Prime Minister of the French Republic

05/21/2026 | Press release | Archived content

Conférence de presse du Premier ministre sur l'impact de la guerre en Iran et mesures de soutien à l'activité économique

Bonjour à toutes et à tous.

Merci à la presse de vous être rendus disponibles pour un format, il est vrai, un peu inhabituel, mais on vient de tenir un comité de pilotage suivi de l'impact de cette guerre au Moyen-Orient sur notre économie, nos finances publiques, évidemment, sur la vie des Françaises et des Français.

Un certain nombre de décisions, évidemment, étaient à prendre. Nous les avons prises. Et nous tenions à vous en rendre compte sur la base aussi de ce que nous savons et de ce que nous ne savons pas sur le géopolitique, puisque la situation est plus que trouble, j'en dirais un mot dans un instant, et vous décliner, revenir aussi avec méthode sur la stratégie du Gouvernement, qui est la nôtre depuis le début, pour traiter évidemment les différents effets de cette guerre, sans oublier le reste des effets de la guerre également en Ukraine.

Peut-être que le premier élément, pour bien traiter les effets d'une guerre, c'est de ne pas se tromper sur l'analyse de celle-ci. Au fond, nous n'avons jamais pensé, au regard des éléments de notre diplomatie, des éléments de notre renseignement militaire, des nombreux échanges que le président de la République pouvait avoir avec ses différents homologues, n'a jamais considéré que cette guerre pouvait être courte (on a eu la guerre des 12 jours). Et dès le début du conflit, au regard parfois peut-être de l'irrationalité de certains acteurs, des effets finaux recherchés, le fait aussi que la question nucléaire du programme iranien, plus les enjeux de circulation maritime, laissaient entrevoir que, de toutes les évidences, ça pouvait durer. Et c'est parce que ça pouvait durer que, aussi, les négociations telles qu'elles ont été menées depuis maintenant plusieurs semaines auraient pu aussi aboutir.

Force est de constater que, d'une manière ou d'une autre, cette guerre, sous une forme ou sous une autre, cette guerre va durer. Soit de manière froide, comme on l'a actuellement, on peut le constater, soit malheureusement aussi avec une reprise des conflits et des frappes, ce qui est un scénario évidemment possible. Et au fond, on le voit aussi, le temps devient une arme en tant que telle des belligérants et singulièrement des Gardiens de la Révolution, puisqu'ils le savent, la pression exercée sur Ormuz est une pression sur l'ensemble de l'économie mondiale, y compris d'ailleurs en Asie. Et donc si ce temps devient une arme, il faut également pour nous en tirer des conclusions.

Alors, il est difficile de donner des scénarios auxquels nous pourrions nous raccrocher, sans effrayer personne et sans être trop optimiste. Au fond, le scénario désormais le plus optimiste, ce n'est pas forcément celui que je retiens d'ailleurs, c'est au fond une forme de retour à la normale entre l'été et l'automne. On parle déjà de plusieurs semaines et plusieurs mois potentiels, sachant qu'une fois de plus, la guerre peut prendre différentes formes. Et vous avez des scénarios noirs qui nous feraient plonger dans d'autres gestions de crise, c'est-à-dire : reprise non seulement des conflits, des frappes, destruction des sites de production d'hydrocarbures au Moyen-Orient, voire même non seulement la fermeture d'Ormuz, mais aussi la fermeture de Bab-el-Mandeb. Ça, ce n'est pas non plus le scénario qu'on retient (de toute façon, nul ne le sait), mais entre un scénario très optimiste qui nous emmène à plusieurs semaines, plusieurs mois, et les scénarios les plus noirs et catastrophistes. On voit bien qu'on change de dimension dans la manière de gérer cette guerre.

Pour autant, une fois que je vous ai dit ça, en faisant une prospective peut-être malheureuse - j'espère être démenti, puisque par définition, si tout allait mieux bientôt, c'est un problème plus facile à gérer que si les choses s'aggravent. Pour autant, au moment où nous nous parlons, nous n'avons pas du tout les mêmes effets à gérer que la guerre en Ukraine. Je l'ai dit à de nombreuses reprises, mais c'est utile de le redire. La guerre en Ukraine nous avait tout de suite placés dans une guerre de... en tout cas dans des effets de difficultés d'accessibilité à l'approvisionnement, notamment du gaz, parce qu'il venait de Russie, et avec, évidemment, une guerre qui, au fond, était assez lisible, assez rapide. Nous-mêmes, nos propres vulnérabilités étaient identifiées, notamment ce qu'on appelle les problèmes de corrosion sur nos centrales nucléaires qui faisaient que le parc nucléaire français était loin d'être à plein régime en 2022-2023.

Donc on n'est, au moment où nous nous parlons, pas dans une crise des volumes, de pénuries, mais bel et bien une crise de prix, d'inflation à porter. Pour quelles raisons, aussi ? Ce n'est pas toujours intuitif, mais il se trouve qu'assez historiquement, en tout cas depuis maintenant plusieurs moments, l'approvisionnement en hydrocarbures en France est un approvisionnement sur la façade Atlantique : Afrique du Nord, Amérique du Nord, Amérique du Sud, et qui, au fond, ne crée pas, effectivement, d'entrave à la liberté de circulation pour ce qui nous concerne. Évidemment, le sujet, c'est la spéculation. Évidemment, le sujet, ce sont les marchés. Et évidemment, ce sont les répercussions. Pardon de le dire, mais si on se trompe, comme malheureusement, parfois, dans le débat politique français, si on se trompe sur le diagnostic de cette guerre, par définition, on finit par se tromper aussi sur les mesures qu'il faut prendre.

Deuxième élément de la stratégie du Gouvernement, que j'arbitrais dès le début avec l'ensemble des collègues ici présents : c'est évidemment le soutien à l'activité et au travail. Pour une raison simple : c'est qu'à la différence du covid (pour le coup, le pays était à l'arrêt, il fallait le soutenir par des transferts financiers importants), là, on a une économie qui fonctionne et qui tourne ; ce n'est pas pour autant qu'elle n'est pas impactée. Le ministre va y revenir. Et donc au fond, notre obsession (pour ne pas dire plus d'ailleurs : depuis le début), c'est que le pays doit tourner.

Et pour certains secteurs, le ministre chargé de la pêche est ici, c'est assez référendaire et binaire : soit il y a un intérêt à prendre la mer pour nos pêcheurs, et à sortir et à pêcher, et ça calcule coûts-avantages, soit ça ne vaut pas le coup de sortir pêcher, par définition, et les bateaux restent à quai. Ce raisonnement-là, c'est facile à expliquer pour la pêche. On a essayé de le déplier sur beaucoup de filières sur lesquelles on va revenir dans un instant. On va les compléter parce qu'au fond, il y a des filières économiques qui tiennent notre croissance, qui tiennent notre activité, qui parfois ont des adhérences avec nos services publics et il faut évidemment qu'elles puissent tenir dans la durée sur cette crise. C'est vrai des filières économiques : l'agriculture, BTP, transporteurs ; le ministère du Transport, la ministre de la Santé, le ministre du Travail sont ici aussi au premier rang, et c'est vrai aussi des particuliers travailleurs parce que par définition, aussi, on connaît l'organisation de notre pays.

La voiture occupe une place importante. Je suis moi-même élu d'un département rural et donc il est évident qu'il faut faire attention à ça. On ne va pas changer de stratégie. C'est un choix que nous faisons, qui est de garder un ciblage important sur celles et ceux qui travaillent, celles et ceux qui tiennent l'activité du pays. Et d'ailleurs, celles et ceux qui ne travaillent pas en profitent, parce qu'en tenant l'activité du pays, par définition, on essaie de s'accrocher à notre croissance, on essaie de s'accrocher à la production de richesse, laquelle finance le modèle social et finance les retraites. Donc tout ça se tient, c'est aussi une réalité aussi simple, mais encore faut-il le réexpliquer.

Ensuite, si on ne change pas de philosophie, on va changer d'échelle. Et vous allez l'entendre dans un instant, soit dans ce que nous mettons sur la table quantitativement, soit aussi parce que nous étions plutôt partis pour annoncer des aides pour le mois de juin, mais ce n'est pas ce que nous allons faire. Je ne peux pas vous dire que sur le terrain géopolitique, les perspectives de voir le conflit durer sont en train de s'installer et vous expliquer qu'on va continuer d'avoir une stratégie mois par mois. C'était bon au début de gestion de crise. Là, désormais, il faut commencer à donner des perspectives à des pans entiers de l'économie, des perspectives aux Françaises et aux Français qui travaillent. Et c'est non seulement une réflexion pour juin, mais aussi pour juillet, pour août et pour certains secteurs jusqu'à l'automne. Je le dis parce que dans les cas les plus difficiles, il faudra continuer à être adaptables, à s'adapter, à être évolutifs, à ne pas être têtus en quelque sorte. Il n'y a pas de baguette magique.

Enfin, il est clair que ça reste de la gestion de crise et donc, par définition, il faut être mobiles, créatifs, en tout cas, et le plus à l'écoute possible.

Le troisième élément de la stratégie, je l'assume, même si parfois on me l'a reproché : c'est qu'il faut qu'on marche sur nos deux jambes entre le court terme et le long terme. C'est un peu taquin, je dirais : c'est le moment d'être gaulliste. Je trouve que pour le choc pétrolier de 1974, le gouvernement MESSMER avait eu une réponse de long terme : le parc électronucléaire français.

Autre temps, autre période, il n'y avait pas eu d'aide de court terme. Ce n'est pas ce que nous faisons, ce n'est pas ce que nous allons vous dire. Mais enfin, on voit bien qu'on n'a pas fini de subir. Et donc, à la fois, on va déployer des moyens pour le soutien de court terme, mais on n'a pas d'autre choix que d'accélérer l'électrification du pays. Les hydrocarbures, c'est une laisse. C'est une laisse. C'est une laisse étrangleuse. On ne peut pas dire autre chose. L'électrification, l'électricité, c'est notre liberté. Et ça, on le doit aux grands anciens, on le doit aussi aux décisions qu'on a prises récemment. Heureusement qu'on a signé ce décret sur la programmation pluriannuelle pour l'énergie, parce que c'est ce qui va venir rénover notre parc nucléaire français et donner des perspectives sur les énergies renouvelables.

Mais ce n'est pas pour faire bien. Ce n'est pas parce que c'est bon pour la planète, même si c'est bon pour la planète. Ce n'est pas parce que c'est bon pour le climat, même si c'est bon pour le climat. Il y a une réalité, c'est qu'on vit désormais dans un modèle dans lequel nous sommes capables de produire beaucoup, beaucoup, beaucoup d'énergie chez nous, de manière souveraine, décarbonée. Et au fond, ce n'est pas forcément cette consommation-là qui est le plus stimulée. Au fond, le plan Messmer, un peu nouvelle version, c'est aussi d'aller sur les différents usages d'électrification. On pourra y revenir, et c'est aussi pour cela - sans esprit polémique, parce que ce n'est pas l'état d'esprit du Gouvernement - c'est pour cela que nous refusons toute baisse générale indiscriminée de la fiscalité sur le carburant.

Parce que déjà - pardon, j'ai appartenu à un gouvernement qui l'a fait en 2022-2023 - ça coûte très cher pour les finances publiques. On ne peut pas faire semblant de dire qu'il y a un déficit. D'où est-ce qu'il vient ? Il vient de là. Le bouclier énergétique, en grande partie, il avait un impact très très lourd sur la finance publique. On n'en finit pas de le rembourser. Et puis surtout, c'est un contresens. Baisser de la fiscalité sur de l'énergie produite en Algérie, aux États-Unis, au Brésil ou ailleurs, c'est franchement circuler sur l'autoroute à contresens. Là où, d'ailleurs, et les ministres ont reçu le mandat d'y réfléchir, de travailler, de faire des propositions, si une fiscalité devait diminuer dans les temps à venir, y compris les années à venir, ce serait la fiscalité sur les énergies produites en France, électricité en tête.

Donc, prenons le sujet de la fiscalité par le bon sens, et c'est une ouverture aussi que je fais, évidemment, sur la question de la fiscalité sur l'électricité, dans le respect aussi de nos déficits, nos finances publiques. Enfin, s'il faut raisonner fiscalité par les fiscalités, ne le faisons pas à contresens.

Le dernier élément de la stratégie, et pour bien connaître aussi un peu la vie du pays, le caractère aussi des Françaises et des Français : c'est la transparence totale sur ce qui se passe. Les marges des distributeurs de carburant. Ça a occupé pas mal la vie médiatique. Les ministres vont y revenir ; transparence, résultat. Les fameuses cagnottes fiscales : vous promettez des milliards. Le ministre AMIEL va vous donner le dernier chiffre dans quelques instants. Vous allez voir qu'on en est bien loin. La transparence sur l'approvisionnement : Il y a eu des moments en se disant : « Mais est-ce qu'on aurait suffisamment de pétrole ? ». Là aussi, on va vous documenter ça avec beaucoup de précision. Quelles sont les approches sur lesquelles on n'est absolument pas inquiets ? Et on n'est objectivement absolument pas inquiets. Quels sont les quelques éléments sur lesquels on peut avoir de l'inquiétude ? Et puis le dernier élément de transparence, c'est évidemment sur l'économie de manière globale.

Alors, ça fait deux mois qu'on « s'égosille » avec les ministres à dire : attention, cette guerre va avoir un impact sur l'économie. J'étais seul à le dire, et puis visiblement depuis quelques jours, tout le monde découvre qu'il peut y avoir un impact sur l'économie. Et là, pour le coup, en prenant un virage complètement inverse, certains nous parlent de 3 ou 4 % d'inflation, certains nous parlent de récession. Donc là aussi, on va faire ça très sérieusement en vous disant très clairement quels sont les scénarios que nous redoutons et quels sont les scénarios, au fond, que nous repoussons parce que nous considérons que ça ne correspond pas à la situation économique que nous constatons après que les ministres, d'ailleurs, aient eu des échanges importants avec la Commission européenne, le FMI. Enfin, un travail très important, le G7, un travail très important a été fait en amont et qui est d'autant plus sérieux que certains fausses experts qu'on peut voir ici ou là sont en train de vouloir faire peur inutilement aux gens.

Dernier point : se dire la vérité sur les finances publiques, avec la part d'incertitude, évidemment, qui est la nôtre au moment où nous nous trouvons. Nous n'abandonnerons personne, je l'ai dit, dans le soutien à l'activité. Tout ça va avoir un coût. On vous donnera les chiffres dans un instant. Il faudra donc évidemment gager tout ça, faire un certain nombre d'économies. Et je le dis aussi peut-être pour donner un peu de perspective, dire aussi comment le Gouvernement travaille à la construction d'un budget pour 2027, d'un projet de loi de financement pour la sécurité sociale pour 2027 : c'est que la position du Gouvernement et que les textes que nous proposerons au Conseil des ministres de mi-octobre seront des textes dans lesquels il n'y aura pas de proposition d'augmentation d'impôts. Et donc je le dis parce que tous les choix aussi que nous faisons en ce moment, y compris en faisant attention à nos finances publiques, en faisant attention à la juste proportion des aides : on aimerait en faire plus pour beaucoup de gens, une dimension aussi humaine et empathique - il ne faut pas nier, je le vois bien chez moi à Vernon dans l'Eure - mais en tout cas, des cadeaux bizarres au mois de mai qui se transforment en augmentation d'impôts à l'automne, ce n'est pas ce que le Gouvernement propose.

Et donc, je donne aussi cette perspective, y compris au monde économique, puisque certaines annonces peuvent les concerner dans un instant. Pardon d'avoir été long, mais je voulais aussi refaire la mise en perspective de la stratégie du Gouvernement, laquelle peut évoluer à n'importe quel moment, en fonction évidemment de la situation géopolitique.

Ce n'est pas une crise domestique que l'on gère. C'est une crise mondiale, peut-être encore plus mondiale que la guerre en Ukraine. Et pour cause, les interdépendances sont nombreuses avec le Golfe. Les pays d'Asie souffrent énormément, parce qu'eux ont une dépendance énergétique très forte avec les approvisionnements et les productions dans la région. Et comme tout cela peut durer d'une manière ou d'une autre, sous une forme ou sous une autre, il faut désormais évidemment le traiter avec beaucoup de calme, le calme des vieilles troupes en quelque sorte. Mais enfin, il faut le faire en disant la vérité aux Françaises et aux Français et ne rien leur cacher, y compris d'ailleurs parce qu'une grande échéance démocratique va intervenir l'année prochaine et que par définition, tous ces éléments aussi concernent l'ensemble des acteurs.

(Seul le prononcé fait foi).

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