01/19/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/20/2026 01:34
Madame la présidente,Retour ligne automatique
Mesdames et Messieurs les députés,Retour ligne automatique
Monsieur le président de la commission des affaires étrangères,
L'année 2026 s'est ouverte avec fracas. Elle nous a fait entrer de plain-pied dans un monde marqué par la brutalisation des relations internationales. Un monde où l'usage de la force redevient un instrument assumé de politique étrangère. Un monde où les règles patiemment construites sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale sont de plus en plus souvent contournées, relativisées, parfois même ouvertement bafouées.
À l'aube du 3 janvier, une opération militaire menée par les États-Unis à Caracas a conduit à la capture et à l'exfiltration du président vénézuélien Nicolás Maduro. Cet événement, spectaculaire par sa forme, est lourd de conséquences. Il appelle de notre part une parole claire, cohérente et responsable.
La position de la France est d'abord une position de lucidité. Nicolás Maduro était un dictateur sans scrupules, qui a confisqué les libertés fondamentales de son peuple, étouffé toute opposition politique, accaparé la rente pétrolière pour asseoir son pouvoir personnel, piétiné le processus électoral pour se maintenir en place.
Cette réalité s'est imposée lors du scrutin présidentiel du 28 juillet 2024, dont les résultats n'ont jamais été rendus publics. Aucun procès-verbal d'aucun bureau de vote ! La France, avec constance, avait appelé à la transparence totale du processus électoral, seule à même de garantir la sincérité du scrutin et le respect de la volonté des électeurs.
À l'issue de ce scrutin manipulé, la répression fut immédiate et violente. En quelques jours, près de 2.500 personnes furent arrêtées et 27 perdirent la vie. Cette répression systématique, décidée au plus haut niveau de l'État, a conduit le bureau du procureur de la Cour pénale internationale à enquêter sur les crimes commis au Venezuela depuis 2014. Cette enquête vise aussi les allégations graves de crimes contre l'humanité concernant les faits survenus après l'élection de juillet 2024. Sans parler des conditions de détention indignes qui prévalaient dans les prisons vénézuéliennes. Symbole de ce système carcéral inhumain, la prison de Rodeo 1, à Zamora, dans l'est de Miranda, restera tristement célèbre pour avoir accueilli des dizaines de citoyens européens, détenus arbitrairement, y compris l'un de nos compatriotes que j'ai accueilli en novembre dernier sur le sol français après sa libération. Ces réalités disent beaucoup de la nature du régime.
C'est la raison pour laquelle le Président de la République a exprimé clairement la solidarité de la France avec le peuple vénézuélien, enfin débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro. Notre voix est constante, elle est cohérente. Depuis des années, nous avons dénoncé la répression des voix dissidentes, les détentions arbitraires, les atteintes répétées à l'État de droit. Et nous en avons subi les conséquences puisqu'en janvier 2025, la France a été visée par une mesure d'expulsion de la majorité de son personnel diplomatique à Caracas.
En dix ans, près de huit millions de Vénézuéliennes et de Vénézuéliens ont quitté leur pays. Cet exode massif est le symptôme le plus implacable d'un échec patent sur le plan politique, économique et moral. Aucun démocrate sincère ne peut pleurer le départ de Nicolás Maduro.
Dire la vérité sur la nature du régime déchu ne nous dispense pas de dire la vérité sur la méthode employée pour le faire tomber. La France a rappelé avec force que l'opération militaire menée à Caracas contrevenait aux principes fondamentaux du droit international. Elle a dérogé aux principes fondamentaux de la Charte des Nations unies, et en particulier le respect de l'indépendance et de l'intégrité territoriale des États.
Certes, l'usage de la force existe dans le droit international. La France l'a démontré elle-même récemment, il y a quelques semaines encore, lorsqu'elle a frappé avec ses moyens militaires des groupes terroristes en Syrie, et notamment Daech. Mais cet usage est strictement encadré. Dans un monde sans règles, la seule loi qui prévaut, c'est celle de la jungle.
Mesdames et Messieurs les députés, Retour ligne automatique
Un monde soumis à la loi du plus fort, la France s'y prépare. Nous nous y préparons.
En nous réarmant sur le plan militaire pour garantir notre sécurité et celle de l'Europe. C'est le sens de l'effort budgétaire que nous avons engagé pour nos armées, porté par le Premier ministre et par la ministre des armées. C'est le sens de la consolidation de notre base industrielle et technologique de défense. C'est le sens de l'autonomie stratégique que nous défendons avec ardeur auprès nos partenaires européens.
En nous réarmant sur le plan économique, pour réduire nos dépendances stratégiques et échapper à la dépendance que nous avons laissé s'installer vis-à-vis d'autres régions du monde.
En nous réarmant enfin moralement, pour être prêts à résister à cette brutalité qui s'installe. Résister à la tentation du renoncement et à l'esprit de défaite.
La France ne peut se résoudre à la brutalisation du monde. C'est pourquoi elle continuera de défendre les principes qui fondent la paix et la stabilité internationales. Ces principes que les peuples du monde ont inscrits dans la Charte des Nations unies, le 26 juin 1945, et qui sont les seuls à nous prémunir du fléau de la guerre.
Nous avons rappelé cette position, le 5 janvier dernier, devant le Conseil de sécurité. Car ce sont bien la paix et la sécurité internationales qui sont fragilisées par cette brutalisation du monde. Nous vivons un paradoxe dangereux : les puissances qui ont imaginé l'ordre international tel que nous le connaissons considèrent aujourd'hui qu'elles ont plus à gagner à le violer qu'à le protéger. Ce n'est pas notre conception et ce ne le sera jamais.
Alors que faire ? D'abord, sur place, notre priorité immédiate a été et demeure la protection de nos 2.000 compatriotes présents au Venezuela. Malgré un retour relatif au calme, nous continuons de déconseiller formellement tout déplacement dans le pays.
À travers ses six collectivités dans les Amériques, la France est un pays américain et caribéen. Cela renforce évidemment notre engagement pour la stabilité de la région.
L'Europe et l'Amérique latine ont tout à gagner à conjuguer leurs forces face aux défis du siècle : défense de l'ordre international fondé sur le droit, transitions écologique et numérique, lutte contre les inégalités et contre la criminalité organisée.
C'est dans cet esprit que je me suis rendu dans la région en novembre 2025, aux côtés du Président de la République, pour renforcer nos partenariats stratégiques, la lutte contre le narcotrafic, priorité majeure pour notre sécurité intérieure comme pour la stabilité régionale.
Au Venezuela, les autorités intérimaires ont fait part de leur souhait de renouer des relations apaisées avec les pays européens. La France, avec l'Allemagne, a plaidé pour des mesures de réconciliation concrètes, au bénéfice direct de la population. La libération de plusieurs prisonniers politiques, survenue au cours des derniers jours, constitue un signal positif, que nous saluons avec prudence.Retour ligne automatique
La France a renouvelé sa disposition à faciliter la reprise du dialogue entre tous les acteurs vénézuéliens, y compris l'opposante María Corina Machado. Les mots de son discours, lu à Stockholm par sa fille, résonnent bien au-delà des frontières : « Ce que nous, Vénézuéliens, pouvons offrir au monde, c'est cette leçon apprise au terme d'un long chemin éprouvant : la démocratie n'existe que si nous sommes prêts à lutter pour la liberté. Car la liberté est un choix, un choix qui doit être renouvelé chaque jour et qui se mesure à l'aune de notre détermination et de notre courage. »
Notre souhait pour le Venezuela est clair : une transition pacifique et démocratique. La première étape est la libération des prisonniers politiques. La seconde, une transition respectueuse de la volonté exprimée par le peuple vénézuélien il y a un an, lorsqu'il a élu un président, Edmundo González Urrutia, qui devra jouer un rôle central dans cette phase de reconstruction nationale.Retour ligne automatique
Aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l'extérieur. Il appartient au peuple vénézuélien de trouver sa propre voie vers un avenir stable et prospère. La France, dont l'ambassade à Caracas n'a jamais fermé ses portes, restera présente et engagée. Je veux saluer devant vous le travail de nos agents, qui a permis d'assurer la sécurité de la communauté française et de maintenir un lien essentiel avec la société vénézuélienne.
La France s'est tenue aux côtés du peuple vénézuélien, dont les besoins sont immenses, et elle le restera. Sur le plan humanitaire, nous avons soutenu des distributions de repas dans les cantines scolaires, des programmes de santé, de prévention des cancers, de formation médicale. Sur le plan culturel, les liens sont demeurés vivants grâce aux Alliances françaises, au Lycée français de Caracas, aux festivals de cinéma français dans tout le pays. Grâce à la musique aussi, qui résonne sous la baguette du chef d'orchestre Gustavo Dudamel, qui a dirigé l'orchestre de l'Opéra de Paris et celui de Radio France, lors de la réouverture de Notre-Dame de Paris. Ces liens culturels sont précieux. Les perspectives économiques existent également dans un pays qui comptait encore plus d'une centaine d'entreprises françaises au début des années 2010. Le renforcement de nos liens dépendra toutefois du retour de notre personnel diplomatique expulsé et de la poursuite résolue vers une transition démocratique.
Mesdames et Messieurs les députés,
Ce qu'il s'est passé au Venezuela doit nous aider à dessiller les yeux. Face à la multiplication des crises, la France fait le choix constant de la coopération plutôt que de la confrontation, du droit plutôt que de la force.
Nous l'avons fait, lorsqu'après un an de travail, la résolution que nous avons présentée à l'Assemblée générale des Nations unies, condamnant le Hamas et ses crimes, appelant à son désarmement, dessinant les contours d'une intégration régionale, et garantissant le droit du peuple palestinien à l'autodétermination, a été adoptée par 142 voix contre 10, c'est-à-dire à l'écrasante majorité des nations du monde.
Nous l'avons fait lorsque sur ce socle patiemment bâti, nous avons reconnu l'État de Palestine, et entraîné dans notre sillage dix autres pays, dont le Royaume-Uni, le Canada et l'Australie.
Nous l'avons fait lorsque nous avons formé, à l'initiative du Président de la République, une coalition de volontaires. Plus de 30 pays, réunis la semaine dernière encore à Paris, des États d'Europe, d'Amérique du Nord, d'Océanie et d'Asie qui, pour la première fois depuis des décennies, ont défini ensemble une planification militaire crédible et robuste pour que la paix, une fois conclue, puisse être garantie en Ukraine.
Nous le faisons aussi, en prenant très au sérieux les déclarations récentes du président américain concernant le Groenland. Nous le redisons ici avec force : le Groenland est un territoire européen. Il n'est ni à vendre ni à prendre. Le Président de la République l'a dit devant les ambassadrices et les ambassadeurs réunis il y a quelques jours à Paris : « Nous refusons le nouveau colonialisme et le nouvel impérialisme. Nous refusons la vassalisation et le défaitisme. » C'est cette ligne de fermeté, de cohérence et de fidélité à nos principes que la France continuera de porter, pour le Venezuela, pour l'Europe et pour l'ordre international fondé sur le droit, sans lequel il n'y a ni paix, ni liberté véritable.
Je vous remercie.