03/12/2026 | News release | Distributed by Public on 03/12/2026 14:39
« Nous en sommes maintenant au quatorzième jour d'incidents transfrontaliers dans six provinces et huit districts d'Afghanistan », a averti jeudi Georgette Gagnon, à la tête de la mission politique de l'ONU dans le pays (MANUA), lors d'un point de presse à New York auquel elle participait depuis Kaboul. « Toute poursuite de ces échanges comporte des risques sérieux ».
Depuis plusieurs semaines, la tension entre Kaboul et Islamabad s'est brutalement aggravée. Le Pakistan accuse les talibans afghans d'héberger ou de tolérer les combattants du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), un groupe insurgé responsable d'attaques meurtrières sur le sol pakistanais. Les représailles ont pris la forme de frappes aériennes pakistanaises dans des villes afghanes proches de la frontière, tandis que les échanges de tirs et les fermetures de postes frontaliers se multiplient.
Ces affrontements, pour l'instant concentrés dans les régions frontalières, ont déjà des conséquences concrètes pour les civils. « Les frappes aériennes et les affrontements transfrontaliers ont perturbé la livraison de l'aide humanitaire et contribué à des déplacements de population », a indiqué Mme Gagnon, évoquant également des retards dans l'acheminement de fournitures essentielles.
À cette crise frontalière s'ajoute désormais l'impact d'un autre conflit. L'offensive militaire lancée le 28 février par Israël et les États-Unis contre l'Iran se répercute jusque dans l'économie afghane.
Pays enclavé et dépendant de ses voisins pour ses échanges, l'Afghanistan se retrouve pris dans un étau logistique. « Les corridors commerciaux traditionnels sont perturbés et l'instabilité affecte les routes d'approvisionnement régionales », a expliqué la responsable onusienne. « Les prix des denrées de base en Afghanistan augmentent, ajoutant une pression supplémentaire sur une économie déjà fragile ».
Ces tensions surviennent alors que le pays tente déjà d'absorber une vague de retours d'Afghans expulsés ou poussés à rentrer depuis l'Iran et le Pakistan. Des millions de personnes sont revenues dans le pays depuis 2023, mettant à rude épreuve les capacités d'accueil de communautés déjà fragilisées par la pauvreté et la sécheresse.
Mais pour l'ONU, les crises régionales ne font qu'exacerber un problème plus profond.
« Les chocs continus - économiques, humanitaires et politiques - soulignent l'isolement de l'Afghanistan du système international », a estimé la cheffe de la MANUA. Cet isolement, a-t-elle ajouté, « reste un obstacle majeur à la stabilité à long terme du pays, à la croissance économique et au respect des droits humains ».
Près de cinq ans après la chute du gouvernement soutenu par les États-Unis et le retour au pouvoir des talibans, les autorités de facto contrôlent l'appareil d'État mais ne sont reconnues par aucun pays occidental. Les sanctions, la paralysie du système bancaire et l'effondrement de l'aide internationale ont plongé l'économie dans une crise profonde.
Pour les Nations Unies, la seule tentative structurée de dialogue international reste le « processus de Doha », qui rassemble représentants talibans, diplomates et institutions internationales autour de groupes de travail thématiques.
« Cet engagement est la seule plateforme multilatérale structurée où les préoccupations de l'ensemble du peuple afghan, de la communauté internationale et des autorités de facto peuvent être abordées de manière équitable et constructive », a affirmé la responsable onusienne.
Mais les décisions prises par les talibans continuent de compliquer toute perspective de normalisation.
Les adolescentes restent exclues de l'enseignement secondaire et supérieur, et les femmes sont bannies de nombreux emplois publics. Les restrictions frappent également les employées afghanes travaillant pour les Nations Unies.
« Ces mesures sont incompatibles avec les obligations internationales de l'Afghanistan et entravent notre capacité à fournir une assistance », a souligné Mme Gagnon.
Les employées afghanes de l'ONU continuent néanmoins de travailler à distance. « Elles travaillent depuis leur domicile à travers le pays et trouvent d'autres moyens d'apporter leur soutien au peuple afghan », a-t-elle expliqué.
Sur le terrain, la population reste confrontée à une crise humanitaire chronique. Les villes doivent absorber les flux de déplacés et de rapatriés, tandis que l'économie peine à redémarrer après des années de sanctions, de sécheresse et de catastrophes naturelles, dont deux tremblements de terre dévastateurs qui ont secoué l'est et le nord du pays l'an dernier.
Les agences humanitaires prévoient d'aider des millions d'Afghans cette année, mais leurs opérations restent largement sous-financées.
Face à cet enchevêtrement de crises - tensions frontalières, chocs économiques, isolement diplomatique et restrictions sociales - l'ONU dit vouloir maintenir sa présence.
« La communauté internationale, le Conseil de sécurité et les Afghans eux-mêmes continuent de souligner l'importance de la présence de l'ONU dans le pays », a insisté Mme Gagnon.
L'objectif affiché reste lointain mais clair : voir émerger un Afghanistan « en paix avec lui-même et avec ses voisins, réintégré dans le système international ». Pour l'instant, cet horizon demeure suspendu à l'évolution d'une région dont les turbulences se répercutent jusque dans les vallées du pays.