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03/06/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/06/2026 12:16

Portrait : Francisca Christy Rosana, investiguer sans être intimidée

En Indonésie, la rigueur et l'abnégation journalistiques ont un nom : celui de cette journaliste du magazine indépendant Tempo, figure d'une presse critique mise sous pression constante et qui continue d'enquêter et de témoigner en dépit des menaces qui visent à la réduire au silence.

Le 20 mars 2025, un colis anonyme parvient à la rédaction de l'hebdomadaire Tempo, à Jakarta, à l'attention de Francisca Christy Rosana. À l'intérieur, une tête de cochon en décomposition. Quelques jours plus tard, un second paquet est livré, contenant six rats décapités. Dans le même temps, les données personnelles de la journaliste sont diffusées sur les réseaux sociaux et des membres de sa famille reçoivent des menaces. L'intention est on ne peut plus claire : la faire taire.

Connue sous le surnom de « Cica », Francisca Christy Rosana est cocréatrice et animatrice d'un podcast d'investigation populaire de Tempo, consacré aux coulisses du pouvoir indonésien. Elle représente une presse critique menacée, dans un pays où les violences et pressions contre les journalistes sont fréquentes et largement impunies.

Être journaliste indépendante en Indonésie implique de mener un double combat, celui de la liberté de l'information et celui de la dignité des femmes. En 2018, alors qu'elle couvrait la mobilisation d'un mouvement islamiste, Cica été encerclée par un groupe d'hommes qui l'insultaient en raison de son genre, de sa religion et des positions critiques de Tempo.Elle est parvenue à désamorcer la situation, mais l'épisode lui fait toucher du doigt les risques du métier.

L'envoi des colis morbides, en mars 2025, est survenu alors qu'elle enquêtait sur plusieurs affaires sensibles, dont une réforme législative renforçant le pouvoir de l'armée sur l'administration civile, sujet explosif dans un pays marqué par le souvenir de la dictature militaire.

Après ces envois menaçants, Francisca Christy Rosana a été contrainte de déménager pour des raisons de sécurité : « J'ai eu peur, mais je refuse que la terreur m'oblige à me taire. » À ce jour, l'enquête policière n'a connu aucune avancée. Un scénario malheureusement courant en Indonésie.

Malgré les risques, elle poursuit son travail avec une détermination intacte : « L'indépendance, c'est avoir le courage de critiquer n'importe qui sans crainte : présidents, autorités ou entreprises. Ma mère me dit souvent que je devrais arrêter d'être journaliste pour ma sécurité, ajoute-t-elle en souriant. Je lui réponds qu'il n'y a plus de retour en arrière possible. Continuer, ce n'est pas seulement un travail. C'est un choix : celui de rester debout. »

Par Arthur Rochereau, chargé de plaidoyer du bureau Asie-Pacifique de RSF

Publié le06.03.2026
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