UNOG - United Nations Office at Geneva

10/15/2025 | News release | Distributed by Public on 10/15/2025 13:51

La faim dans le monde gagne du terrain : le PAM au bord de la rupture de stock

Face à un effondrement des financements humanitaires, le Programme alimentaire mondial (PAM) avertit que six de ses opérations les plus vitales - de la RDC à Haïti, en passant par l'Afghanistan - risquent d'être interrompues d'ici la fin de l'année.

Dans les hangars du PAM, les sacs de blé s'empilent encore, mais pour combien de temps ? À Rome, l'agence onusienne a tiré mercredi la sonnette d'alarme : « Le monde fait face à une marée montante de faim aiguë qui menace des millions des plus vulnérables et les fonds nécessaires pour y répondre s'assèchent », prévient sa directrice exécutive, Cindy McCain, dans un communiqué de presse.

Tweet URL

Selon un nouveau rapport publié le même jour par l'agence onusienne, six pays sont au bord d'une rupture de la chaîne d'approvisionnement humanitaire : la République démocratique du Congo (RDC), Haïti, l'Afghanistan, la Somalie, le Soudan du Sud et le Soudan. Sans ressources supplémentaires, des millions de familles risquent de se retrouver sans la moindre aide alimentaire à l'approche de l'hiver.

Des rations réduites, des vies suspendues

En Afghanistan, moins d'un foyer sur dix reçoit encore une assistance, alors que la malnutrition atteint des sommets. En RDC, le PAM a dû réduire les bénéficiaires de son aide de 2,3 millions à 600 000 personnes, faute de moyens. En Haïti, les programmes de repas chauds ont cessé, et les familles ne reçoivent plus qu'une moitié de la ration mensuelle. En Somalie, le nombre de bénéficiaires est tombé de 2,2 millions à 350 000 en un an. Au Soudan du Sud, les rations ne couvrent plus que 50 % à 70 % des besoins, et certaines denrées essentielles - céréales, légumineuses, huiles, produits nutritionnels - manqueront dès ce mois d'octobre.

Partout, la même réalité : les entrepôts se vident, les camions ralentissent, les enfants maigrissent. « Chaque ration supprimée signifie un enfant qui se couche le ventre vide, une mère qui saute un repas ou une famille privée du soutien nécessaire pour survivre. La bouée de sauvetage qui maintient des millions de personnes en vie est en train d'être coupée sous nos yeux », insiste Mme McCain.

Le retour de la faim de masse

Le constat du PAM est glaçant : 319 millions de personnes dans le monde souffrent aujourd'hui d'insécurité alimentaire aiguë, dont 44 millions à un niveau jugé urgent. Deux famines sont déjà en cours - au Soudan et à Gaza -, et le nombre de personnes frappées par la famine ou en passe de l'être a doublé en deux ans.

Dans un monde saturé de crises, les financements se raréfient : le budget du PAM devrait chuter de 10 milliards de dollars en 2024 à 6,4 milliards en 2025, soit une baisse de 40 %.

« L'écart entre ce que le PAM doit faire et ce qu'il peut se permettre de faire n'a jamais été aussi grand », regrette Cindy McCain. « Nous risquons de perdre des décennies de progrès dans la lutte contre la faim ».

© WFP/Peter Louis
L'aide alimentaire du Programme alimentaire mondial (PAM) est chargée sur une barge sur le Nil, pour être livrée aux communautés dans le besoin.

Une solidarité à bout de souffle

Les coupes frappent aussi la capacité de préparation : pour la première fois depuis 2016, Haïti ne dispose d'aucun stock d'urgence pour la saison des ouragans, et l'Afghanistan ne peut plus prépositionner de vivres alors que la neige s'installe dans les montagnes.

Au-delà des chiffres, le PAM redoute un effet domino : la faim nourrit les crises dont elle est issue. « Les coupes dans l'aide alimentaire ne menacent pas seulement des vies ; elles compromettent aussi la stabilité, alimentent les déplacements et aggravent les crises économiques et sociales », avertit Mme McCain.

Face à ce qu'elle décrit comme un « effondrement silencieux de la solidarité mondiale », l'agence appelle les gouvernements, les donateurs privés et la société civile à agir. « Une aide alimentaire rapide et efficace est un rempart essentiel contre le chaos dans des pays déjà fragilisés », rappelle-t-elle.

Une bouée qui prend l'eau

L'avertissement du PAM sonne comme un signal d'alarme mondial : si rien n'est fait, 13,7 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans la faim urgente d'ici quelques mois.

Dans le langage onusien, cela s'appelle une « crise humanitaire ». Dans la vie réelle, cela signifie des assiettes vides, des enfants amaigris, des mères qui se privent pour nourrir les leurs. La bouée de sauvetage est encore là - mais elle prend l'eau.

UNOG - United Nations Office at Geneva published this content on October 15, 2025, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on October 15, 2025 at 19:51 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]