07/15/2026 | News release | Archived content
Reporters sans frontières (RSF) et Safeguard Defenders appellent les autorités thaïlandaises à ne pas expulser vers la Chine le célèbre journaliste chinois Bai Zhaodong, actuellement détenu dans la capitale, Bangkok. En raison de ses enquêtes sur la corruption au plus haut niveau de l'État chinois, un retour dans son pays l'exposerait à des risques graves, prévisibles, actuels, personnels et réels, notamment de disparition forcée, détention arbitraire, torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants. Les autorités thaïlandaises ont l'obligation de respecter le droit international et de garantir pleinement les droits de Bai Zhaodong.
Mise à jour du 16 juillet 2026 : Le ministère chinois des Affaires étrangères a confirmé avoir soumis à la Thaïlande une demande d'extradition afin d'obtenir le "retour rapide" de Bai Zhaodong.
RSF et l'organisation de défense des droits humains Safeguard Defenders ont reçu confirmation de sources locales que le journaliste d'investigation chinois Bai Zhaodong, détenu au centre de rétention pour migrants de Suan Phlu à Bangkok, risque d'être expulsé vers la Chine à la suite de pressions exercées par la République populaire de Chine.
Cette information intervient à la veille de la visite officielle du Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul en Chine, prévue du 16 au 20 juillet 2026. Bai Zhaodong a réussi à fuir la Chine le 29 novembre 2023. En septembre 2024, il a fait l'objet d'un mandat d'arrêt émis par le Bureau de la sécurité publique de la ville de Yulin, dans le centre-nord de la Chine, sur la base d'accusations fabriquées d'"extorsion". Depuis lors, les autorités thaïlandaises l'ont empêché de rejoindre un pays tiers sûr et lui ont interdit de quitter le territoire. Il est détenu en Thaïlande depuis janvier 2026. En cas d'expulsion, il serait exposé à un risque grave, prévisible, actuel, personnel et réel de persécution politique, de détention arbitraire, de disparition forcée, de torture et d'autres graves violations des droits humains.
Bai Zhaodong travaille comme journaliste d'investigation en Chine depuis plus de 25 ans, dernièrement pour le prestigieux magazine économique pékinois Caijing. Ses enquêtes ont révélé un vaste réseau de corruption et de fraude financière impliquant des opérations de blanchiment d'argent et d'autres activités financières illicites. Elles mettaient en cause à la fois des responsables des autorités locales et des hauts dirigeants du Parti communiste chinois (PCC).
"Nous appelons les autorités thaïlandaises à autoriser le journaliste d'investigation chinois Bai Zhaodong à rejoindre le pays de son choix et à ne pas céder aux demandes du gouvernement chinois. Le gouvernement thaïlandais doit respecter ses obligations au regard du droit international et démontrer son engagement clair en faveur des normes internationales relatives aux droits humains, faute de quoi il risque de porter gravement atteinte à sa réputation sur la scène internationale. Ces dernières années, le régime chinois s'est illustré par sa persécution systématique des journalistes et demeure la plus grande prison du monde pour les professionnels de l'information, avec 120 journalistes actuellement détenus. Si Bai Zhaodong était renvoyé de force en Chine, il serait confronté non seulement à des persécutions, mais aussi à de graves menaces pour sa sécurité personnelle.
En raison de la nature de ses révélations et du rang élevé des personnes mises en cause, les autorités chinoises ont considéré le travail de Bai Zhaodong comme particulièrement sensible. Selon les informations recueillies par RSF, après la publication de son enquête, il a fait l'objet d'une surveillance renforcée, d'actes d'intimidation et de pressions continues de la part des autorités régionales et centrales. Tout au long de sa carrière, Bai Zhaodong a subi des représailles des autorités chinoises pour ses investigations sur la corruption et la fraude financière dans la province du Shaanxi (centre-nord de la Chine), notamment sous la forme de six procédures pénales, d'interrogatoires et de placements en détention.
Comme le montre le rapport de RSF publié en juillet 2026 sur l'utilisation des lois relatives à la sécurité nationale contre les journalistes, le gouvernement chinois recourt fréquemment à des chefs d'accusation vagues tels que "espionnage", "subversion" ou encore "attiser des querelles et provoquer des troubles à l'ordre public" pour poursuivre les journalistes. Selon les données de RSF, 120 journalistes sont actuellement emprisonnés en Chine, faisant de ce pays la plus grande prison au monde pour les journalistes.
Des professionnels des médias sont régulièrement placés sous le régime de la "Résidence surveillée dans un lieu désigné" (Residential Surveillance at a Designated Location - RSDL), un système de détention secrète préalable au procès, permettant un isolement pouvant durer jusqu'à six mois dans des centres de détention secrets. Les mécanismes des Nations unies chargés des droits humains ont à plusieurs reprises qualifié ce dispositif de système de disparition forcée, de détention arbitraire et de torture.
"Les autorités thaïlandaises doivent résister aux pressions croissantes de la République populaire de Chine visant à arrêter et renvoyer de force des personnes recherchées pour des motifs relevant clairement de persécutions politiques exercées par le Parti communiste chinois. Elles doivent respecter leurs engagements internationaux et nationaux en matière d'interdiction de la torture. De nombreuses évaluations indépendantes relatives aux droits humains, ainsi que des décisions de justice rendues dans des États démocratiques, ont systématiquement dénoncé la 'situation générale de violence' qui règne au sein du système judiciaire et pénitentiaire chinois, ainsi que le recours constant aux disparitions forcées, à la torture et aux aveux forcés pour maintenir un taux de condamnation de 99,9 %. Après le renvoi forcé de 40 Ouïghours vers la Chine l'an dernier, la communauté internationale doit comprendre que ce sont non seulement le sort du journaliste d'investigation Bai Zhaodong et d'autres personnes qui est en jeu, mais également l'image internationale de la Thaïlande.