RSF - Reporters sans frontières

08/13/2026 | Press release | Distributed by Public on 08/14/2026 10:57

Éthiopie : RSF dénonce l’escalade des pressions et intimidations contre le média indépendant Addis Standard

Enlèvement, perquisition, confiscation d'équipements… depuis le début du mois d'août, le média indépendant Addis Standard fait face à une nouvelle série d'attaques qui s'apparentent à des actes d'intimidation visant à entraver son travail. Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités éthiopiennes à mettre un terme à ce harcèlement et à restituer les équipements saisis.

Pour le site d'information Addis Standard, l'été n'est pas un long fleuve tranquille. Depuis le début du mois d'août, la rédaction fait face à une série d'actes d'intimidations.

Le 1er août, le rédacteur en chef du média en ligne, Yonas Kedir, est enlevé par des hommes armés, habillés en civil et masqués, puis interrogé pendant près de 24 heures, notamment sur les récentes publications de son média. Les ravisseurs du journaliste ont également fouillé son domicile. Yonas Kedir indique, dans un témoignage écrit consulté par RSF, "avoir été accusé de vendre le pays" et a vu son téléphone et son ordinateur "être confisqués". Il assure également avoir vu, lors de sa remise en liberté, une plaque d'immatriculation destinée aux véhicules militaires durant l'interrogatoire, et qu'un individu a précisé vouloir fouiller les locaux du média le lendemain.

Chose faite le 2 août. Selon le communiqué de la société éditrice du média, Jakenn Publications, des "membres des services de sécurité et de renseignement" se sont rendus dans les locaux d'Addis Standard et ont saisi du matériel, notamment plusieurs caméras 4K, des batteries et des microphones. Et la pression est encore montée d'un cran le 3 août : le bailleur hébergeant le média depuis 16 ans lui a transmis un avis d'expulsion sous trois jours, sans motif. Une décision qui aurait été prise "sous la contrainte de la police", selon le même communiqué, et qui fait l'objet d'un recours judiciaire de la part du média.

"En l'espace de quelques jours, l'acharnement contre le très réputé média Addis Standard a franchi un nouveau cap : après l'enlèvement de son rédacteur en chef, détenu près de 24 heures pendant que son domicile était fouillé et que son matériel professionnel était "confisqué", et après un raid dans ses locaux et la saisie de son matériel le lendemain, c'est une expulsion du bâtiment où se trouvent ses bureaux qui le vise. Ce qui s'apparente vraisemblablement à une escalade des intimidations contre ce média indépendant, qui intervient alors que le média conteste devant la justice le retrait arbitraire de sa licence prononcé en février, illustre une stratégie d'asphyxie méthodique de l'un des derniers médias indépendants du pays. RSF dénonce ce harcèlement et appelle les autorités éthiopiennes à mettre immédiatement fin à ces mesures d'intimidation et à restituer les équipements saisis.

Jeanne Lagarde
Responsable plaidoyer du bureau Afrique subsaharienne de RSF

Un média régulièrement dans le viseur dans un paysage médiatique contraint

Le média Addis Standard est de nouveau dans le viseur des autorités depuis le début de l'année. Son responsable éditorial, Million Beyene, avait été enlevé et détenu par des "membres des services de renseignement", selon les révélations de son média, pendant près de deux semaines en avril 2026. Deux mois plus tôt, l'autorité éthiopienne des médias avait retiré la licence du média, affirmant que ce dernier avait "porté atteinte aux intérêts nationaux". Une décision contestée en justice, qui reste ainsi en suspens.

En juin 2021, durant la guerre du Tigré, l'organe de régulation avait déjà suspendu la licence d'Addis Standard, en l'accusant notamment d'avoir servi de plateforme à un "groupe terroriste".

Regain de pressions sur les médias

Au début de l'été, l'organe de régulation des médias a par ailleurs adressé un dernier avertissement à deux médias privés, la chaîne Arts TV et la station de radio Ahadu FM 94.3, leur reprochant des informations jugées "non vérifiées, déséquilibrées et contraires à l'intérêt public", sans préciser les contenus concernés.

Le paysage médiatique éthiopien reste en effet fortement contraint, en particulier pour les journalistes qui couvrent les conflits dans les régions d'Amhara et du Tigré. Pour les reporters travaillant pour des médias étrangers, les difficultés d'accréditation sont légion : en février 2026, l'Autorité éthiopienne des médias a refusé de renouveler l'accréditation de trois journalistes de Reuters et a retiré celle de correspondants locaux de la Deutsche Welle (DW).

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Publié le 13.08.2026
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