05/05/2026 | Press release | Archived content
Lokossa - Au Centre hospitalier départemental du Mono, à Lokossa au Bénin, le nom de Doris Gbaguidi résonne comme une référence incontournable. Sage-femme expérimentée, elle accompagne depuis plus de vingt ans les femmes dans les moments les plus décisifs de leur vie. Mais au-delà des salles d'accouchement, c'est dans la transmission du savoir qu'elle a forgé l'essentiel de son héritage professionnel.
Formatrice dévouée et mentor reconnue, Doris Gbaguidi consacre une part importante de son temps à l'encadrement des stagiaires. Patiente et exigeante, elle prépare celles et ceux qui auront demain la responsabilité de veiller sur les mères et les nouveau-nés. « Ce que je leur donne aujourd'hui, c'est ce qui leur servira à prendre soin de nous demain », affirme-t-elle avec conviction.
Au fil des années, des générations d'apprenants sont passées sous sa tutelle, trouvant en elle bien plus qu'une enseignante : un repère. Cette relation particulière se manifeste parfois de manière inattendue. Un jour, raconte-t-elle, un ancien stagiaire franchit la porte de son service, en sueur, après avoir parcouru plusieurs kilomètres uniquement pour venir la saluer. « Maman, vous ne me reconnaissez pas ? » lui lance-t-il. Après un moment d'hésitation, le souvenir refait surface. L'émotion est immédiate : « j'ai été submergée », confie-t-elle.
Comme beaucoup d'autres, ce futur infirmier fait partie de ceux qui continuent de voir en elle bien plus qu'un mentor. « Devenues sage-femmes, elles continuent de m'appeler "maman". Même quand je leur dis que nous sommes collègues aujourd'hui. » Une appellation qui en dit long sur l'empreinte humaine et professionnelle qu'elle a laissée.
La sage-femme Doris incarne ainsi une figure respectée de la santé maternelle symbole d'une vocation exercée avec passion, rigueur et un profond sens de la transmission.
Un dispositif bien rodé pour des stages à forte valeur ajoutée
L'arrivée des stagiaires n'est jamais improvisée. Bien en amont, l'équipe s'organise, anticipe et se prépare. « Dès que l'information arrive, elle est partagée avec tout le personnel. Tout le monde se prépare », explique Doris. Les rôles sont définis, les mentors désignés, ainsi que des suppléantes pour assurer un suivi continu. À leur arrivée, les étudiants découvrent un environnement structuré, où ils peuvent apprendre en confiance. « Même si leur référente n'est pas là, quelqu'un prend le relais. Le stagiaire ne doit jamais être laissé seul. »
Face à des stagiaires souvent encore marqués par un apprentissage théorique, elle les guide dans leurs premiers gestes pratiques. Prendre la température ou la tension artérielle, palper le pouls, poser un bassin de lit ou encore tenter une prise de voie veineuse : autant d'actes simples en apparence, mais essentiels, qu'ils doivent apprendre à maîtriser avec précision. « Ils vous récitent le cours, mais quand il faut passer à la pratique, ce n'est pas toujours évident. Ils savent en théorie que c'est avec les trois doigts que palpe un vaisseau périphérique, mais en voulant le faire ce sont deux doigts qu'ils vont te mettre », relève la sage-femme mentor Doris. Elle supervise, corrige, répète et encourage. Certains arrivent avec beaucoup d'enthousiasme, d'autres avec plus de réserve.
Confidentialité envers les patients, solidarité entre pairs
Pour Doris, former ne signifie pas seulement transmettre des techniques. Elle attache une importance particulière aux attitudes, à la manière d'être avec les patientes. « On peut savoir faire un geste et mal se comporter avec une patiente. Ça, ce n'est pas acceptable. » Elle insiste sur le respect, l'écoute et la confidentialité. L'introduction depuis 2019 des cours sur la santé sexuelle et reproductive et les droits connexes dans les écoles de santé au Bénin a renforcé ces dimensions. Elle constate chez les stagiaires une plus grande attention à la dignité des patientes, une volonté de mieux communiquer, créant un climat de confiance.
Au-delà des soins, elle s'attache aussi à former des professionnels capables de travailler ensemble. Les débuts sont parfois marqués par l'individualisme. « Au départ, c'est souvent chacun pour soi », note-t-elle. Progressivement, elle encourage la solidarité, instaure des règles de vie collective, explique et convainc. Même dans le quotidien, les apprentissages comptent : « On leur apprend à s'organiser, à s'entraider, même pour les repas. » Les résistances s'estompent avec le temps, laissant place à une dynamique de groupe plus cohérente. Pour elle, apprendre à coopérer fait pleinement partie du métier.
La joie et la fierté de transmettre
Ce qui la touche le plus reste le parcours de ses anciens stagiaires. Certains reviennent la voir, parfois des années après, simplement pour lui témoigner leur reconnaissance. « Quand je vois une ancienne stagiaire en poste, je ressens de la joie et de la fierté », confie-t-elle. Ces moments, empreints d'émotion, donnent tout son sens à son engagement. Ils sont la preuve que son influence dépasse largement le cadre du stage.
Doris voit dans chaque stagiaire un futur professionnel, un maillon essentiel du système de santé. Elle en est consciente : celles et ceux qu'elle forme aujourd'hui seront demain au chevet des patientes, et peut-être un jour au sien ou à celui de ses proches. « Ce sont elles qui prendront soin de moi, de ma famille. J'ai donc intérêt à leur donner tout ce que j'ai », affirme-t-elle.
À travers son rôle de mentor, elle transmet bien plus qu'un savoir. Elle façonne des attitudes, construit des valeurs et contribue à faire émerger une génération de soignants compétents, responsables et profondément humains. « C'est une grande famille que nous formons », conclut-elle.
Chargée de communication
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Assistante en communication
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