01/20/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/20/2026 12:33
Le calvaire judiciaire dont est victime la journaliste d'investigation Frenchie Mae Cumpio depuis son arrestation en 2020 illustre les dangers persistants auxquels est confrontée la profession aux Philippines. À l'approche du verdict, Reporters sans frontières (RSF) revient sur les principales étapes des affaires montées de toutes pièces contre elle et réitère son appel au président Ferdinand Marcos Jr. à agir immédiatement pour obtenir sa libération.
Le 22 janvier 2026, le tribunal régional de Tacloban, dans l'est des Philippines, rendra son verdict dans le procèsde Frenchie Mae Cumpio, journaliste et ancienne directrice du site d'information Eastern Vista. Cette courageuse journaliste de 26 ans - elle fêtera ses 27 ans le lendemain du jugement - est poursuivie pour "possession illégale d'armes à feu" et "financement du terrorisme". Initialement, le verdict concernant les accusations de financement du terrorisme devait être prononcé à une date ultérieure, avant que le tribunal ne décide de statuer sur l'ensemble des charges simultanément, invoquant "l'attention publique"suscitée par l'affaire. Elle encourt au total jusqu'à 40 ans de réclusion. RSF, dans le cadre de la coalition internationale d'organisations non gouvernementales (ONG) #FreeFrenchieMaeCumpio, sera présente au tribunal pour suivre le dénouement du procès.
Avant son arrestation, Frenchie Mae Cumpio couvrait régulièrement les abus de l'armée et de la police dans la région des Visayas orientales aux Philippines, à travers ses publications pour Eastern Vistaet l'émission qu'elle animait sur la station de radio Aksyon Radyo-Tacloban DYVL. Malgré les menaces et intimidations dont elle a été la cible pendant des mois, elle a poursuivi ses enquêtes jusqu'à son arrestation.
"Depuis près de six ans, Frenchie Mae Cumpio est privée de liberté et subit un acharnement judiciaire dont le seul objectif est de la faire taire - et, par extension, d'intimider l'ensemble de la profession aux Philippines. Par son courage et son engagement pour le droit à l'information, Frenchie Mae Cumpio incarne la lutte des journalistes philippins qui se battent pour les faits et pour que les pouvoirs en place soient mis face à leurs responsabilités. Le flagrant déni de justice dont elle est victime peut encore être réparé. Il appartient au président Marcos et à son gouvernement de prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir sa libération immédiate et la fin de toutes les poursuites contre elle. Une condamnation à l'issue de ce procès révélerait que les engagements proclamés par les autorités en faveur de la liberté de la presse n'étaient que des paroles en l'air.
"Comment lutter contre un mensonge si savamment orchestré ? Une histoire si absurde que, si c'était un débat à l'école, on n'essaierait même pas d'y répondre […] Et pourtant, après mon témoignage [au tribunal], j'ai compris que j'avais encore beaucoup à dire. […] Malgré tout, on tient bon.", a écrit Frenchie Mae Cumpio dans une lettre adressée à la rapporteuse spéciale de l'Organisation des Nations unies (ONU) sur la liberté d'expression, Irene Khan, partagée avec la coalition lors d'une visite à la prison de Tacloban en juin 2025.
Une enquête de RSF met en évidence l'invraisemblance des accusations
Frenchie Mae Cumpio est détenue depuis le 7 février 2020 sur la base d'accusations fallacieuses. Au cours du procès, la défense de Frenchie Mae Cumpio a dénoncéde graves violations de ses droits fondamentaux, notamment des irrégularités lors de la perquisitionqui a conduit à son arrestation et des contradictions dans les témoignages. Bien que l'armée prétende avoir trouvé une arme à feu et une grenade à son domicile, les preuves présentées devant le tribunal et les conclusions d'une enquête de RSFsuggèrent que ces objets auraient pu avoir été placés là, à son insu, intentionnellement.
Son cas illustre la pratique du "red-tagging"aux Philippines, une pratique qui consiste à qualifier de "subversifs" voire de "terroristes" les journalistes qui enquêtent sur des sujets sensibles pour le gouvernement.
Les Philippines occupent une mauvaise place dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025de RSF, se classant 116e sur 180 pays et territoires et étant considérées comme un pays où la liberté de la presse est "difficile".