élèves roms ; dialoguer avec les communautés exprimant la volonté d'être reconnues dans le cadre de la Convention-cadre ; améliorer les politiques d'inclusion des Roms ; mieux poursuivre les infractions motivées par la haine et promouvoir l'emploi public des langues minoritaires.
Des progrès solides, mais davantage de mesures nécessaires pour protéger les langues minoritaires
De son côté, le Comité d'experts de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires du Conseil de l'Europe a publié son huitième rapport d'évaluation sur la Hongrie, qui rend compte des évolutions en matière de protection et de promotion des langues minoritaires et énonce de nouvelles mesures à prendre pour poursuivre les progrès.
Il est noté dans le rapport que la Hongrie s'appuie sur un solide cadre juridique et institutionnel en faveur des minorités nationales et de l'utilisation des langues minoritaires. Les autorités entretiennent un dialogue continu avec les représentants des minorités, tandis que les administrations autonomes des minorités jouent un rôle central dans la promotion de leur culture et des langues dont elles sont l'expression dans tout le pays. L'enseignement de/en langue minoritaire est bien développé, des réseaux de jardins d'enfants et d'écoles assurant un enseignement dans les langues minoritaires, un enseignement bilingue ou un enseignement de la plupart des langues protégées au titre de la Charte. Les langues minoritaires sont présentes dans la vie culturelle grâce aux musées, aux théâtres, aux centres de documentation et à de nombreuses initiatives menées à l'échelon local. Par ailleurs, le Comité d'experts salue la décision de la Hongrie d'étendre les mesures de protection prévues par la Charte au beás et au romani, ce qui traduit un engagement constant en faveur de la diversité linguistique.
Néanmoins, les progrès ont été inégaux. Dans la pratique, les langues minoritaires sont rarement utilisées devant les tribunaux ou dans les échanges avec les autorités administratives, malgré les possibilités prévues par la législation à cet égard. L'enseignement dans les langues minoritaires et l'enseignement bilingue se heurtent à des difficultés d'ordre pratique, notamment à un manque de manuels scolaires et à une pénurie d'enseignants capables d'enseigner dans les langues minoritaires. La radio et la télévision publiques diffusent des émissions pour les minorités, mais le temps d'antenne à la télévision reste limité et des difficultés techniques nuisent à la réception radio. Des mesures proactives sont encouragées pour veiller à ce que les langues minoritaires soient utilisées dans la sphère publique et transmises aux jeunes générations.
Parmi les mesures prioritaires que doivent prendre les autorités hongroises figurent les mesures suivantes : élaborer des stratégies spécifiques pour les différentes langues ; renforcer l'enseignement dans les langues minoritaires et accroître le nombre d'enseignants qualifiés ; développer l'offre éducative pour le beás et le romani ; faciliter l'utilisation des langues minoritaires dans les contacts avec les autorités administratives et améliorer l'offre médiatique dans les langues minoritaires.
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La Convention-cadre pour la protection des minorités nationales est le traité européen le plus complet en matière de protection des droits des personnes appartenant à des minorités nationales. Il s'agit du premier instrument multilatéral juridiquement contraignant consacré à la protection des minorités nationales dans le monde. Sa mise en œuvre fait l'objet d'un suivi, assuré par un Comité consultatif composé d'experts indépendants. Ayant pris effet au 1er février 1998, ce traité est aujourd'hui en vigueur dans 38 États.
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La Charte européenne des langues régionales ou minoritaires est la convention du Conseil de l'Europe qui protège et promeut les langues régionales ou minoritaires traditionnellement parlées dans les États parties. Elle permet aux locuteurs de ces langues de les utiliser à la fois dans la vie privée et la vie publique. Sa mise en œuvre est contrôlée par un Comité d'experts, qui est indépendant. Ayant pris effet au 1er mars 1998, ce traité est aujourd'hui en vigueur dans 25 États.
Lire l'intégralité du rapport sur les langues minoritaires en Hongrie
Lire l'intégralité du rapport sur les minorités nationales en Hongrie