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02/03/2026 | Press release | Distributed by Public on 02/03/2026 09:17

Fiona, de retour de Cuba : « Les sanctions US sont une attaque directe contre la vie humaine »

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Fiona, de retour de Cuba : « Les sanctions US sont une attaque directe contre la vie humaine »

Fiona Pestieau, étudiante en dernière année de médecine et présidente de Comac (mouvement étudiant du PTB) à Erasme, revient d'un stage de quatre semaines à La Havane. Entre un blocus qui prive les hôpitaux de médicaments de base et les nouvelles sanctions de l'administration Trump visant à paralyser l'énergie du pays, la situation est critique. Mais le peuple cubain résiste. Témoignage.

Mardi 3 février 2026

Fiona Pestieau, étudiante en dernière année de médecine et présidente de Comac Erasme, lors de son stage à Cuba.

Fiona est arrivée quelques heures avant le kidnapping de Maduro par les États-Unis qui a pour but de déstabiliser le Venezuela voisin, mais aussi toute la région. « Le timing parfait... », ironise-t-elle aujourd'hui. Alors que les tensions internationales s'intensifient et que le risque de déstabilisation, voire d'invasion par les USA, plane sur l'île, la future médecin souligne l'urgence d'une solidarité internationale active pour protéger le système de santé et la souveraineté de Cuba.

Qu'est-ce qui vous a mené à ce stage à Cuba ?

Fiona Pestieau. Je termine actuellement mes études de médecine et je suis engagée comme présidente de la section de Comac à Erasme, campus santé de l'ULB. Mon projet professionnel est de devenir médecin généraliste et de travailler à Médecine pour le Peuple (réseau de maisons médicales, NdlR).

Pour notre dernier quadrimestre, nous avions la possibilité d'effectuer un stage libre à l'étranger. Un ami étudiant qui avait déjà fait un stage là-bas m'avait parlé de l'excellence clinique des médecins cubains. J'ai saisi cette dernière occasion pour découvrir par moi-même leur système de santé, reconnu comme un des meilleurs au monde.

Vous aviez déjà visité l'île en 2023. Qu'est-ce qui a changé depuis ?

Fiona Pestieau. Ce qui m'a le plus frappée, c'est la dégradation rapide de la situation matérielle. Les rues de La Havane sont beaucoup plus sales car les camions de poubelles ne passent plus, faute de pétrole, ce qui entraîne une prolifération de moustiques et de maladies.

Le coût de la vie a explosé : un simple paquet de café coûte désormais 2 500 pesos, alors que le salaire moyen est de 5 000 pesos. C'est comme si nous payions la moitié de notre salaire pour un seul paquet de café.

Malgré cette précarité, les Cubains font preuve d'une résilience incroyable et restent tournés vers l'entraide et les solutions collectives.

En tant qu'étudiante en médecine, comment avez-vous vécu le manque de moyens dans les hôpitaux ?

Fiona Pestieau. C'est un sentiment de frustration immense. Le blocus empêche l'importation de médicaments essentiels. Aux urgences, j'ai vu des pénuries de Salbutamol, médicament nécessaire aux asthmatiques et, certains jours, nous n'avions même plus d'antidouleurs. J'ai été marquée par des patientes souffrant de coliques néphrétiques, une douleur atroce, que nous ne pouvions pas soulager immédiatement. Il fallait attendre que la famille trouve des médicaments sur le marché noir ou espérer une livraison.

On sent que le principe de gratuité de la santé est menacé par ce blocus, car les gens doivent de plus en plus se débrouiller seuls pour acheter leurs antibiotiques dans la rue. C'est terrible de voir quelqu'un souffrir et de ne rien pouvoir faire alors qu'ici, nous avons tout à disposition.

Quel est l'impact concret des coupures d'électricité sur la population ?

Fiona Pestieau. Ce n'est pas seulement une question de lumière. Lors de ma troisième semaine, nous avons subi des coupures de plus de 10 heures par jour. Sans électricité, il n'y a plus de réseau téléphonique pour communiquer, la viande pourrit dans les congélateurs, et il n'y a plus de ventilateur alors qu'il fait 30 ou 40 degrés en été. Ce n'est pas un détail : vivre sous cette chaleur sans air est épuisant. Plus grave encore, j'ai vu une maison prendre feu à La Havane à cause d'un incident électrique provoqué par ces coupures répétées.

Le manque de pétrole paralyse tout le pays : la production agricole chute faute d'engrais et de machines, et les transports sont à l'arrêt, créant des files interminables devant les stations-service.

Vous étiez sur place lors de l'enlèvement du président du Venezuela, pays historiquement très proche de Cuba. Comment avez-vous perçu la réaction cubaine face aux menaces américaines ?

Fiona Pestieau. Je suis arrivée juste au moment de l'enlèvement de Maduro au Venezuela. Dès le lendemain matin, en seulement trois heures, des milliers de Cubains se sont rassemblés devant l'ambassade des États-Unis à La Havane pour protester. C'était impressionnant.

Les Cubains ont une conscience politique très aiguisée : ils savent que si les États-Unis attaquent le Venezuela, c'est pour faire tomber Cuba ensuite, car les deux pays s'entraident, notamment pour le pétrole. Il y a une réelle inquiétude, mais aussi une fierté historique. Lors de la Marche des Flambeaux (Marcha de las Antorchas, en mémoire de l'anniversaire du héros de l'indépendance José Martí, NdlR), la présidente de la Fédération des étudiants a affirmé haut et fort que leur génération ne se soumettrait jamais à l'impérialisme américain.

Trump menace maintenant tous les pays qui livrent du pétrole à Cuba de tarifs douaniers de 100 %...

Fiona Pestieau. Viser délibérément l'approvisionnement en pétrole, comme le fait Trump, c'est criminel. Le but est de paralyser les hôpitaux et la production alimentaire. Une population qui ne peut plus se nourrir correctement et qui n'a plus accès à ses traitements pour la tension ou le diabète est une population condamnée à mourir plus jeune. C'est une attaque directe contre la vie humaine.

De plus, j'ai constaté une guerre de l'information agressive : sur les réseaux sociaux comme Instagram, les algorithmes diffusent massivement des messages appelant à la chute du gouvernement pour déstabiliser les esprits.

Quel message souhaitez-vous transmettre depuis votre retour ?

Fiona Pestieau. Nous ne devons pas abandonner Cuba. Les médecins là-bas continuent de se battre chaque jour avec un courage exemplaire malgré le manque de matériel. C'est une leçon de dignité. En Belgique, nous devons relayer les campagnes de solidarité, comme celle de l'association Cubanismo ou de Médecine pour le Peuple qui soutient une polyclinique locale.

Soutenir Cuba aujourd'hui, c'est s'opposer à l'impérialisme et défendre un peuple qui, malgré les menaces d'invasion et l'asphyxie économique, refuse de baisser les bras.

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PTB - Parti du Travail de Belgique published this content on February 03, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on February 03, 2026 at 15:17 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]