10/13/2025 | Press release | Distributed by Public on 10/13/2025 16:35
La chute de la dictature syrienne, le 8 décembre 2024, a marqué la fin de 15 ans de détention pour Tal al-Mallouhi. En 2009, elle est une lycéenne de 19 ans lorsqu'elle est arrêtée pour ses écrits en ligne.
"Votre vie est terminée, la mienne commence." Tal al-Mallouhi, aujourd'hui âgée de 33 ans, garde le regard droit et fier lorsqu'elle imagine s'adresser à ses anciens geôliers. Quinze années ont passé depuis son arrestation le 27 décembre 2009, à seulement 19 ans. Son blog de lycéenne, notamment rendue célèbre par une lettre ouverte adressée à l'ex-président américain Barack Obama, lui a valu d'être arbitrairement accusée d'espionnage.
S'est ensuivi un enfermement qu'elle a cru sans fin dans les prisons de Douma et d'Adra, en périphérie de la capitale syrienne, dont 9 mois en cellule d'isolement. "J'avais perdu espoir, j'étais sûre que j'allais passer toute ma vie en prison," confie-t-elle, rencontrée dans l'appartement familial de Homs, à l'ouest de la Syrie, par Reporters sans frontières en février 2025.
Pour décrire l'enfer carcéral de l'ex-dictature, cette survivante évoque la surveillance de chaque instant, les insultes de ses codétenues, les cellules surpeuplées. "Je n'étais libre de rien : ni de m'exprimer, ni de m'énerver, ni de pleurer. Pendant 15 ans, je me suis sentie étranglée," témoigne-t-elle, avant de rappeler que son sort a aussi été celui de dizaines de milliers de détenus d'opinion victimes du régime du clan al-Assad. Selon RSF, au moins 181 journalistes ont également été tués en raison de leur métier depuis 2011.
Même privée de liberté, Tal al-Mallouhi se préparait à pire. "J'avais toujours à l'esprit qu'ils pouvaient faire disparaître ma famille ou annoncer ma libération pour me garder sous terre," explique-t-elle. Si bien que, à la chute du régime le 8 décembre 2024, elle ne parvient pas à croire à sa libération. "C'était au-delà de mon imagination, j'entendais au loin des voix dire 'Dieu est grand', c'était comme un rêve, Bachar était tombé et j'allais pouvoir respirer à l'air libre," se remémore-t-elle.
Désormais, Tal al-Mallouhi peut enfin envisager sa vie qui commence. Dans un pays ravagé par les bombardements, les combats et la pauvreté, elle conserve intact son désir d'engagement. "Je veux m'investir pour la défense des droits humains," assure-t-elle, avec cette détermination qui la caractérise. La société civile doit relever un défi de taille : celui de la lutte contre l'impunité des crimes commis par Bachar al-Assad et les siens, notamment contre les journalistes.
Article écrit par Martin Roux, responsable du desk crises. Publié dans l'Album RSF "100 photos pour la liberté de la presse".