08/06/2026 | Press release | Archived content
Kaboul - En Afghanistan, la hausse des prix des engrais menace la récolte de blé de 2027, alors même que les agriculteurs attendent une campagne des plus prometteuses qu'ait connues le pays depuis des années. L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) lance un appel de fonds de 38,3 millions d'USD afin de permettre à 600 000 ménages agricoles de se procurer des engrais et des semences certifiées de blé avant la période de semis du blé d'hiver en Afghanistan.
La flambée des prix des engrais fait suite aux perturbations des marchés mondiaux liées à la crise de 2026 au Moyen-Orient. Pour les agriculteurs afghans, les conséquences pourraient être graves. La fertilité des sols étant naturellement faible, la production de blé repose sur un apport adéquat de phosphate diammonique et d'urée.
Le blé d'hiver est la principale culture de base en Afghanistan et représente plus des deux tiers de la demande annuelle d'engrais. La hausse des prix risque de contraindre de nombreux agriculteurs à réduire les quantités d'engrais utilisées ou les superficies cultivées, ce qui entraînera une baisse de la production, une diminution des ressources alimentaires des ménages et un alourdissement de leur endettement.
Cette situation devrait toucher plus durement les ménages déjà confrontés à des difficultés économiques, notamment ceux dirigés par des femmes, les familles de retour dans le pays et les communautés rurales en situation d'insécurité alimentaire, qui ont une faible capacité d'absorber des coûts supplémentaires et de faire face aux chocs.
«Après une année de grave sécheresse, les agriculteurs afghans ont la possibilité de profiter d'une meilleure campagne agricole, mais la hausse des prix des engrais menace de rendre cette perspective impossible pour un grand nombre des familles qui en ont le plus besoin», a déclaré M. Richard Trenchard, Représentant de la FAO en Afghanistan. «Il ne s'agit pas d'une crise d'approvisionnement, mais d'une crise liée à l'accessibilité financière, qui survient à l'un des moments les plus importants du calendrier agricole. Les engrais sont disponibles, mais trop d'agriculteurs ne peuvent pas se permettre de les acheter.»
Les effets de la hausse des prix des engrais se font déjà sentir dans tout le pays. Dans la province de Nimroz, Din Mohammad, agriculteur, explique que les dispositifs informels qui aidaient autrefois les agriculteurs à se fournir en engrais n'existent plus.
«Avant, les commerçants que nous connaissons nous avançaient des engrais. Aujourd'hui, plus personne ne nous avance quoi que ce soit», a-t-il expliqué. «Si je n'utilise pas d'engrais, je ne tirerai aucun profit de ma terre.»
Pour d'autres agriculteurs, il faut choisir entre l'achat d'intrants agricoles et la satisfaction des besoins immédiats de leur ménage. «Je ne sais pas si je dois prendre soin de ma famille ou dépenser mon argent en semences et en engrais», a déclaré Wakil, un agriculteur de la même province.
«Les investissements réalisés pendant des années par la FAO et ses partenaires ont contribué à renforcer le système semencier afghan et à élargir l'accès des agriculteurs à des semences de qualité. Or, semences et engrais vont de pair», a déclaré M. Trenchard. «Sans engrais, de nombreux agriculteurs ne pourront pas obtenir les rendements nécessaires pour faire vivre leurs communautés. La marge de manœuvre est étroite. C'est en ce moment même que les agriculteurs décident de la superficie des terres qu'ils pourront cultiver et déterminent s'ils ont les moyens de se procurer les intrants nécessaires pour obtenir une bonne récolte. Il est bien plus efficace, du point de vue des coûts, d'apporter un soutien en temps opportun que de faire face aux conséquences d'un recul de la production alimentaire et d'un accroissement des besoins humanitaires l'année prochaine.»
L'intervention de la FAO vise à aider les agriculteurs à accéder aux intrants dont ils ont besoin grâce à des subventions ciblées, fournies par l'intermédiaire de fournisseurs locaux du secteur privé, ce qui permettrait de protéger la production et de renforcer les marchés agricoles.
Grâce à l'application de la FAO pour l'identification, la distribution et l'autonomisation (IDEA), une plateforme biométrique d'enregistrement des agriculteurs et de gestion de bons électroniques, les exploitants peuvent obtenir des intrants subventionnés auprès de réseaux établis d'entreprises semencières privées, de fournisseurs d'engrais et de vendeurs d'intrants agricoles. Plus de 100 000 agriculteurs sont déjà inscrits pour la prochaine campagne, ce qui permet de fournir un appui rapidement et à grande échelle.
L'intervention ciblera en priorité les ménages dont la production est exposée aux risques les plus élevés, puis l'appui sera progressivement étendu à mesure que des ressources seront disponibles.
Selon les données disponibles, les rendements du blé augmentent de 32,8 pour cent lorsque l'utilisation de semences certifiées s'accompagne d'un apport adéquat d'engrais et à de bonnes pratiques agronomiques.
Un financement mobilisé d'ici à la mi-septembre peut aider les agriculteurs à accéder à des semences et à des engrais de qualité à temps pour les semis, protégeant ainsi la production avant que les pertes ne deviennent inévitables. L'enjeu ne se limite pas à la production de blé de l'année prochaine: il s'agit également de tirer parti de plusieurs années d'investissements dans le secteur agricole afghan, de préserver les acquis fragiles obtenus en matière de sécurité alimentaire et de réduire les futurs besoins humanitaires dans un pays où la majorité de la population tire ses revenus de l'agriculture.